jeudi 28 janvier 2010

Deezer cherche la pierre philosophale de la musique en ligne

Comme vous le savez, j'ai été un utilisateur de Deezer lors des premiers temps de ce blogue avant de m'en détacher par suite de dysfonctionnements récurrents. Et qui auront été crescendo par la suite comme je pus le constater en suivant l'évolution sur des forums informatiques.

A ce jour, la situation est devenue critique. Jonathan Benassaya, co-fondateur (avec Daniel Marhély) et PDG de la société créée en 2007 ne dispose plus que du fauteuil de Président, celui de la Direction Générale étant dorénavant dévolu à Axel Dauchez.

Le Figaro pose la problématique de manière très crue mais indiscutable :
Axel Dauchez devra résoudre une équation compliquée. Deezer, qui revendique 7 millions de visiteurs uniques en décembre, génère environ 700.000 euros de chiffre d'affaires mensuel, grâce à la publicité et à son offre payante, souscrite par 10.000 internautes. Or, un site de streaming doit s'acquitter d'environ 1,2 à 1,5 million d'euros par mois de droits aux maisons de disques et ayants-droits.

Ne nous y trompons pas : au delà du sort de Deezer c'est aussi une réflexion sur le paradigme économique de la musique et des contenus sous droits d'auteurs en ligne. Et qui reposera inévitablement à terme la solution d'une licence globale appelée aussi contribution collective. Une réflexion qui a pour l'heure toujours été éludée, y compris par le dernier rapport de la Commission Création et Internet, plus connue sous la dénomination Commission Zelnik, comme si celle-ci était le croque-mitaine d'intérêts haut-placés...

En Russie, la situation évolue de même comme le relate cet article de Kommersant (Коммерсантъ), la plus grande gazette économique du pays : 
Интернет-провайдеров пытались привлечь к ответственности за нелегальное распространение музыки в 2008 году, когда вступила в силу четвертая часть Гражданского кодекса. Тогда с хостинг-провайдера "Мастерхост" удалось взыскать 140 тыс. руб. компенсации за размещение контрафактной продукции на сайте zaycev.net. Но вскоре после этого Высший арбитражный суд выразил другую позицию, отметив в постановлении, что "провайдер не несет ответственности за передаваемую информацию, если он не инициирует ее передачу, не выбирает получателя информации, не влияет на целостность передаваемой информации". Правила, по которым интернет-провайдеры будут привлекаться к ответственности, могут измениться с реализацией проекта совершенствования Гражданского кодекса, опубликованного в 2009 году (см. "Ъ" от 19 мая 2009 года): проект предусматривает, что провайдер несет ответственность за контрафакт, если был уведомлен о его наличии.
Pour résumer en français : après quelques hésitations, une décision de la plus haute instance d'arbitrage Russe et une modification du Code Civil, le fournisseur d'accès est désormais tenu pour responsable d'une contrefaçon à partir du moment où celle-ci lui a été signifiée.

mardi 26 janvier 2010

Les pensées sont libres... surtout en Allemagne

Allons-y gaiement, après l'intermède musical Russe ne nous privons sur la lancée de soigner nos oreilles de mélomanes avec un lied fort populaire outre-Rhin, Die Gedanken sind frei, et il est vrai qu'il est tout aussi entraînant que profond dans ses paroles.

Accessoirement et pour reprendre le fil de la cyberstratégie, cette chanson populaire tend à devenir notamment en pays germaniques l'hymne phare de ceux qui désirent garder Internet hors d'un contrôle privé/public.



Les paroles en version originale :

Die Gedanken sind frei, wer kann sie erraten,
sie fliegen vorbei wie nächtliche Schatten.
Kein Mensch kann sie wissen, kein Jäger erschießen
mit Pulver und Blei, Die Gedanken sind frei!

Ich denke was ich will und was mich beglücket,
doch alles in der Still', und wie es sich schicket.
Mein Wunsch und Begehren kann niemand mir wehren,
es bleibet dabei: Die Gedanken sind frei!

Und sperrt man mich ein im finsteren Kerker,
das alles sind rein vergebliche Werke.
Denn meine Gedanken zerreißen die Schranken
und Mauern entzwei, die Gedanken sind frei!

Drum will ich auf immer den Sorgen absagen
und will mich auch nimmer mit Grillen mehr plagen.
Man kann ja im Herzen stets lachen und scherzen
und denken dabei: Die Gedanken sind frei!

Ich liebe den Wein, mein Mädchen vor allen,
sie tut mir allein am besten gefallen.
Ich sitz nicht alleine bei einem Glas Weine,
mein Mädchen dabei: Die Gedanken sind frei!

lundi 25 janvier 2010

Sous le ciel des Slaves

Petit moment de plaisir auditif avec la reprise par le groupe féminin Федорино Горе de la chanson phare originelle d'Алиса : Небо Славян (ou Ciel des Slaves, Sky of Slavs).

Si quelqu'un dispose d'informations plus substantielles sur Федорино горе, je suis preneur...


Les paroles, en langue originale :

Звездопад дорог от зарниц
Грозы седлают коней,
Но над землей тихо льется покой монастырей.
А поверх седых облаков
Синь, соколиная высь
Здесь, под покровом небес мы родились.

След оленя лижет мороз,
Гонит добычу весь день,
Но стужу держит в узде дым деревень
Намела сугробов пурга,
Дочь белозубой зимы
Здесь, в окаеме снегов выросли мы.

Припев:
Нас точит семя орды,
Нас гнет ярмо басурман,
Но в наших венах кипит небо славян
И от Чудских берегов
До ледяной Колымы
Все это наша земля, все это мы.

А за бугром куют топоры,
Буйные головы сечь.
Но инородцам кольчугой звенит русская речь.
И от перелеска до звезд
Высится белая рать.
Здесь, на родной стороне, нам помирать.

Припев:
Нас точит семя орды,
Нас гнет ярмо басурман,
Но в наших венах кипит небо славян
И от Чудских берегов
До ледяной Колымы
Все это наша земля, все это мы.

samedi 23 janvier 2010

Une génération vouée aux catacombes numériques

Chers visiteurs,

Le présent article repris de ma chronique Agoravoxienne doit principalement être considéré comme un brouillon. Ce qui n'est aucunement péjoratif puisque la majeure partie des idées que je désirais coucher l'ont été bien que restant tout de même insatisfait du texte final. Ce fut surtout l'occasion d'ébaucher ma vision de la société à l'aune des récentes décisions législatives.

Et d'entrevoir, à travers ma critique sociale, un futur peu réjouissant de personnalités arc-boutés sur leurs privilèges et le passé, se retranchant derrière des mesures qui ne feront que stigmatiser une partie de la population et transformer davantage Internet en un espace de sous-terrains de plus en plus fermés voire opaques. D'où l'image des catacombes... Alors que la surface aura été réduite à un paysage totalement aseptisé, lisse et conventionnalisé, disons pour résumer : dévitalisé.
Du reste, et depuis l'entérinement de la loi Création et Internet (le titre est un modèle d'hypocrisie à la 1984), les déclarations de responsables en vue se sont succédées et ne sont pas profondément porteuses d'espoir. Quel contraste avec la Russie où le Président Medvedev envoie régulièrement des signaux très forts en faveur du numérique, n'hésitant pas non plus à  présider certaines réunions du Conseil pour le développement de la société de l'information en Russie.

Les idées citées seront reprises puis affinées dans le cadre d'un article paru postérieurement.


Article publié sur Agoravox le 16 mai 2009

L’avènement d’un monde aseptisé

A travers les principes de précaution comme de sécurisation sans cesse martelés, le tout enserré dans un entrelac de dispositions législatives et réglementaires, c’est l’avènement d’une société spécifique qui se dresse au grand jour.

La sécurité comme la précaution sont des conditions somme toute normales et légitimes pour la pérennité de l’espèce humaine qui ne peut croître, ou très difficilement, dans un milieu mettant en péril sa survie. L’être humain étant un animal social, quoi de plus normal qu’il s’en remette à une entité supérieure pour lui garantir le droit à la vie.

Seulement le dysfonctionnement de cette entité est prévisible sur deux fronts : l’excès et le dévoiement. L’excès en ce sens que la volonté outrancière de sécuriser peut aboutir à juguler tout espace de liberté et celle de précaution à se défier de toute innovation. Et le dévoiement par l’utilisation des moyens mis à disposition pour assurer le bien de quelques uns au détriment de celui de tous. Si le dévoiement est un fait désagréable mais relativement erratique dans les sociétés, en revanche l’excès croit avec l’âge, le confort, l’accumulation de capitaux et de biens. Ce qui amène à la fameuse question générationnelle…

Le péché générationnel

Dans un monde idéal, les générations se passent le flambeau et la sagesse des anciens canalise l’intempérance des turbulents cadets par le savoir et conseils avisés.

Seulement dans une société où les liens traditionnels de solidarité ont explosé au profit de l’individualisme, y compris dans la sphère familiale, comment se transmet l’héritage de la connaissance ?

Réponse : par d’autres canaux de communication que les liens personnels. Et là nous en arrivons à Internet, le réseau des réseaux.

Or la démocratisation et rapidité de ces nouvelles technologies de l’information et de la communication sont telles que les générations précédant l’ère de l’informatique de masse ont des difficultés conséquentes pour assimiler l’évolution sociétale phénoménale en ayant découlé (malgré de louables efforts pour une partie de celles-ci).

Toutefois, par un effet logique de pyramide des âges comme de positions clefs détenues dans des secteurs stratégiques (médias traditionnels, politique, haute administration), ce n’est pas la génération informatique qui domine mais celles citées précédemment.

La fracture qui est intervenue par l’immixtion de la révolution informatique grand public a creusé un réel et profond fossé. Certes, la facilité des jeunes générations à se gausser de celles qui l’ayant précédé est hélas une constante qui tend fort heureusement à disparaître peu à peu dès que s’instaure une réflexion personnelle sur la vie et que les stigmates de l’âge s’imposent. Cependant, les nouvelles générations sont aussi porteuses d’énergie, de créativité et d’ingéniosité : des qualités nécessaires à toute civilisation afin de lui assurer pérennité et vitalité. L’éphémère durée de vie de l’être humain à l’aune de l’univers qui l’environne ne lui offre guère d’alternative que la passation de ces bribes de savoir arrachés à l’immensité de l’inconnu lui faisant face.

Or que s’est-il passé ce 12 mai 2009 ? Tout simplement l’aboutissement d’un matraquage réitéré d’une oligarchie refusant jusqu’à la caricature le dialogue et piétinant rageusement un espace de croissance économique comme culturel. Pédophilie, terrorisme, piratage : Internet était déclaré coupable de tous ces maux qui pourtant n’avaient pas attendu ce medium pour gangrener la société. Avec l’aide de médias traditionnels complaisant jusqu’à l’obséquiosité, le pouvoir répondant à des lobbies disposant d’appuis en haut lieu trancha sans faillir, au mépris des argumentations juridiques, techniques, économiques et sociales prodiguées par nombre d’experts patentés.

L’ouverture de catacombes bruissantes de ressentiment

C’est le réalisateur Eric Rochant dans un entretien accordé au journal Le Monde [1] qui donne un véritable récital où les cordes vocales vibrent d’une colère non feinte :

Cette loi est le symptôme d’un aveuglement, d’une stupidité archaïque face à l’angoissante vitesse du changement qui s’est opéré depuis quelques dizaines d’années. Aller contre Internet de la sorte, avec le bâton, le casque et les ciseaux, c’est aller contre la jeunesse, l’avenir, l’enthousiasmante créativité qu’Internet a libérée.

Et voilà que nos parlementaires, d’anciens ministres de la culture, le gouvernement français, la France, quoi, s’avance, imbue d’elle-même, certaine de toujours tenir le flambeau de la défense des droits divers, certaine d’être originale, inventive et supérieure, dans son rapport à la culture et à la création, la France donc, vient se ringardiser, tant au niveau technique qu’intellectuel, vient suggérer que désormais le monde peut avancer sans elle, ou plutôt malgré elle.

Un constat corroboré par Monique Dagnaud, directrice de recherche au CNRS, lorsqu’elle déclare : le débat Hadopi s’articule à des enjeux qui dépassent de beaucoup l’univers du Net, des enjeux qui touchent les rapports entre les générations. [2]
 
Alors que va-t-il se passer ? Une situation fort plausible : les utilisateurs les plus réactifs, les plus avisés et les plus vindicatifs vont s’enterrer dans les strates du net, développer des réseaux privés virtuels (darknets) ainsi que de nouvelles méthodes pour se dérober aux yeux inquisiteurs ou développer des attaques envers ceux les épiant et les traquant sans relâche. Mais dans leur esprit il deviendra clair que le pays où ils demeurent leur sera devenu un terrain hostile où la richesse est devenue moins une question de compétence que de naissance et où la novation n’entraîne que suspicion.

Un futur plus qu’hypothétique d’autant plus dommageable que la généralisation risque de s’étendre dans les esprits en agrandissant une des fractures de la société Française : une épreuve supplémentaire dont elle se serait bien passée en temps de crise. Car ne nous y trompons pas : le récent vote à l’Assemblée Nationale ne sera pas qu’une simple formalité, il dressera durablement une partie de la population envers l’autre. La révolution numérique qui aurait pu apporter un peu de bleu dans le ciel vient de se ternir considérablement, et qui sait si elle ne devrait pas dans un futur très proche virer au gris, voire pire… ?


[1] Edition du 12 mai 2009.
[2] Billet du 10 avril 2009 paru sur le site Telos.

jeudi 21 janvier 2010

Lorsque la Chine (numérique) s'éveillera

S'il est vrai que je ne traite que trop rarement des questions cyberstratégiques de pays autres que ceux de l'Europe ou de la Fédération de Russie et son proche étranger pour des raisons de spécialisation, je puis à défaut vous conseiller la lecture de cet excellent article relatif à l'évolution de l'emploi des réseaux liés aux TIC sur le territoire Chinois.
Il est bien entendu fait mention de la récente rebuffade de Google, mais aussi des cyberattaques d'Iran comme de l'évolution et les interactions de la cybersphère avec le pouvoir politique.

Une cyberguerre froide dans la Cité Interdite de Charles Bwele

extrait :
D’où la question suivante : qui a tenté de nuire aux relations diplomatiques entre la Chine et l’Iran en faisant accuser ce dernier ? Un État parfaitement respectable ou une constellation hacktiviste ? Pourquoi la Chine n’a-t-elle pas adressé une plainte officielle à l’Iran ou émis une simple jérémiade de forme ? Pourquoi Baidu a-t-il porté plainte (devant un tribunal de New York !) contre son fournisseur américain Register.com de nom de domaine ? Et si « quelqu’un » avait exercé quelques représailles graduées contre Google en réponse à la paralysie infligée à Baidu (48 heures avant le scandale déclenché par la firme de Mountain View) ? L’affaire Google-Chine n’est-elle qu’un des plus visibles épisodes d’une cyberguerre froide par infomédiaires interposés ou instrumentalisés ?

Les États ont certes des alliés et des ennemis mais ils respectent d’abord et surtout leurs intérêts et leurs agendas. Pour peu que le cyber-espionnage et la cyberguerre soient les volets numériques d’une stratégie globale d’espionnage industriel et/ou d’une tactique de nuisance informationnelle et donc politique, il vaut mieux s’attendre à tout, même au « cybernétiquement incorrect »
.

Peut-être émettrais-je un unique bémol lorsque l'auteur analyse le dynamisme occidental dans le secteur des réseaux numériques en arguant qu'il serait la résultante de quatre facteurs cités et notamment une société libre et ouverte de l’information et de la communication ainsi que d'un environnement juridique hautement favorable à la libre expression, à l’investissement international et à la propriété intellectuelle. J'avoue que pour ma part je suis très circonspect quant à cette évolution où la propriété intellectuelle tend par l'inquisitoire parole d'extrêmistes à ériger des barrières toujours plus imperméables à l'innovation et à la créativité (non seulement technique mais aussi artistique). De même que certains filtres latents (Australie en application, Allemagne longtemps en discussion, France souhaité par le chef de l'Etat etc.) tendent à "nationaliser" le réseau Internet à l'instar du modèle Chinois.
Il y a là matière à réflexion sur le devenir des réseaux et de leur appréhension non seulement par les autorités Chinoises comme aussi des desseins visés par les autorités occidentales.

samedi 16 janvier 2010

Le fracas des armes du XIIIème siècle sur nos écrans


Comme je l'avais mentionné au sein d'une note précédente, le secteur du jeu vidéo est devenu un marché où se sont engouffrées plusieurs sociétés Russes, acquérant chemin faisant une réputation reconnue de sérieux de par la qualité de leurs productions.  

Pourtant il aura fallu bien du courage et de confiance en soi aux membres du Studio Unicorn Games afin de se lancer dans ce secteur. La raison? Leur volonté de développer une simulation intégralement en 3D consacrée aux principales batailles du XIIIème siècle (d'où le titre, XIII Century : Death or Glory).
D'autant qu'ils affrontaient un poids lourd en la matière, Medieval Total War II (et son extension Kingdoms), encensé par la critique et disposant d'une très importante communauté de joueurs.
Or, certaines subtilités échappèrent à diverses revues (numériques et papiers) qui l'affublèrent d'épithètes condescendants en ne se fondant que sur leur expérience du ludiciel de Creative Assembly sans véritablement comprendre qu'en réalité il ne pouvait être jaugé à l'aune de ce dernier.

Grâce peut être rendue au magazine spécialisé PC4War qui fut bien le seul à comprendre les particularités de XIII Century. Ainsi l'absence d'un mode grande stratégie n'est aucunement rédhibitoire puisque l'objectif est clairement de restituer l'environnement tactique des épisodes historiques relatés et non de simuler la gestion d'un territoire. De même que le tempo est légèrement plus lent que son vis-à-vis en raison d'une orientation clairement moins arcade (MTW2 étant tout de même très impressionnant pour le rendu technique des engagements à l'époque médiévale, a fortiori lors des séquences de siège).

Ce ne sont pas moins de 5 campagnes plus un set bonus disponible permettant de s'immerger au sein de batailles célèbres comme oubliées. Et le programme est réjouissant : Falkirk (1298, entre Anglais et Ecossais), Lincoln (1217, entre Français et Anglais), Muret (1213, entre Croisés et Albigeois), Bouvines (1214, entre Français et Coalisés), Mohi (1241, entre Mongols et Hongrois) sont quelques uns des épiques affrontements disponibles. La topographie, le moral des troupes, la sécurité des flancs, le comportement incontrôlé des unités au plus fort de la bataille, le choix de la formation, l'épuisement physique etc. autant de paramètres qu'il est obligatoire de prendre en considération pour remporter la victoire.
Les armoiries des forces belligérantes sont respectées et contrairement à Medieval Total War, aucune unité peu ou prou fantaisiste ne viendra ternir l'historicité du produit. C'est souvent sur ce point que les Russes détonnent dans le paysage ludique : par le nombre et la précision des détails!

Une version Gold est désormais disponible, ajoutant à l'ensemble du produit déjà bien fourni une campagne complémentaire de 8 épisodes relatant les hauts faits d'un personnage inconnu du public francophone non spécialisé : Dovmont (ou Daumantas en lituanien), Prince de Pskov et terreur de l'Ordre Teutonique dans le sillage d'Alexandre Nevsky. Il fera par ailleurs l'objet d'un futur article de ma main.
C'est aussi l'occasion de dépasser le strict cadre de l'Europe de l'Ouest pour s'imprégner davantage d'évènements ayant eu lieu sur le pourtour de la Baltique et sur le territoire des Principautés Russes. Chaque début de partie faisant l'objet d'une introduction au contexte historique local comme d'une visualisation du lieu du futur affrontement : une façon bien plaisante de réviser ou d'apprendre l'Histoire de cette période tumultueuse.

Pour information, le logiciel dans sa version de base (sans module additionnel) est disponible pour 10€ dans les bacs des distributeurs spécialisés (ou sur la plate-forme en ligne Steam). Prévoir tout de même une configuration relativement récente pour profiter de l'ensemble des détails au maximum (bien qu'il soit possible en rognant sur quelques options de le faire fonctionner sur un ordinateur moyen de gamme datant d'il y a trois ans).

Seul bémol que je formulerais : l'obligation légèrement frustrante de respecter un ordre précis des batailles pour débloquer les suivantes, l'on aurait apprécié leur totale disponibilité dès le départ.
Contrebalancé fort heureusement par un éditeur de cartes : du régal pour ceux qui apprécient de conceptualiser leur propre environnement.

mercredi 13 janvier 2010

Mon Blog Défense



Chers visiteurs,

Un focus sur un blog lié au monde de la défense, comme son nom l'indique, et de la géopolitique : Mon Blog Défense.

Sur le site d'Alliance Stratégique, dont l'auteur est un membre actif, a été publié ce jour le résultat d'un échange sur le dernier ouvrage de Jean-Sylvestre Mongrenier, La Russie menace-t-elle l'Occident? Un article sur ledit blog ayant même été consacré au sujet.
Merci à lui de m'avoir entretenu sur cette analyse tierce et d'avoir pu exposer mon point de vue.

mardi 12 janvier 2010

Facebook, des amis pourquoi faire?

Un peu d'humour avec cette scénette de Groland relatant avec un regard au vitriol cette quête de certains Facebookeurs consistant à agglomérer le plus grand nombre d'amis. Comme souvent, l'humour contient une part de vérité et tendrait à dénoncer deux des facettes des nouveaux réseaux sociaux : la virtualité et la simple compilation.

Virtualité car l'informatique ne reste qu'un moyen, un outil. S'il est désormais quasi-obligatoire au XXIème siècle de penser sur deux plans, réel et virtuel, il n'en demeure pas moins que le facteur humain conserve toute sa prégnance. Ne serait-ce que pour l'interprétation des données et actes.

Compilation car l'une des tares de ces nouveaux médias est le trop grand flux d'informations. Or la simple collection de données ne saurait à elle seule faire acte d'information sans une méthodologie inhérente à la classification dégageant le bon grain de l'ivraie.

On le constate : sous couvert d'humour, de biens intéressantes réflexions sous-jacentes.

samedi 9 janvier 2010

Humiliés et offensés : chapitre Russe à l’OMC

Chers visiteurs,

Le présent article repris de ma chronique Agoravoxienne conserve tout sa pertinence en ce début d'année 2010 : la situation quant à l'adhésion de la Fédération de Russie à l'OMC n'ayant guère évoluée favorablement.

Pour l'heure, aucune décision réelle n'a été prise quant à cette entrée qui se fait tant attendre. Il est vrai aussi qu'il y eut une volonté de repartir sur une candidature tripartite (Russie, Biélorussie, Kazakhstan), ce qui brouilla quelque peu la visibilité de l'affaire qui n'en demandait déjà pas tant. Pour l'heure, les autorités du pays semblent opter pour une poursuite des négociations avec les membres encore récalcitrants de l'OMC (dont les Etats-Unis) et favoriser l'union douanière en cours, sans pour autant se prononcer encore sur une entrée groupée ou individualisée.


Article paru sur Agoravox le 27 avril 2009

Irrité. C’est ainsi que le Président Russe a entendu faire passer le message quant à l’étude particulièrement allongée de la candidature de son pays à l’OMC lors d’une conférence de presse effectuée avec son homologue Chilienne Mme Bachelet le 4 avril dernier.

L’entrée de la Fédération de Russie au sein de l’Organisation Mondiale du Commerce est devenue avec le temps un des nombreux sujets de fâcherie avec les occidentaux tant les revers ont été nombreux et les espérances douchées. Assez symptomatique en effet que bien qu’étant membre du G8, la Russie n’est toujours pas acceptée au sein de l’OMC malgré un dépôt de candidature effectif depuis… juin 1993 !

Bien évidemment, cet entêtement ne serait pas d’actualité si des retombées positives n’étaient attendues par la qualité de membre. La première et principale d’entre elles serait une plus grande ouverture des marchés étrangers aux produits Russes, permettant d’entrevoir à la fois des bénéfices conséquents en matière d’exportation (bien que la part des énergies fossiles reste trop conséquente et sujette à la variation capricieuse des cours comme récemment) et une consolidation de l’excédent de la balance commerciale [1]. L’autre bénéfice attendu concernerait l’afflux soutenu de capitaux étrangers, pour autant que ces derniers ne s’immisceraient pas parmi l’un des quarante-deux secteurs stratégiques [2] visés par le législateur Russe. Pousser les portes de l’OMC, c’est aussi la garantie de pouvoir bénéficier d’un règlement des différends par la constitution d’un groupe spécial dont les participants sont choisis par les parties en conflit, et non imposés par une tierce entité (sauf si blocage persistant). 

Cependant, avant de recevoir il convient de donner, et les gages de bonne volonté réclamés à la partie Russe ont été nombreux. Face à ces obligations, le pouvoir Russe a du louvoyer lors des négociations pour d’une part satisfaire et garantir des avancées substantielles dans les domaines ciblés tout en rassérénant les acteurs économiques touchés par de telles concessions. Avec comme bémol le soutien financier au secteur de l’agroalimentaire : à hauteur de 182 milliards de roubles d’aides pour cette année [3], le gouvernement Russe refusant de céder sur ce point. Il est vrai que la crise actuelle fragilise la santé économique de nombreuses entreprises, et que le risque d’une asphyxie du secteur primaire serait une situation éminemment risquée pour les autorités. Pour mieux faire accepter cette position intransigeante, il n’est pas interdit d’émettre que la Russie par ses représentants consentira à reculer sur d’autres points d’achoppement, comme par exemple les taxes sur l’exportation de bois rond.

L’entrée dans l’OMC en sus de son importance économique aurait dans le même temps une résonance géopolitique. Oeuvrer à l’intérieur d’une instance internationale permet d’une part de mieux suivre les dossiers en cours comme d’autre part de peser sur les décisions envisagées (l’efficacité restant toutefois subordonnée au facteur humain). C’est là tout le principe de l’entrisme. 

Le souhait premier de Boris Eltsine fut de ne pas laisser la Russie sur le bord de la route de la prospérité et de l’ancrer à l’occident tout en tirant un trait définitif sur l’économie communiste [4]. Cahin-caha, cette volonté se perpétua sous les mandats de Vladimir Poutine avant d’être transmis fort logiquement à Dmitri Medvedev : de l’idée originelle du premier Président de la Fédération de Russie à ses successeurs, l’intérêt de l’adhésion aura certainement évolué en fonction des relations avec les pays occidentaux mais aura surtout mis en exergue le relatif esseulement du pays et la nécessité de reconstruire une diplomatie plus active et efficiente.

Le groupe de travail de l’institution présidée par Stefan Johannesson [5] aura un lourd poids sur les épaules car le message délivré par la présidence Russe semble suffisamment comminatoire à dessein de mettre le holà à une attente qui n’a que trop duré. Attente d’autant plus mal acceptée que l’Ukraine qui souffre des mêmes problèmes structurels a été cooptée au sein de la communauté en mai 2008. Cela eut d’autant moins l’heur de plaire à Moscou que le dossier Ukrainien avait été déposé plusieurs mois après celui de la Russie.

En dépit de toutes ces avanies, Dmitri Medvedev, considéré comme un libéral parmi l’élite au pouvoir souhaite persévérer et prolonger la demande initiale opérée par Boris Eltsine.

Point encourageant : le nouveau Président Américain semble convenir pour une approche plus constructive avec la Russie ces dernières semaines, laissant la porte ouverte à tout abandon d’obstruction sur ce dossier.

Reste qu’en période de crise, au moment où les paradigmes érigés en dogme par l’OMC volent en éclat, il n’est pas encore certain que l’adhésion au sein de celle-ci soit une garantie efficace en matière de sécurité économique pour la Fédération de Russie. Paradoxalement, la crise économique mondiale pourrait plutôt tendre à en accélérer le processus d’entrée en ces temps où à l’instar du sommet du G20 à Londres les principaux dirigeants mondiaux souhaitent se concerter pour juguler au mieux les effets dévastateurs du phénomène. Réponse en mai à Genève.


[1] L’année 2008 aura vu à partir d’octobre une baisse du solde positif de la balance commerciale de l’ordre de 4,7%, établissant ce dernier à 11,931 milliards de dollars.
[2] Dossiers transitant désormais par une commission gouvernementale de contrôle des investissements étrangers selon les modalités de la loi fédérale n°57-FZ du 29 avril 2008.
[3] Tel que l’annonça Elena Skrynnik, ministre de l’agriculture le 23 mars 2009.
[4] La thérapie de choc initiée sous les gouvernements Gaïdar puis poursuivie plus mollement sous Tchernomyrdine et Kirienko participa à cette ambition selon les recommandations d’experts occidentaux de transformer radicalement et sans transition la société Russe en économie de marché jusqu’à l’épilogue malheureux de la crise de 1998.
[5] Le groupe de travail comprenant outre M. Johannesson (Islande), MM. Kare Bryn (Norvège) et W. Rossier (Suisse).

mercredi 6 janvier 2010

L'Asie Centrale à portée de DVD



L'Asie Centrale est fort peu connue du public Français, tant des particuliers que des entrepreneurs.
Cependant je ne me lancerai pas dans un plaidoyer pro domo à ce sujet, préférant plutôt attirer votre attention sur deux magnifiques productions du réalisateur Russe Sergueï Bodrov (à ne pas confondre avec son fils, acteur tristement décédé en pleine gloire voici presque huit ans) : Nomad et Mongol.
Pourquoi en parler? Tout simplement parce que les deux métrages sont désormais disponibles en DVD pour la modique somme de 10 €/pièce. Une aubaine pour se voir apporter un peu d'air cinématographique frais et oriental.
Autre point commun de ces deux oeuvres cinématographiques : elles ont bénéficié toutes deux du support financier et matériel du Président du Kazakhstan, Noursoultan Nazarbayev.

Et puisque nous sommes dans le registre culturel centre asiatique, permettez moi de vous présenter une chanteuse Ouzbek à la voix indubitablement envoûtante : Sogdiana / Согдиана (les plus cultivés feront le rapprochement avec l'ancienne province prénommée Sogdiane).



dimanche 3 janvier 2010

Louis XI, la raison d’Etat par delà les apparences

Chers visiteurs,

A la suite de mon modeste article sur Charles V, j'avais déjà ébauché l'idée de dresser le portrait de Louis XI, autre acteur de premier plan de la Guerre de Cent Ans et qu'il paracheva de façon heureuse, en dépit de la menace grandissante et réelle de Charles le Téméraire (n'oublions pas en effet que la victoire de Castillon en 1453 ne met pas fin officiellement à la guerre, elle ne sera effective que par le traité de Picquigny en 1475).

Loin du panache futile d'un François Ier, Louis XI sut combiner les qualités attendues d'un vrai chef d'Etat. Un personnage plus soucieux d'efficacité que d'apparat, plus soucieux du bien public que d'intérêts privés, plus clairvoyant quant au jeu diplomatique que cédant impulsivement à ses pièges. Un succès incontestable et ce malgré des circonstances souvent contraires et des forces adverses souvent supérieures en nombre et en force. Rigueur, patience, intelligence : trois qualités qui permirent à la France de sortir soudée et prospère des dures épreuves du XVème siècle.


Article paru sur Agoravox le 14 avril 2009

Dans la longue liste des rois de France, grande popularité est octroyée à ceux qui surent faire montre de panache et de munificence. Pourtant force est de reconnaître que cela lénifie singulièrement le rôle de souverains plus effacés mais tout autant, si ce n’est même plus, efficaces en matière d’affaires intérieures comme extérieures. J’avais déjà évoqué il y a plusieurs mois l’action de Charles V, un lettré sur le trône. Il me restait à présenter cette autre figure qui décida du sort du royaume de France en des temps tout aussi troublés : Louis XI (1423-1483), un bourgeois sur le trône.

Un roi disgracieux

Les chroniqueurs s’accordent unanimement sur un point : Louis XI était tellement négligé d’un point de vue vestimentaire que cela n’en rajoutait que davantage à son inélégance physique. Il est vrai que d’extérieur ce petit être juché sur des jambes grêles portant jusqu’à usure apparente des vêtements élimés avait de quoi plonger tout observateur dans un scepticisme réel quant au statut royal de l’intéressé.

Outre son physique peu engageant (entre autres particularités un nez « fort » comme on l’exprime diplomatiquement et un taille peu propice à surplomber ses adversaires), il est évident que Louis XI tranche avec l’apparat de ses prédécesseurs. C’est là aussi un trait de caractère qui ne le rendit guère populaire auprès de la noblesse. Difficile de démêler à ce titre ce qui relève du calcul et de la simplicité naturelle, peut-être même les deux s’entremêlent-ils dans les desseins du souverain…
 
L’universelle araigne

Car l’homme est un roué, un maître ès ruse et coups tordus. Sa première victime fut son propre père, Charles VII (celui dont le trône fut sauvé par l’intervention de Jeanne la Pucelle, dite d’Arc), dont le désamour fut réciproque. Envoyé au Languedoc à l’âge de seize ans révolus seulement, le dauphin se montre plus qu’habile puisqu’outre la pacification de cette province et la vivification économique de celle-ci, il s’allie aux seigneurs locaux dans une fronde contre le pouvoir royal que l’on dénommera la Praguerie [1]. Les années suivantes n’amélioreront en rien les rapports père-fils, et les succès militaires comme diplomatiques du futur Louis XI n’aidèrent pas à calmer le jeu malgré toute la volonté royale de l’éloigner en lui confiant des missions périlleuses. Ce fut par ailleurs lors d’une de ces tâches qu’il lui fut loisible de mesurer toute l’ardeur de l’infanterie Suisse qu’il eut à affronter [2] et dont il saura se souvenir lors de son épique conflit avec Duc de Bourgogne.

Revenu à la cour, détestant la maîtresse de son père, la superbe Agnès Sorel [3], et la vie dispendieuse qui y est menée, le dauphin se rapproche de sa mère Marie d’Anjou, reine délaissée. Et mieux y parfaire ses manigances de couloirs. Afin de le calmer après une altercation avec sa favorite, Charles VII décide de lui octroyer le Dauphiné qui aurait dû depuis longtemps échoir à l’héritier du trône comme s’était instaurée la coutume à partir de Charles V. Louis XI une fois encore y fera montre de réelles capacités d’innovation comme de bonne gouvernance : justice, économie et armée, le succès est effectif à tous les niveaux.

Cette réussite attisa le courroux de son père qui… attaqua l’apanage de son propre fils ! Sachant évaluer un rapport de force défavorable, Louis XI trouve refuge à la cour d’un des plus puissants seigneurs du Moyen-Âge Européen : le Duc de Bourgogne, Philippe le Bon, père de Charles le Téméraire. Ce dernier lui accordant l’asile dans des conditions très favorables au château de Genappe. Une telle réclusion dorée n’en sera pas moins active car Louis tisse inlassablement sa toile et son réseau d’informateurs oeuvre sans discontinuer. Et il fait bien de s’enquérir de la santé du royaume comme de son maître puisque son père disparaît victime d’une septicémie après un arrachage de dent ayant déclenché une infection.
 
Un dirigeant effacé, un royaume rutilant
 
Enfin roi en l’an 1461, Louis XI ne perd pas de temps : il revient en France à toute allure se faire sacrer à Reims sitôt l’annonce officielle, pressé de mettre en application toute sa maestria de gouvernant.
 
Son ancien protecteur, Philippe le Bon, comprend dès le début du règne que Louis XI ne sera pas un souverain lige mais bel et bien une épine conséquente dans le pied de ses ambitions territoriales. Inquiétude d’autant plus justifiée que la victoire de Castillon en 1453 a définitivement éloigné la menace Anglaise du sol Français. En outre le royaume France s’est considérablement renforcé militairement ces dernières années, y compris sous Charles VII qui avait entrepris de moderniser l’armée pour ne plus faire place à l’amateurisme des osts féodales.
 
La prise de villes de la Somme, appartenant logiquement au Comte de Charolais qui n’est autre que Charles le Téméraire, dresse contre lui la Ligue du Bien public. Ligue qui réunit grands seigneurs de France, de Bourgogne et de Bretagne. La bataille qui se déroule à Monthléry en 1465 n’aboutira à aucune décision convaincante pour les deux camps. Louis XI prend parti alors de faire ce qu’il maîtrise à merveille : négocier pour éviter de faire gonfler davantage la coalition ennemie et rogner sur les concessions accordées par touches progressives les années suivantes.
 
En 1467, Philippe le Bon décède, laissant son fils Charles seul aux commandes d’un très riche duché mais éclaté en deux parties territoriales distinctes, bloqué à la fois par le duché de Lorraine comme par le royaume de France dans son inclination à la création d’un domaine uni. Pendant que Louis XI s’occupe à mater la noblesse féodale dont il a pu récemment mesurer toute la capacité de nuisance, Charles le Téméraire se rapproche de l’Angleterre par son mariage avec la sœur du roi, visant à s’assurer d’un allié puissant lorsque le conflit sera ouvert avec la France.

Tout sépare Louis de Charles. Là où l’un se distingue par son aspect maladif et malingre, l’autre est de nature vigoureuse et de belle stature. L’un est souple et clair dans l’édification de sa toile tandis que l’autre est tout aussi entêté que brouillon diplomatiquement. Et enfin l’un est patient et sage là où l’autre est hyperactif et excessif.
 
C’est pendant sa tentative de contrecarrer indirectement la volonté d’expansion de son voisin Bourguignon que Louis XI va commettre l’une des rares imprudences de son règne : l’entrevue de Péronne en 1468 va tourner au cauchemar, obligeant le roi de France à parjurer ses soutiens flamands alors en rébellion contre le duc. Impulsif et colérique, le duc de Bourgogne manque même de le passer par le fil de l’épée, se « contentant » d’obtenir la Champagne en apanage, disposant de la sorte d’un pont entre les deux entités bourguignonnes. Cette victoire agrandissant dans le même temps l’appétit de Charles qui entrevoit de futures conquêtes sur les marches de son duché.
 
Seulement Louis XI une fois libre revient sur sa parole, avançant avec ses légistes des motifs de non respect du traité signé sous la contrainte. Charles furieux de ce retournement estime qu’il faut en finir militaire et à cette fin dévaste le nord du royaume, Amiens subissant de plein fouet la fureur du Téméraire. Néanmoins contre toute attente, Beauvais va par sa résistance acharnée empêcher la progression du duc qui devra se tourner sur d’autres fronts pour éviter de s’enliser inutilement dans un siège consommateur de ressources. Louis XI soudoie ou appuie toutes les forces susceptibles de contrer les ambitions hégémoniques de Charles. Et ce sont justement les Suisses, alliés du roi de France, qui infligeront deux terribles défaites à la puissante armée bourguignonne : Grandson et Morat. Esseulé de tout renfort Anglais par le traité de Picquigny entre la France et l’Angleterre conclu un an plus tôt, Charles le Téméraire dont le manque de tempérance est criant va se lancer dans une fuite en avant létale.
 
Epilogue : prospérité et unité
 
La dernière geste du Téméraire trouvera sa conclusion sous les remparts de Nancy après un siège mené en dépit du bon sens où la découverte de son cadavre mutilé par les coups d’épée et les crocs des loups sonnera le glas des ambitions démesurées du plus redoutable adversaire de la royauté Française.
 
Louis XI n’en a pas pour autant tout à fait terminé avec l’affaire bourguignonne puisque la fille de Charles le Téméraire, Marie, est marié à Maximilien d’Autriche qui entend bien ne pas se laisser déposséder de la formidable dot territoriale de sa fraîche épouse. Indécis pendant cinq années où les escarmouches se succèdent, la situation est réglée de guerre lasse à la mort de Marie : les deux monarques signent le traité d’Arras en 1482 et se partagent la Bourgogne. Après tant de sacrifices et de retournements de situation, la France est sortie vainqueur des luttes à répétition contre l’ennemi Anglais puis Bourguignon.
 
Toute cette activité militaire n’empêcha aucunement des réformes de se mettre en place, Louis XI se souciant de rentrées d’argent pérennes pour la mise en œuvre de sa grande politique. Pour ce faire, il redonne plein essor aux foires, améliore les infrastructures routières, supprime les péages entre les fiefs et stimule l’exploitation minière. Le roi ne se contente pas de la sorte à ponctionner ses sujets mais vise à valoriser le pays en intervenant largement dans le champ économique tout en veillant à disposer d’une administration efficiente quant à la gestion des deniers.
 
Le 25 août 1483 s’éteint celui qui inlassablement avait comploté pour un objectif unique : assurer au royaume de France un avenir prometteur et rayonnant. Laissant à son fils, le jeune Charles VIII, la charge de prendre les rênes du plus puissant Etat occidental d’alors, mais ceci est une autre histoire…


[1] S’il est attesté que Jean II d’Alençon fut l’instigateur du complot avec d’autres grands seigneurs, la vivacité d’esprit de Louis XI ainsi que sa rancune persistante à l’égard de son père l’amenèrent à devenir la caution politique de cet affront.
[2] En 1315, les Autrichiens apprirent à leurs dépens toute la qualité des montagnards Suisses à Morgarten où 9 000 soldats ne purent venir à bout des 1 500 combattants helvètes.
[3] Que l’on ne saurait réduire à un rôle d’oie blanche. La favorite du roi d’alors savait défendre ses intérêts et ceux qui lui étaient proches, sans compter les largesses de Charles VII à son égard comme ce manoir offert à Nogent-sur-Marne.