mercredi 8 décembre 2010

Ces temps cruels où l'on achève les héros

Un coup de griffe inhabituel pour faire part de ma profonde déception quant à la fermeture très récente (malgré un dernier espoir) du Mémorial Normandie-Niémen. Association vouée à la préservation du souvenir des héros de l'escadrille GC3 Normandie.
Une aventure extraordinaire qui conduira nombre de volontaires (rappelons le!) à accomplir un véritable périple depuis les falaises crayeuses d'Angleterre, des sables du désert nord-Africain ou des cèdres du Levant pour rejoindre les étendues blanchâtres de l'Union Soviétique. Condamnés à mort par le régime de Vichy pour trahison et désertion, ces officiers et mécaniciens répondirent présents au projet du général de Gaulle d'envoyer une force d'appoint, fût-elle symbolique, sur le front de l'Est. 
Une aventure des temps modernes où à chaque début de mission le coeur des pilotes battait aussi fort sur leur poitrail que le moteur cognant sur la carlingue gelée des zincs soviétiques.

A l'heure où un responsable politique de premier plan se déclare gaulliste mais entreprend des actions contraires à l'idéal et à la vision du monde de celui dont il se réclame, voici que l'un des plus beaux souvenirs de cette épopée est liquidé par asphyxie financière. Déjà le coup de semonce avait été donné il y a quelques mois avec la mise en sommeil temporaire (mais l'on sait ce qui signifie temporaire en France...) de l'escadrille stationnée à Colmar. Dorénavant c'est le Mémorial des Andelys lui même qui ferme ses portes.
Après une défection de l'hôte de l'Elysée très remarquée lors des cérémonies du 65ème anniversaire de la victoire à Moscou sous le couvert d'une excuse fort fallacieuse [1] (alors que la chancelière Merkel était présente!), quoi d'étonnant à ce que l'on étouffe l'héritage glorieux de héros bi-nationaux ayant pour certains offert leur vie pour la défense d'une patrie dont ils n'avaient plus foulé le sol depuis des années.
A l'heure où l'on subventionne grassement et obséquieusement des associations dont le rôle est de plus en plus manifestement de salir la mémoire d'un peuple et de culpabiliser le corps social, il est symptomatique que le Mémorial fasse les frais de cette politique avilissante.
A l'heure où en ces temps cruels l'on achève les héros.

Fort heureusement du Bélarus jusqu'à la Russie, le souvenir de ces intrépides demeure vivace, et est souvent l'occasion de rappeler la fraternité d'armes ayant souvent lié ces peuples durant les récentes épreuves de l'Histoire.

[1] Source France Info

Aucun commentaire: