mardi 19 octobre 2010

Paris-Berlin-Moscou version 2010?


Assiste-t-on à la revivification de l'axe Paris-Berlin-Moscou de 2003 pourrait-on se dire au vu du sommet tripartite à Deauville entre la chancelière Merkel et les présidents Sarkozy et Medvedev ? 
Seulement les apparences sont trompeuses, même si elles laissent entendre une concordance sur plusieurs sujets.

Premièrement, le but du sommet semble être d'attirer Dmitri Medvedev à de plus substantielles concessions en faveur de l'OTAN, notamment s'agissant de l'élargissement de cette structure (Ukraine et Géorgie n'ayant bénéficié que d'un MAP ou Membership Action Plan) et de l'installation d'un ABM (Anti-ballistic missile) en Europe. Il ne s'agit par conséquent nullement comme en 2003 de s'opposer à une action d'obédience Américaine mais au contraire d'accentuer un rapprochement Russe avec les visées Américaines. Il est vrai que les concessions officielles sur l'Iran notamment donnent à penser que la Russie serait prête à céder sur d'autres plans.
Un objectif quelque peu présomptueux tant les responsables du pays restent fermes sur les points précités depuis de nombreuses années.
Deuxièmement, les deux chefs d'Etat Européens voient loin dans le temps, en 2012 pour être précis et plus concrètement avec l'élection d'un nouvel hôte au Kremlin (ou la reconduction de l'actuel). Ce faisant, il n'est pas interdit de penser qu'ils misent déjà quelques jetons sur un candidat potentiel, Medvedev, l'estimant plus "manoeuvrable" que d'autres.
Pas non plus certain qu'une telle stratégie soit très judicieuse tant les Russes sont de redoutables joueurs d'échecs.

De son côté, le Président Russe semble s'accrocher à son fameux traité de sécurité Européenne qu'il relancera à cette occasion, non sans vouloir aussi proposer à nouveau l'abrogation du système de visas entre les pays membres de la convention de Schengen et la Fédération de Russie [1].
Ainsi tous ensemble mais pas forcément pour les mêmes desseins géopolitiques. La Russie désirant innover, la vieille Europe désirant conserver l'existant avec des rôles déjà répartis : une France en zélé soutien atlantiste [2], une Russie se défiant des visées Américaines en proposant un traité alternatif et une Allemagne usant de pragmatisme à l'égard des deux partenaires.

[1] La Pologne qui s'était longtemps opposée à toute éventualité en ce sens pourrait du fait du récent réchauffement des relations politiques avec son voisin infléchir sa position sur le sujet lors des prochains sommets UE-Russie.
[2] Non sans avoir quelque peu effarouché ses partenaires de l'alliance en proposant de vendre ses bâtiments de classe Mistral à la Russie. Un feuilleton loin d'être terminé puisque le Kremlin fait jouer la concurrence avec la Corée du Sud, l'Espagne et les Pays-Bas comme l'avait même déclaré le ministre de la Défense Anatoli Serdioukov voici quelques mois.

Crédit photo : AFP

Aucun commentaire: