jeudi 30 septembre 2010

De Snyder à Homère

C'est en revisionnant le film 300 [1] du réalisateur Zack Snyder que je me suis posé la question de savoir jusqu'où pouvait-on tordre les faits historiques pour donner naissance à une oeuvre (cinématographique, littéraire, musicale) ?
La réponse au fond se trouve dans la finalité de ladite oeuvre : est-elle à vocation historique ou ludique? Il est clair que la critique est d'autant plus justifiée par les professionnels que l'objectif d'un docu-film est avancé par la production. En revanche, il n'y a pas lieu de s'apesantir outre-mesure si la finalité est clairement le divertissement, mais ce qui pourrait apparaître comme une lapalissade est tout autre dans la réalité puisque des polémiques naissent, de façon moins que plus justifiées.
Il en fut de la sorte pour 300 qui fit l'objet ici et ailleurs d'une accusation de travestir l'épisode historique, sans omettre des mises à l'index pour cause de racisme (sic). Or 300 est clairement du domaine du divertissement, et efficace s'il-vous-plaît! La beauté graphique dans les tons sépias où seules quelques couleurs sont saturées pour mieux ressortir (telle la pourpre des Lacédémoniens) sont une des clefs de la réussite de l'oeuvre. En outre, replaçons nous dans le contexte d'adaption en rapportant que le matériau initial se trouve non pas dans un vulgaire livre d'Histoire voire par le truchement des Histoires d'Hérodote mais au sein de la bande-dessinée de Frank Miller : ce qui explicite d'autant mieux le côté extrême, limite déjanté de la réalisation.

Pour autant, Homère lui même n'a-t-il pas créé les premières oeuvres occidentales tendant à la démesure? Relatant le destin des hommes allant s'affronter dans des luttes de titans sous le regard amusé ou courroucé des Dieux? Snyder ne reprend-il pas à son compte et sur un support contemporain cette tendance à conter? C'est à dire à relater avec liberté les actions des hommes pour mieux les célébrer ou en souligner leurs travers?
En outre, si de tels métrages peuvent inciter les jeunes spectateurs à mieux se renseigner sur l'époque ciblée, n'est-ce pas aussi un gage de succès par son incitation et non un avilissement culturel tels qu'avancé par des esprits chagrins? Après tout, Heinrich Schliemann ne croyait-il pas qu'Homère rapportait une part de vérité historique et en fut récompensé par sa découverte de la ville de Troie?
Les effets spéciaux graphiques et les sonorités grandiloquentes sont ces tirades scripturales d'antan projetant le lecteur en des mondes aux dimensions cyclopéennes.

N'oublions jamais que quelque soit sur le moment la grandeur et l'impact de l'action des grands hommes, ils ne devront leur salut pour l'éternité que par la plume des poètes...




[1] Il a été annoncé récemment qu'un métrage précédant le lieu et l'action de 300 verrait le jour en 2011, sobrement intitulé Xerxes (du nom du roi des rois Perse).

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