mardi 17 août 2010

Le taureau couronné peut-il relever le museau?


Après une page douceur et oenologie, revenons à l'étude géopolitique, et de façon inhabituelle à un pays que je n'ai encore jamais traité (il est vrai hors de ma zone de spécialisation mais non d'intérêt puisqu'étant aussi hispanophone) , l'Espagne.

En vérité, toujours dans cette mission de mise en ordre des archives, j'ai relu avec grand intérêt un article du Monde relatif à la victoire Espagnole en Coupe du Monde de football et sur ses effets quant à la sévère crise (immobilière puis financière) qu'elle traverse actuellement :
Les économistes espagnols tentent également de relativiser l'impact économique réel de cette victoire pourtant "historique" pour le peuple espagnol. "Les problèmes structurels de l'Espagne sont trop profonds pour qu'une simple victoire nous sorte de là", résume Juan Carlos Martinez Lazaro, de l'IE Business School. Son collègue Josep Maria Sayeras, de l'Esade, parle d'un possible "rayon de soleil" avec "beaucoup de nuages à l'horizon". Si effet bénéfique il y a, il sera "conjoncturel et ponctuel", ajoute M. Sayeras, évoquant des consommateurs euphoriques qui dynamiseraient temporairement la consommation des ménages [1].
Toutefois, explique M. Martinez Lazaro, le sacre de la Roja peut redorer quelque peu l'image qu'ont les Espagnols d'eux-mêmes et celle qu'ils diffusent dans le monde.

Au fond n'est-ce déjà pas si mal? Car si un peuple, et notamment ses forces vives trouvent en un modèle fédérateur en quoi persévérer, investir, entreprendre alors un tel succès sportif ne peut qu'être le bienvenu.
Les sportifs de haut niveau sont en quelque sorte des porte-étendards nationaux complémentaires aux autorités, ce qui ne saurait être choquant puisque déjà lors des jeux olympiques antiques les cités Grecques tiraient une réelle fierté (et bénéfice politique) du succès de leurs champions lors de ces festivités panhelléniques. Sur le plan économique, ces victoires de portée internationale ne peuvent jouer que sur les marges (hors les secteurs d'activité liés directement au sport) mais ne sauraient être niées pour autant, et encore moins sur le plan politique, cet autre aspect ayant déjà fait l'objet de nombreux essais.

Pour recentrer le sujet, l'Espagne a bel et bien besoin de ce succès en pleine tourmente financière, non seulement pour effectivement donner l'envie à ses sujets (on ne parle pas de citoyens car c'est une monarchie pour rappel) de consommer mais aussi pour juguler les forces centrifuges qui s'exercent crescendo depuis des années sur elle émanant du pays Basque et de la Catalogne. Cette dernière par l'entremise de son parlement venant en outre de déclarer la corrida hors-la-loi : l'on peut évoquer un éventuel geste d'humanisme mais on ne peut aussi contester une volonté de rompre culturellement des liens avec le centre (comprendre la Castille) par une mesure symbolique. 
Précisons utilement que l'Espagne n'a pas reconnu l'Etat du Kosovo, et ce malgré la décision récente de la Cour Internationale de Justice du 22 juillet 2010 de se prononcer favorablement quant à la légalité de la déclaration d'indépendance de ce pays (il y aurait d'ailleurs énormément à dire sur cette décision, et qui fera peut-être bien l'objet d'un billet à part entière).

En somme, un coin de ciel bleu pour nos amis Espagnols cernés par de sombres nuages grondant de menaces.

[1] Le PIB Espagnol accuse un recul de 0,2% sur un an, et les prévisions ne sont guère optimistes puisque les baisses de salaire drastique des fonctionnaires, la coupe de diverses aides sociales couplées à la hausse récente de la TVA (de deux points, passant de 16 à 18%) risquent sérieusement d'obérer la relance par la consommation.

Crédit photo : Pierre Rivas

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