vendredi 4 juin 2010

Le virus qui terrassera la finance mondiale


Non ce n'est pas encore arrivé, mais les conjectures peuvent aller bon train car la récente dégringolade du cours du Dow Jones le 06 mai 2010 a ceci d'inquiétant, tout en étant fascinant, que le phénomène aurait été dû à un emballement des systèmes informatiques.
Oui vous avez bien lu : les transactions qui sont la sève même de la bourse, enfin des bourses mondiales, sont régulées par des logiciels informatiques. L'image du trader vociférant de vendre ou d'acheter risque bien de vivre sa dernière décennie et d'aller pointer au chômage. Et il a tout lieu de s'inquiéter à juste titre car ces logiciels sont désormais d'une redoutable efficacité en prenant en compte une multitude de paramètres qu'un cerveau humain ne pourrait gérer (il le pourrait à la rigueur mais pas en simultané et avec un temps de réflexion/action autrement plus conséquent).

Ce faisant, de facilité l'activité de la finance dévie vers la dépendance et l'excès de confiance. La dématérialisation chez les prestataires de services d'investissements est un phénomène qui permet certes de recourir à des opérations nouvelles et d'en accroître la rapidité mais elle les place dans le même temps sous le couperet d'une situation pouvant se révéler dramatique en ce sens qu'un emballement de la machinerie ou à sa corruption par un tiers donnerait lieu à des transactions incontrôlées et difficilement jugulables. Ce n'est pas tant les algorithmes qui seraient en cause dans ce système puisqu'ils disposent de sécurités sur les transactions à opérer (ou à ne pas opérer) mais plutôt de l'interconnexion entre les divers algorithmes tiers. Ainsi un algorithme peut très bien désactiver sa propre sécurité s'il estime qu'il répond à une donnée logique du marché corroborée par l'action d'autres acteurs ou de cours définis. Et le scénario catastrophe peut débuter de la sorte...

Un autre scénario guère plus réjouissant serait une intervention tierce malveillante. Une intrusion dans le coeur d'un programme et une légère modification pourrait entraîner une pagaille sans nom du même ordre. Aucun spécialiste en informatique ne prendre le risque d'affirmer qu'un système demeure et surtout demeurera inviolable à 100%. C'est là un mensonge qui n'a été que constamment contredit à chaque fois qu'un responsable s'était avisé de s'avancer sur le sujet. Serge Humpich à l'époque avait démontré par exemple la faillibilité du système de cartes à puces pourtant présenté comme ultra-sécurisé.
Il est tout à fait plausible par exemple d'imaginer à terme des terroristes promettant le chaos si des exigences particulières n'étaient pas satisfaites. Ou encore un acteur désireux de profiter d'une situation critique pour en tirer de substantiels bénéfices. Liste non exhaustive bien entendu... L'on imagine déjà les conséquences de l'immixtion d'un virus destructeur ou falsificateur au sein d'un ou de plusieurs programmes en charge de transactions financières sur une des premières places financières au monde. 

Bien entendu la chute vertigineuse de 1000 points a de suite placé la Securities and Exchange Commission sur les rangs, de même que la Commodities Futures Trading Commission. L'affaire est prise suffisamment au sérieux par ces autorités : Thursday's unusual trading activity included extreme volatility for a number of individual securities. This is inconsistent with the effective functioning of our capital markets and we will make whatever structural or other changes are needed.
Mais d'ores et déjà l'évènement nous amène à nous demander si le danger ne viendrait non pas des traders trop hâtivement jetés à la vindicte populaire mais plutôt des donneurs d'ordres qui ne s'en remettent que trop immodérément à des outils qui dans un monde interconnecté par les nouveaux moyens de télécommunications en deviennent des armes à double tranchant. Engageant lestement leur patrimoine à des programmes dont l'architecture globale et les intéractions subséquentes peuvent difficilement être appréhendées par l'homme, et certainement pas aussi vite de par le nombre de calculateurs mis en fonction.
Le toujours plus de profits conduit inexorablement au toujours plus de risques. A méditer...

2 commentaires:

SD a dit…

Nous ajoutons l'informatique partout donc des vulnérabilités nouvelles que nous ne maitrisons pas totalement. La conclusion sur les traders et les logiciels me semble de bon sens.
Cordialement

YH a dit…

Bonjour,

Il est indéniable que du fait de la complexité du maillage informatique comme de la méconnaissance totale ou partielle des algorithmes les uns vis à vis des autres (dans le cas contraire s'il y avait connaissance ça supposerait une entente entre les grands détenteurs de portefeuilles, ce qui induirait d'autres questions), il n'est pas possible de garantir qu'un tel scénario à la 6 mai 2010 ne se reproduise jamais. Au contraire...

Cordialement