dimanche 13 juin 2010

Cyberstratégie et géopolitique


Il est vrai que parfois l'on pourrait se demander en quoi la cyberstratégie serait impliquée dans le mouvement de la tectonique des plaques géopolitiques ? 
L'éluder ce serait se méprendre quant à son application : la cyberstratégie tout comme l'économie se déclinant au niveau micro comme macro.
Micro : modalités d’action impliquant principalement les interactions entre différents acteurs privés ou publics du moment que ceux-ci n’atteignent pas une taille critique susceptible d’influencer les décisions étatiques.
Macro : modalités d’action impliquant les opérations d’envergure entre acteurs étatiques ou privés d’importance sur la scène nationale et/ou internationale.

C'est dans ce contexte que sortent enfin des cartons des projets de cyberagences étatiques, bien que l'activité soit effective depuis longtemps quand bien même n'osait-elle pas se manifester en plein jour (et restant de ce fait feutrée pour certaines entités au potentiel humain suffisamment qualifié pour mener des opérations d'envergure dans le monde).

Il serait erroné cependant de n'y percevoir que la main de structures participant aux grandes délibérations de ce monde : erreur puisque des réseaux privés sont susceptibles d'attester d'activités cyberstratégiques. A portée nationale, régionale comme mondiale.
Leur décentralisation ne saurait être considérée trop hâtivement comme une faiblesse, au contraire les techniques de télécommunications à notre époque permettent de faire de chacun des membres de telles organisations un capteur comme un émetteur. Si certains projets demandent une préparation d'envergure, elle peut fort bien s'opérer parle truchement d'une cellule non obligatoirement réunie dans le même espace géographique et uniquement pour une durée temporaire. L'on imagine sans peine la difficulté pour les officines gouvernementales habituées à juguler des menaces de groupes à l'organigramme centralisé à surveiller puis empêcher les agissements d'associations si peu préhensibles.

Qui plus est, ce schéma est établi dans une optique très simple, voire basique. En effet, il est tout à fait concevable et réaliste que des groupes actifs sans lien préalable entre eux arrivent rapidement par des échanges à nouer une alliance de circonstance jusqu'au terme d'un objectif rempli ou manqué. Ce qui peut aboutir au transfert d'informations secondaires ou cruciales à une aide technique jusqu'à une participation en parallèle ou jointe.

Maintenant rajoutons une couche supplémentaire de complication en évoquant la possibilité pour un ou des Etats de s'immiscer subrepticement au sein du jeu de ces acteurs non-étatiques dans un but favorable à son/ses intérêt/s national/aux. Soit par l'intermédiaire d'un apport direct clairement affiché à l'égard du partenaire (mais non rendu public toutefois) soit par l'intermédiaire d'une autre structure créée ad hoc mais dépendant directement de l'Etat fondateur (le lien étant le plus généralement masqué à tous, y compris au partenaire, sous cette perspective).

L'incroyable essor de l'informatique ainsi que des télécommunications depuis près de 30 ans ne peut que donner naissance à des problématiques nouvelles qui nécessiteront des réponses à l'aune de cette (r)évolution. Et la géopolitique n'échappera pas à la donne nouvelle puisqu'elle ne saurait de nos jours se cantonner à la délimitation physique des espaces terrestres, maritimes et aériens, devant prendre en considération la nébuleuse du cyberespace. Toute action micro ou macrocyberstratégique devant désormais se calculer sur deux plans interagissant l'un avec l'autre : réel et virtuel.

Après le premier vol réussi des frères Wright à Kitty Hawk, l'un d'eux, Orville, aurait déclaré : When my brother and I built the first man-carrying flying machine we thought that we were introducing into the world an invention which would make further wars practically impossible.
Au regard de ce qui se déroula pendant les guerres successives où le rôle de l'aviation fut de plus en plus conséquent, il faut par voie de conséquence bien se garder d'émettre un quelconque pronostic quant au devenir de toute introduction technologique dans le monde des hommes.
La cyberstratégie est encore une activité aux contours mouvants, dû principalement à l'expansion continue des fruits de la grappe d'innovations connexe à l'émergence d'Internet. Pour autant l'on perçoit de plus en plus manifestement le sentiment que c'est un nouvel univers qui s'ouvre, avec des territoires apparents, d'autres inconnus, d'autres disparus et d'autres sous-entendus. Et chaque jour qui passe rend les individus plus dépendants des nouveaux moyens de télécommunications modernes, et rend indispensable la nécessité de conceptualiser et d'organiser les actions ou contre-actions dans ce nouvel univers. Nous voilà prévenus.

En  complément du présent billet, il est recommandé de se replonger dans l'ouvrage de Solveig Godeluck intitulé Géopolitique d'Internet aux éditions La Découverte.

Un numéro relativement intéressant de l'émission Le dessous des cartes / Mit offenen Karten. Avec cependant le regret qu'il se consacre un peu trop sur d'une part la cybercriminalité (bien qu'elle ne soit aucunement à lénifier mais sans s'y cantonner) et d'autre part sur le réseau des réseaux, Internet (le cyberespace déborde de ce seul medium, comme l'explicite fort bien l'allié technostratège Charles Bwele au sein d'un graphique très explicite provenant de cet article relatif à la cyberdissuasion).


1 commentaire:

Anonyme a dit…

BON DEPART