mardi 18 mai 2010

Medvedev et ses siviliki


Il a fallu près de deux ans à certains journaux francophones pour se rendre compte que Dmitri Medvedev n'était pas un gouvernant fantôche, disposant même de ses propres vues sur l'administration du pays. A travers notoirement ses siviliki (en opposition aux siloviki, les représentants des forces de l'ordre alors placées en nombre sous les mandats successifs de Vladimir Poutine) dont le fameux Nikita Belykh placé désormais à la tête de la région de Kirov. Homme d'affaires entré par la porte de la politique dans une formation concurrente de Russie Unie (le parti soutenant le gouvernement actuel), il accepta l'offre de Medvedev pour reprendre en main cette région : un choix tout autant courageux comme éminemment matois du chef de l'Etat. Un exemple parmi quelques autres symbolique du caractère propre de Medvedev : homme ouvert sur les nouvelles technologies et le monde civil. Détail supplémentaire loin d'être anodin : le nouveau gouverneur s'est rompu très rapidement au blogging pour faire état de ses travaux, un autre élément de convergence avec le Président tant ce dernier est convaincu de la nécessité que les responsables politiques se saisissent des nouveaux outils de communication.

Le présent article de l'Express a au moins le mérite de donner une vision un peu plus juste du dirigeant Russe. Il est néanmoins regrettable que le magazine se sente obligé de l'opposer à son prédécesseur, car s'il est évident que les deux hommes sont de caractère différent, les situations ne sauraient être comparables. Car si l'un peut désormais initier les réformes d'aujourd'hui, il le doit aux actions de restauration de l'ordre de son ami et protecteur sans lequel il ne serait pas à sa place à ce jour. Ce qui ne l'empêche pas de prendre la mesure des changements nécessaires et d'oeuvrer pour assurer une sérénité pérenne à la Fédération de Russie selon sa propre perception des évènements suivies de solutions jugées idoines. Tant le Premier Ministre Poutine que le Président Medvedev sont conscients qu'une mésente au plus haut sommet de l'Etat replongerait la Russie dans un marasme dont elle eut peine à sortir voici dix ans.

Extrait choisi :
Ce diagnostic s'est traduit, voilà quelques semaines, par une grosse colère de Medvedev devant un grand patron. Lors d'une réunion consacrée à la modernisation de l'économie, le président s'en prend à Sergueï Chemezov, un proche de Vladimir Poutine qui dirige le conglomérat public Rostekhnologuïï.

A ce dernier qui lui présente la fabrication d'ampoules à diodes électroluminescentes comme une innovation technologique, le président réplique sèchement: "Ces ampoules, c'est bien que nous nous mettions à les produire. Nous devons le faire, car nous avons renoncé aux lampes incandescentes. Mais ce ne sont pas des innovations!" Le dirigeant du conglomérat tente de se défendre: "Je voudrais apporter des explications à votre réplique." Réponse de Medvedev: "Ce n'est pas la peine! Ceci n'est pas une réplique, mais un verdict. C'est vous qui formulez des répliques. Tout ce que je dis reste gravé dans le marbre." Ambiance...


L'article intégral paru dans L'Express

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