samedi 15 mai 2010

La Russie prépare la drone de guerre


Article paru sur Alliance GéoStratégique le 8 février 2010

Les conflits armés sont toujours une mise à l’épreuve de la logistique et de la volonté des belligérants. Au-delà de cette lapalissade, le récent conflit entre les forces russes et géorgiennes aura mis en exergue le manque criant de drones (беспилотный летательный аппарат – БПЛА - en russe) de qualité au sein de l’armée russe dans le cadre d’un conflit moderne.

Plus d’un an après ce test grandeur nature, qu’en est-il de ce secteur désormais stratégique et annonciateur des prochaines guerres cybernétiques ? .

Sur la question d’une prévisible croissance irrésistible des drones de combat au sein des métier de la guerre qui nécessiterait à lui seul un développement circonstancié; je vous prie de vous référer aux articles Du cockpit au joystick de Charles Bwele et Danse avec les drones de Philippe Leymarie.

Les Russes ont hérité de l’Union Soviétique un savoir-faire reconnu dans le domaine de l’astronautique [1] comme de l’aéronautique, ré-entretenu après une crise singulière dans les années 90 pour cause de coupes budgétaires drastiques et de départs d’ingénieurs et de chercheurs qualifiés. Seulement si la remise à niveau technologique des appareils existants comme l’introduction de nouvelles générations d’aéronefs percent le jour [2], le secteur des drones demeure largement à la peine.

Ayant clairement pris conscience de leur déficience en la matière et comprenant qu’il y avait là une donne à ne pas sous-estimer pour les prochaines décennies lors d’un conflit d’intensité plus soutenu qu’en Géorgie [3], les autorités militaires comme civiles décidèrent d’accélérer la réflexion sur le sujet. Il en ressortit une double option : renforcer la R&D et la production d'équipements locaux; envisager l’acquisition d’exemplaires étrangers prioritairement israéliens, et ce, en dépit de la mauvaise humeur du Kremlin concernant le partenariat israélo-géorgien mis au grand jour durant l'été 2008.

Passée une certaine euphorie et les déclarations enthousiastes, le général Alexandre Zeline, commandant en chef de l'Armée de l'air Russe, détonna en novembre dernier lorsqu'il annonça clairement qu'il n’était pour l’heure aucunement question de s’équiper en modèles russes tant leurs capacités restaient largement inférieures aux demandes de l’état-major [4]. Tout en réitérant sa volonté de bénéficier de la technologie israëlienne. Intentions déjà mises à exécution par la confirmation d'achat d'une douzaine d'appareils de la compagnie IAI. Et comme pour mieux appuyer le propos, le service de la sécurité intérieure (FSB) a manifesté pour sa part et en ce début d'année son intention de se munir de tels appareils étrangers pour protéger les frontières de la Fédération.

Cela est d’autant plus surprenant que le Dozor-3 (Дозор-3), fruit d’une collaboration entre les sociétés Tranzas (Транзас) et R.E.T. Kronstadt (Р.Е.Т. Кронштадт), avait recueilli de très bonnes critiques par les spécialistes lors du salon de l’aéronautique moscovite MAKS quelques mois auparavant. En outre cet appareil employait le système GLONASS pour son orientation et la géolocalisation de ses cibles, le rendant indépendant du système américain GPS. En revanche, il est plausible que les échecs de l'Irkout-10 (Иркут-10) ou de l'Aïst (Аист) ont terni la volonté première des officiels de favoriser le marché domestique, bien que l'on puisse faire confiance aux ingénieurs Russes pour trouver les solutions aux problèmes décelés, car rappelons utilement que la Russie avance à marche forcée dans ce secteur qu'elle avait délaissé suite à l'effondrement de l'Union Soviétique [5].

En dépit de cette rebuffade et défiance, les efforts se poursuivent néanmoins et 2010 pourrait bien voir accoucher le drone prodigue tant attendu par les officiels civils et militaires russes. Pour l'heure, les récents exercices Kavkaz 2009 et Zapad 2009 auront vu l'emploi pour la première fois de drones durant les opérations et l'annonce de la création prochaine d'un centre de formation des opérateurs de drones fin novembre 2009 attestant que la ligne a été tracée et que les efforts se poursuivront en ce sens.

Pour information et en complément du présent article, je tiens à signaler l'excellent site Russe suivant : UAV.


[1] A ce titre, l’Union Soviétique en sus d’avoir lancé le premier satellite puis homme dans l’espace, fut très proche de réussir le premier alunissage de l’espèce humaine, Luna 15 / Луна-15 (le programme concurrent N1-L3 fut une succession d’échecs techniques ou au mieux de demi-succès et par conséquent abandonné) eut en effet la lourde tâche de concurrencer et prendre de vitesse la mission Apollo 11. Si l’on connaît la fin de cette histoire remportée par l’équipage Américain, en revanche il serait erroné de prétendre que les Soviétiques se sont désintéressés de la conquête de la Lune, ne serait-ce que pour des questions de prestige mondial.
[2] On pensera notamment au dévoilement du chasseur expérimental de cinquième génération T-50.
[3] Les forces Géorgiennes furent équipées et entraînées en partie par Israël qui fournit un matériel et un savoir-faire de qualité. Parmi ces apports, des drones de reconnaissance dont on connaît l’excellence en ce domaine de la firme Elbit Systems (ce fut ses appareils Hermes 450 qui oeuvrèrent sur la ligne de front), sans pour autant passer sous silence ses concurrentes IAI (Israel Aerospace Industries) et (ADS) Aeronautics Défense Systems.
[5] Le Lavochkin LA-17 fut la première véritable tentative des Soviétiques d'aboutir à une nouvelle arme volante sans pilote, les premiers vols étant datés de 1953 et la production en série lancée en 1956.

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