mercredi 26 mai 2010

Le Bélarus, le plaisir de la découverte

Chers visiteurs,

Voici un plaidoyer en faveur d'un pays particulièrement méconnu mais ne manquant ni de charme ni de potentialités : la Biélorussie. Orthographiée aussi Bélarus, autre dénomination ayant une saveur toute particulière et ramenant aux temps des Dregovitch, des Krivitch et des Radimitch.

Un pays agricole néanmoins tourné vers les nouvelles technologies, comme l'atteste l'érection du High-Tech Park situé à la périphérie de Minsk. Car la Biélorussie a su conserver l'excellence en ingénierie héritée de l'Union Soviétique. Et ce n'est certainement pas Cédric Mangaud d'Abaxia (société en pointe dans les solutions logicielles pour téléphonie mobile) qui s'en plaindra.


Article paru sur Agoravox le 2 octobre 2009

Souvent décriée comme étant la dernière dictature d’Europe par un remarquable procédé marketing concocté d’outre-atlantique et repris sans ciller par les instances Européennes, la Biélorussie est au contraire une terre verte et riante à la population paisible.
L’on s’imagine à tort entrer dans un pays musée du soviétisme et l’on en ressort charmé à la fois par l’image d’un pays fort bien entretenu conciliant l’héritage du passé comme les promesses de l’avenir le tout au sein d’une population au contact chaleureux. Bienvenue dans un pays maltraité par les médias occidentaux mais regorgeant de richesses insoupçonnées.

La Biélorussie, pays des Russes blancs
 
Indépendante depuis le 25 août 1991 à la suite de l’effondrement de l’Union Soviétique, la Biélorussie a tenté à l’instar d’autres anciennes républiques de cet ensemble de trouver sa voie propre. Et partant de là, revisita son Histoire pour en tirer les figures et évènements historiques les plus marquants.
 
En premier lieu, le terme de Biélorussie, ou Russie Blanche, ne doit aucunement prêter à confusion : la pigmentation de cette population d’origine slave n’est guère moins prononcée sur cette terre qu’en d’autres pays limitrophes, le terme de blanche signifiant en réalité libre.

De quelle liberté s’agit-il ? Tout simplement de celle qui lui valut d’échapper aux dures conditions du joug tataro-mongol des principautés Russes ayant succombé à l’invasion de Batu Khan, le petit-fils de Genghis Khan, entre 1237 et 1241 [1].
 
Cette mise à l’écart des tourments de l’administration et répression Mongoles n’allait toutefois pas l’empêcher de passer sous l’emprise d’une puissance régionale en plein essor sous le grand Duc Mindaugas : la Lituanie. Destin qu’elle partagera jusqu’en 1773, date du premier partage du grand ensemble Polono-Lituanien (ou Rzeczpospolita) [2]. Dès lors, son existence fut placée sous la férule des Tsars successifs puis sous la botte Soviétique.
 
Toutes ces présences consécutives laissèrent à la Biélorussie une empreinte des plus singulières, la destinant à faire d’elle un pays au confluent des civilisations de l’Europe Orientale.
 
Normalisation avec l’Ouest, stabilisation à l’Est : la Biélorussie comme pont géopolitique
 
Si l’indépendance fut rapidement accompagnée par une attention des plus bienveillantes de la part des pays occidentaux, et notoirement lorsque Stanislaw Chouchkievitch fut élu comme Président, les relations en revanche se dégradèrent rapidement avec l’avènement d’Alexandre Loukachenko. Pourtant ce dernier avait été élu selon un programme très clair et bénéficia du rejet par la majorité de la population d’une "démocratisation" n’ayant apporté que corruption, désordre et paupérisation. Une fois installé à la magistrature suprême, Loukachenko prit les mesures ad hoc pour éviter à son pays le sort de sa voisine Russe, alors mise en coupe réglée par la cohorte d’experts occidentaux et autres oligarques au chevet d’un Eltsine impotent. Si les méthodes politiques du Président peuvent être contestables, son bilan économique et social lui est particulièrement favorable, expliquant une popularité durable.
 
Ce furent les Etats-Unis qui montrèrent comme souvent la voie aux Européens en stigmatisant cette ancienne république Soviétique de dernière dictature d’Europe par la voix de la pasionaria néo-cons Condoleezza Rice. Très suiveurs comme peu avisés, les hiérarques Européens (fort discrets sur les propres tares de leur régime, moins visibles bien que réelles) pointèrent du doigt la Biélorussie en lui interdisant toute tribune internationale, y compris au Conseil de l’Europe pendant que les Etats-Unis allaient bloquer l’ensemble des comptes de responsables politiques et de firmes Biélorusses. Tout en promulguant en 2004 le fameux Belarus Democracy Act, mesure destinée à prodiguer les moyens matériels et financiers nécessaires à toute organisation politique ou non-gouvernementale opposée au pouvoir en place.
 
Le résultat d’une telle politique étrangère ? Un resserrement du peuple Biélorusse autour de son responsable (surnommé batska, le chef du clan en langue biélorusse), au point de l’élire à deux nouvelles reprises, faisant de lui le plus ancien Président en poste continu au sein d’un Etat de l’ex-Union Soviétique, non sans provoquer le renforcement des liens entre Minsk et Moscou.
 
Jusqu’au jour où conscients que ni les pressions ni l’obstruction de toute visibilité du pays sur la scène internationale n’avaient les effets escomptés, les Occidentaux décidèrent de procéder autrement en levant progressivement les barrières [3], non sans une once de cynisme politique en tentant de détacher la Biélorussie de l’orbite de sa voisine Russe. L’on ne peut à ce sujet manquer de saluer tout le formidable talent d’équilibriste de Loukachenko qui sut tenir jusqu’alors son pays en dehors des affres de la libéralisation post-soviétique que connut la Russie tout en évitant son absorption par cette dernière [4], encore que le projet d’union Russie-Biélorussie demeure à l’ordre du jour et devrait déboucher dans un premier temps sur une monnaie unique. Pour l’heure, le pragmatisme est aux commandes et c’est l’union douanière Biélorussie – Russie – Kazakhstan qui est en phase de préparation à l’orée 2010.
 
La Biélorussie, terre d’humanistes, de poètes et de héros
 
En raison de son passé tiraillé entre Russie, Pologne et Lituanie, la Biélorussie offre un paysage culturel fort varié en ayant donné naissance à nombre de personnalités ayant marqué leur époque.
 
Citons par exemple le poète national Polonais Adam Mickewicz (1798 - 1855), né à Novogrudok (Nowogródek en Polonais) : personne ne s’étonnera dès lors qu’une statue orne la grand place de cette localité. Ou encore le héros Tadeusz Kosciuszko (1746 - 1817) natif de Mereczowszczyzna (actuellement Kossava) qui est considéré comme le Lafayette Polonais pour avoir combattu sur les deux continents avec une égale valeur.
 
Difficile aussi de passer sous silence Marc Chagall (1887 - 1985), l’artiste étant originaire de Vitebsk.
 
En dehors de ces grandes figures internationales cohabitent d’autres célébrités nationales, à commencer par le grand humaniste Frantsisk Skarina (1490 - 1551) qui fut le premier à traduire la Bible en langue vernaculaire, soit le Biélorusse, grâce à la première imprimerie installée par ses soins dans le pays (à l’époque, le Grand Duché de Lituanie).
 
Yanka Kupala (1882 - 1942) est un autre de ces remarquables écrivains Biélorusses dont la particularité, outre une prose talentueuse, était de savoir écrire le Polonais comme le Biélorusse.
 
Et pour finir concernant cette galerie, n’omettons pas l’Alexandre Dumas Biélorusse originaire d’Orsha, à savoir Uladzimir Karatkievitch (1930 - 1984).
 
Plus récemment, l’auteur-compositeur-interprète Alexandre Rybak [5], lui aussi d’origine Biélorusse bien que représentant la Norvège, sut charmer l’ensemble des spectateurs mélomanes du dernier Eurovision avec une composition aux sonorités très proches de son pays d’origine, lui permettant de faire exploser les compteurs en établissant un nouveau record de points engrangés.
 
Biélorussie 2009 : nature, architecture et culture
 
En cette contrée, le vert des forêts et le bleu des lacs sont des teintes omniprésentes. Quoi de plus naturel lorsque l’on sait que la dernière forêt primitive d’Europe, Belavezhskaya Pushcha, abritant les derniers bisons d’Europe se trouve en Biélorussie et est inscrite par l’UNESCO sur la liste de l’héritage mondial ? S’y ajoutent près de 4 000 lacs, dont le plus grand d’une superficie de 80 km², le lac Narach. Un tiers du pays restant la propriété des espaces sylvestres. Sans oublier bien sûr les fameux marais du Pripiet ou de Pinsk, cet immense espace fangeux est un écosystème à lui tout seul.
 
Pour les amoureux du gothique flamboyant, le château de Mir (début du XVIème siècle) offre une vision détonante en cette marche Russe, peu coutumière de ce type de construction propre au génie architectural de la fin du Moyen-Âge. Unique en son genre, l’édifice a été en grande partie restaurée et offre aux visiteurs une vision des plus flatteuses à leurs rétines.
 
Minsk quant à elle dévoile un ensemble urbain typique du style Stalinien (visible en quelques endroits de Moscou) avec des bâtiments aux façades empesées dans un registre néo-classique, le tout bordant de larges avenues. L’appréciation de cette unité architecturale est laissée au goût de chacun. Pour autant, la diversité des tons pastel des bâtiments et la présence de plusieurs espaces verts aménagés et fort sérieusement entretenus au centre ville empêche toute sensation d’étouffement par la grisaille. Il est indispensable de souligner que Minsk est une ville ayant énormément souffert des combats pendant la Seconde Guerre Mondiale puisque près de 90% de ses bâtiments ne furent plus que ruines au sortir de cette épreuve.
 
Dernier point, signalons l’érection de la bibliothèque nationale (ouverte au public en 2006) comme oeuvre contemporaine destinée non seulement à centraliser toutes les archives ayant trait à la culture Biélorusse, mais aussi à promouvoir les nouvelles technologies en son sein. Mention spéciale à son illumination en pleine nuit, lui donnant l’aspect d’un véritable arbre de noël. Est aussi offerte la possibilité d’observer le panorama de Minsk en se hissant à son sommet moyennant l’acquittement pécuniaire d’un droit d’accès.
 
Afin de conclure, n’oublions pas non plus ses habitants en saluant leur hospitalité comme leur serviabilité. La rudesse campagnarde elle-même ne se déparant pas d’une volonté de prodiguer l’aide nécessaire au visiteur de passage. De même que leur souci d’embellir le moindre village, où il demeure bien difficile d’y trouver des habitations en délabrement avancé, celles-ci arborant au contraire et le plus souvent d’omniprésentes compositions florales accolées à des extérieurs en bois chamarrés.
 
Les rues des principales villes du pays étant, elles, irradiées par la grâce féminine, créatures à la coquetterie rarement égalée en Occident dont les sourires charmeurs ne peuvent qu’ébranler le plus endurci des hommes. Les jeunes hommes quant à eux n’hésitant pas à faire acte de cette galanterie désormais désuette en nos contrées car outre les sempiternelles fleurs à destination de l’être adoré, ceux-ci tiennent à sceller leur union sentimentale par des cadenas aux tendres motifs gravés à leur surface pour être apposés sur les ferronneries des ponts et monuments symboliques parsemant la capitale.
 
Et si vous avez le tact suffisant pour être invité au sein d’une famille Biélorusse, ne manquez pas de goûter leur kvas local, boisson légèrement alcoolisée à base de pain noir fermenté, ainsi que leurs délicieux draniki, beignets de pomme de terre aux oignons.
 
Trop succinct article me reprocheront d’emblée ceux qui désireraient en connaître davantage, alors je ne peux que dès lors les encourager à le compléter par eux mêmes et découvrir ce faisant les innombrables richesses constellant ce pays qui ne mérite aucunement l’ostracisme dont il est encore victime par les médias. Le courage, l’abnégation et la curiosité seront les meilleurs ingrédients pour se rendre en cette terre qui vous rendra au centuple les efforts consentis préalablement. La Biélorussie vous attend...
 

Site du tourisme officiel en langues Anglaise, Russe et Biélorusse

 

[1] Date à laquelle les hordes Mongoles infligeront à la chevalerie Polonaise assistée de contingents Germaniques et Francs une cuisante défaite à Legnica avant de défaire les forces Hongroises à la bataille de Mohi. La mort d’Ögödei, le Khan suprême, brisera l’élan de conquête des Mongols vers l’Europe qui reflueront sur la Volga en attendant l’élection d’un nouveau Khan.
[2] Union effective depuis le traité de Lublin en 1569 entre les deux pays.
[3] Le 7 mai 2009, l’Union Européenne a proposé un partenariat oriental à divers pays de l’ex-Union Soviétique, Biélorussie incluse, ce qui fut considéré comme un signal clair de normalisation des relations diplomatiques. Le 29 mai 2009, le Conseil de l’Europe a annoncé pour sa part accorder à la Biélorussie le statut d’invité spécial à l’Assemblée Parlementaire, rompant de la sorte sa politique d’exclusion systématique des officiels Biélorusses.
[4] Des frictions ne purent cependant être évitées, telles une crise du gaz pendant l’hiver 2006 et une crise du lait durant l’été 2009.
[5] Voir à ce sujet son entretien avec le magazine Premiere où le jeune prodige sait rester humble sans se départir d’un certain recul vis à vis de la célèbrité et de l’Eurovision.

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