dimanche 25 avril 2010

Le juteux business des données personnelles


Les données personnelles ont toujours été un facteur éminemment sensible, et la rémanence numérique que nous laissons sur les divers sites commencent seulement à alerter les pouvoirs publics (j'en veux pour preuve l'une des rares innovations positives de la loi LOPSSI en la création d'un délit d'usurpation d'identité [1] ).

Facebook est une jeune pousse née du Web 2.0 dont la croissance engendre les plus folles spéculations, ce faisant par l'entremise de son fondateur, Président et CEO (chief executive officer) Mark Zuckerberg qui entend bien monnayer au plus fort sa forte évolution par l'entremise d'un nouvel outil singulièrement ambigu : Open Graph. Pour résumer très brièvement et faire comprendre en quoi l'avenir du net risque d'être bouleversé, c'est tout simplement des interconnexions multiples qui permettront de vous proposer intelligemment et non abstraitement des produits ou des services par rapport à ce que vous êtes le plus susceptible d'apprécier, avec si besoin est recommandations d'amis. On le constate, l'interaction déborde du seul Facebook pour envahir d'autres services (lucratifs) de la toile mondiale et mieux cerner les desiderata des internautes. Si cela peut favoriser le rapprochement entre communautés ou prévenir de la survenance de tel ou tel évènement susceptible de vous intéresser, cela peut tout aussi bien dresser de manière formidable le profil le plus pointu qu'il soit d'un individu lambda. Et Facebook serait le noeud de connexion incontournable de ce système.

Or de manière quasi-simultanée vient d'être dévoilée sur le forum antichat.ru une nouvelle peu rassurante : le piratage par un certain Kirllos d'un million cinq cent mille comptes de Facebook dont les données ont été mises aux enchères [2]. Car nombre d'organismes privés comme publics seraient fortement intéressés par de telles données personnelles en disposant a minima de l'adresse électronique de la personne concernée et a maxima d'une pléthore d'informations relatives à sa personnalité et à son réseau de connaissances.
L'on peut aussi conjecturer sur cette étrange coïncidence temporelle entre l'annonce relative à l'emploi d'Open Graph et celle mentionnant la subtilisation frauduleuse des données.

L'exposition sur les réseaux va désormais devenir consubstantielle d'une existence numérique liée aux dangers de son exploitation sans consentement ou sans même connaissance de cet état de fait par les intéressés.

[1] « Art. 222-16-1. - Le fait de faire usage, sur un réseau de communications électroniques, de l'identité d'un tiers ou de données de toute nature permettant de l'identifier, en vue de troubler la tranquillité de cette personne ou d'autrui, est puni d'un an d'emprisonnement et de 15 000 € d'amende.
« Est puni de la même peine le fait de faire usage, sur un réseau de communications électroniques, de l'identité d'un tiers ou de données de toute nature permettant de l'identifier, en vue de porter atteinte à son honneur ou à sa considération. ».
[2] Le site 3DNews.ru donnant une évaluation des prix pour ces données : Причем, продавец варьировал цену учетных записей в зависимости от их значимости. Чем больше было у владельца аккаунта в списке друзей, тем дороже было предложение. За 1000 аккаунтов хакер просил от $25 до $45.

Aucun commentaire: