dimanche 11 avril 2010

D'apéro tu ne boiras point


C'est la mode du moment propulsée par les réseaux sociaux surfant sur l'incroyable succès de celui de Rennes (pour rappel 5 000 participants en ce 25 mars) : je veux bien entendu parler des apéros géants. A Brest ce furent près de 7 000 personnes qui répondirent à l'appel et l'on pouvait s'attendre à un succès grandissant dans les autres villes de province, sauf que... Rien n'est simple et les exemples d'annulation, celui du 12 mai à Montpellier comme ceux de Redon et Nancy, illustrent bien le différentiel de traitement par les pouvoirs publics paraissant bien embarrassés, si ce n'est réfractaires, par le phénomène.

Les implications il faut le souligner sont diverses : sociales, juridiques, politiques, sécuritaires et sanitaires. Une preuve de plus, s'il en fallait, que les nouveaux moyens de télécommunications bouleversent le paysage et les habitudes de chacun. Et Facebook a joué (et continue) de jouer un rôle de premier plan de ce point de vue, permettant de transmettre puis d'agréger un nombre exponentiel de participants à ces rassemblements bien qu'il semblerait que l'initiateur en France de ce genre d'évènement soit à l'initiative du réseau communautaire reseaumarseillais.com. Ledit réseau organisant en août sous l'appellation Apéro Marseille Record une désaltération publique avec le soutien de partenaires privés comme publics à la grande différence des apéros géants actuels que l'on pourrait qualifier de "sauvages".

Pour les municipalités concernées, ces utilisations du domaine public sont un véritable casse-tête sécuritaire et sanitaire mais aussi politique. Peu connectées sur la toile, et disposant le plus souvent d'une veille lacunaire (voire inexistante), elles n'apprennent souvent que très tardivement l'existence ou l'imminence de telles initiatives. Les dernières réactions et annulations d'apéros géants le doivent à une prise de conscience née des expériences récentes et d'un éclairage médiatique fort de la part des relais informationnels traditionnels que par la mise en place d'une structure d'analyse du flux d'informations numériques.

Rappelons que les rassemblements, comme les manifestations, doivent faire l'objet d'une demande d'autorisation auprès de la préfecture sur la base d'une utilisation temporaire du domaine public. L'un des principaux intérêts de cette déclaration tenant à disposer d'un interlocuteur et le cas échéant de garanties concernant les modalités de l'organisation d'un tel rassemblement. Or les apéros géants par l'emploi de réseaux externes aux autorités administratives court-circuitent toute prévention et possibilité d'interaction avec le responsable désigné du mouvement.
Profitons-en le Code Pénal est limpide sur point en l'article 431-9 :
Est puni de six mois d'emprisonnement et de 7500 euros d'amende le fait :
1° D'avoir organisé une manifestation sur la voie publique n'ayant pas fait l'objet d'une déclaration préalable dans les conditions fixées par la loi ;
2° D'avoir organisé une manifestation sur la voie publique ayant été interdite dans les conditions fixées par la loi ;
3° D'avoir établi une déclaration incomplète ou inexacte de nature à tromper sur l'objet ou les conditions de la manifestation projetée.

Et là nous touchons à la difficulté (mais pas impossibilité) de désigner le responsable d'un de ces apéros pour peu qu'il emploie un pseudonyme. Ne négligeons pas aussi l'incitation à l'ivresse sur la voie publique faisant pour sa part l'objet d'une infraction au sein du Code de la Santé Publique aux articles L 3351-1 et suivants.
La réplique des derniers apéros proposés est désormais établie puisqu'il est mentionné que le lieu ne sera indiqué que la veille! L'éternel jeu du chat et de la souris comme au temps des rave parties...

En dehors des considérations purement juridico-administratives, ce sont aussi des considérations sociales qui ne manquent pas de surgir et de faire naître la réflexion par le besoin apparent de tisser des liens réels partant des réseaux virtuels. Puisant sa genèse dans le désir d'initier un moment de convivialité collectif, sur le modèle de sites tels que OVS (On Va Sortir). La réaction des pouvoirs publics si elle peut se tenir sur le plan légal est plus sujette à discussion sur le plan social, voire politique (les accusations de ville morte ne manquant pas de ressurgir en cas d'annulation). Tout ne peut être dès lors qu'affaire de juste appréciation de la situation, des moyens de sécurisation à disposition et de maîtrise potentielle des risques de débordement. En matière de cyberstratégie l'on soulèvera que l'imbrication des plans virtuel et réel démontre toute sa consistance en s'imposant sur le devant de la scène. 

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