samedi 27 mars 2010

L’ours Russe ne lâche rien à l’Obamania

Chers visiteurs,

Il avait été écrit peu après la visite d'Obama à Moscou et sur la lancée de son succès populaire surtout perceptible à l'étranger, qu'une nouvelle ère des relations américano-russes était ouverte. Une déclamation très grandiloquente qui en dépit de certains rapprochements de vue (tels que les sanctions à l'encontre de l'Iran), ne doivent pas faire illusion. Ne serait-ce que parce que le rollback reste toujours une actualité, bien que plus feutrée, en matière de politique étrangère Américaine, atténué par les difficultés économiques actuelles mais néanmoins activé. D'autant que le bouclier anti-missile n'a pas été entièrement abandonné, pourtant un sérieux grief entre les deux Etats, mais uniquement démembré pour peut-être renaître... en Roumanie!

Le tandem Medvedev - Poutine garde le cap, ne baisse pas la garde et commence à récolter les dividendes de sa stratégie à l'égard des révolutions de couleur en les laissant s'essoufler et s'épuiser dans les querelles intestines. L'Ukraine en ayant fait l'expérience très récemment avec le désaveu de Iouchtchenko et la défaite de Timoshenko. Obama et son équipe savent déjà que bousculer l'aigle bicéphale ne sera pas chose aisée, d'autant que l'administration Américaine sait pertinemment qu'elle reste enchaînée à sa vis-à-vis Chinoise au sein de la tourmente financière, et ne peut de ce fait se permettre de grandes libertés dans le jeu géopolitique actuel, à peine de renforcer et consolider l'OCS comme contrepoids de sa propre influence mondiale.


Article paru sur Agoravox le 20 juillet 2009

Alors qu’Obama continue de subjuguer les foules et les élites Européennes, le Président de la Fédération de Russie vient d’apporter un souffle tout sibérien sur les ondes internationales en refusant de céder sur les dossiers considérés comme stratégiques pour l’avenir des relations Américano-Russes. Preuve qu’en dépit du marketing opéré par la Maison Blanche, le Kremlin n’entend pas se laisser aveugler par la poussière des apparences et le langage sirupeux de son hôte.
 
L’Obamania n’a pas cours sur la Moskova

L’énorme contraste régnant entre l’immunité médiatique des pays occidentaux à l’égard du chef de l’exécutif Américain et l’accueil plutôt mitigé, voire de défiance à son encontre en Russie donnerait à penser que la fracture est belle et bien plus sévère entre l’Amérique et certains pays qu’elle ne l’est avec d’autres places forte occidentales.

Preuve de ce froid y compris au sein de la population, nulle foule compacte et en transe pour accueillir le Président Américain à son arrivée, et les réactions de la population quant à sa venue laissèrent bon nombre de journalistes étrangers pantois quant à son indifférence manifeste. Quant à la suite du programme, il se déroula sous les auspices d’une cordialité toute empreinte d’une parfaite neutralité de ton dans les échanges avec ses interlocuteurs. Comme ne le cachait aucunement le quotidien d’affaires Vedomosti par la voix de Dmitri Trenine (directeur du Centre Carnegie de Moscou) dans son édition du 2 juillet dernier, l’essentiel ne pouvait tenir qu’à un nouveau traité START tant les lignes de front diplomatiques semblaient figées de part et d’autre.

Si ce nouveau traité fut effectivement annoncé [1], avec en complément un accord particulier concernant le transport de troupes Américaines en Afghanistan transitant par le territoire de la Fédération Russe (par voie terrestre/aérienne) et complétant de jure un précédent arrangement qui se limitait aux déplacements humanitaires, l’on ne peut en revanche évoquer de spectaculaire avancée.

Et pourtant, cette visite avait été préparée de longue date, avec force renfort de moyens médiatiques pour infléchir ou ramollir l’attitude des autorités Russes en prétextant que la venue d’Obama fournirait l’occasion d’une remise à plat totale des relations entre les deux pays. Dans les faits, il n’en fut rien.

Diviser l’aigle bicéphale

A moins de faire preuve de mauvaise foi patentée, le Président Américain doit être reconnu comme un remarquable stratège sachant employer les nouveaux médias de télécommunications aux fins de donner une image optimale de sa personne et par projection de son pays [2]. Opérant en cela ce que Niccolo Macchiavelli préconisait dans son ouvrage Le Prince : car les hommes, en général, jugent plus par leurs yeux que par leurs mains, tous étant à portée de voir, et peu de toucher.

Et de tenter lors de son discours à la Nouvelle École d’Économie de Moscou de préciser sa volonté de désarmement : L’avenir n’appartient pas à ceux qui massent des armées sur un champ de bataille ou qui enterrent des missiles ; l’avenir appartient aux jeunes qui seront armés d’une éducation et d’une imagination créatrice. On appréciera à sa juste valeur toute la saveur d’une telle sentence lorsque l’on sait combien la main militaire de l’Oncle Sam peut être lourde en certains pays, continuant d’influencer directement ou indirectement la politique intérieure de certains États. Comment s’en étonnerait-on lorsque l’on prend connaissance de la superpuissance Américaine dans le domaine des armements : pour rappel 547 milliards de dollars en 2007 employés à cette fin, là où la France n’en dépensa que 53,6 et la Russie 35,4 à titre de comparaison. Le propos paradoxalement plaça plutôt les Etats-Unis en porte-à-faux sur le sujet.

Sa tentative la plus aboutie d’ébranler l’exécutif Russe fut son utilisation de la flatterie dont le penseur Italien précité entendait prémunir les princes de la Renaissance soucieux d’une juste gouvernance. Louant la modernité de Dmitri Medvedev, il fustigea de manière feutrée les méthodes d’un autre temps de Vladimir Poutine : enjôler le Président pour décrédibiliser le Premier Ministre, une tactique politicienne qui en certaines circonstances fonctionna à merveille en intensifiant les rivalités de cour en d’autres temps et d’autres lieux.
 
L’essai ne fut guère probant, bien que jusqu’au bout Obama ait tenté le forcing par ce biais mais se heurta en définitive à la dénonciation commune par les deux têtes de l’exécutif de la poursuite du bouclier antimissile (ABM) et en corollaire de l’installation du dispositif sur le continent Européen. De guerre lasse, l’ancien avocat de Chicago tenta un plaidoyer s’opposant à la volonté du Kremlin de lier la réduction des armements stratégiques à la problématique du bouclier antimissile tout en assurant que ce dernier ne pourrait en aucun cas viser la Russie puisque les Etats-Unis ne saurait être protégés d’une attaque Russe y compris avec ce système [3].

La tournée des popotes qui fâche

Certains commentateurs objecteront non sans raison que les Etats-Unis comme tout Etat souverain sont libres d’entretenir les relations diplomatiques avec qui ils souhaitent (ce faisant signalons que la réciprocité n’est pas toujours de mise [4]) et qu’à ce titre ils peuvent promouvoir la défense active de leurs affidés régionaux. Toutefois, les scories du dernier conflit dans le Caucase demeurent le témoignage assez sévère qu’il n’est désormais plus possible de marcher sur la zone d’influence propre de la Russie sans encourir une violente réplique de cette dernière. Cette réaction ayant été amplifiée par l’émergence quelques années auparavant de révolutions de couleur dans sa périphérie territoriale, lui faisant dès lors prendre conscience qu’elle ne pouvait plus se permettre de laisser germer dans son proche étranger des régimes contraires à sa politique de sécurité, fut-ce en jouant sur les velléités interethniques des pays cibles.

Ce faisant, et reprenant dans la droite ligne la politique de George W. Bush, Barack Obama rappela d’office qu’il n’entendait aucunement accepter l’actuelle indépendance des deux entités considérées comme parties intégrantes de l’Etat Géorgien [5], à savoir l’Abkhazie et l’Alanie du Sud. Message de soutien très clair au régime de Saakachvili qui tout en brimant toute opposition politique continue cependant de bénéficier de l’appui occidental en dépit de violations manifestes des règles démocratiques [6].

Et pour mieux rassurer les partenaires Américains de la région, Mikheil Saakachvili et Viktor Iouchtchenko, respectivement Présidents de la Géorgie et de l’Ukraine, le vice-Président Joe Biden s’entretiendra prochainement courant du mois de juillet avec eux pour leur confirmer la position défendue par les Etats-Unis. Celle-ci ayant été clairement établie par Obama lui-même : Refuser aux Etats le droit d’avoir leurs propres frontières risque de conduire à l’anarchie… il s’agit de pays tels que la Géorgie et l’Ukraine. Or il n’est de concept plus flou que les frontières propres (ou naturelles) d’un Etat, ce dernier tel un organisme vivant étant amené à croître ou décroître entre sa naissance et son extinction (et en fonction de certaines circonstances, à renaître). Sachons apprécier aussi la rhétorique du Président Américain : L’Amérique ne cherchera jamais à imposer un quelconque système de sécurité à un autre Etat. Evidemment non, puisqu’elle semblerait plutôt se contenter de répondre à l’appel pressant de pions formés puis propulsés dans les hautes sphères du pouvoir de pays « amis ». La géopolitique n’est pas qu’une question de hard power mais aussi de soft power où interviennent l’éducation, les médias, les programmes d’aides, les ONG etc. Toute une panoplie de moyens dont certains ont été employés avec un réel succès par les Américains ces dernières décennies.

Néanmoins au jeu du poker menteur, le Président Américain malgré de réelles qualités ès manipulations semble avoir épuisé ses meilleures cartes sur la Moskova sans infléchir d’une verste la position de ses hôtes, y compris en attisant la division interne. Cela augurerait-t-il d’un changement de stratégie à terme ?


[1] Intitulé Compréhension commune des réductions et limitations ultérieures des armements stratégiques offensifs.
[2] Pour une analyse plus circonstanciée, veuillez vous rendre sur l’article de Charles Bwele intitulé Obamamarketing.
[3] De notre point de vue il n’existe pas de scénario nous protégeant contre le puissant potentiel russe et nous n’avons jamais estimé raisonnable d’établir un lien entre le débat sur les systèmes balistiques et le débat qui porte sur une menace d’une tout autre nature.
[4] L’exemple le plus fameux étant la fameuse loi Helms-Burton du 12 mars1996 du nom des deux élus républicains ayant proposé les modalités de cette mesure législative à portée internationale visant à interdire tout commerce avec Cuba et le monde extérieur. L’on évoque de fait un caractère d’extraterritorialité pour une loi qui s’étend à des acteurs privés/publics de pays tiers. Il serait aussi possible de se référer à la loi d’Amato-Kennedy promulguée la même année qu’Helms-Burton, et généralement plus connue sous l’acronyme ILSA (Iran and Libya Sanctions Act) devenu désormais simplement Iran Sanctions Act depuis septembre 2006 (les relations s’étant « normalisées » avec la Libye).
[5] Nous avons discuté de la Géorgie. J’ai réaffirmé la nécessité de respecter l’intégrité territoriale de la Géorgie. Nous n’acceptons pas non plus les actuelles frontières de la Géorgie.
[6] Sur cette situation particulièrement typique du cynisme Américain dans le domaine diplomatique, je vous recommande la série d’articles de Morice publiée sur Agoravox : Saakachvili, le mauvais cheval 

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