vendredi 5 mars 2010

Altermonde à Ekaterinbourg

Chers visiteurs,

Je vous enjoins à lire cet article car bien que datant de presque un an, il conserve toute son actualité.

Dans la foulée je vous recommande l'intervention de Karine Hirn, directrice générale d'East Capital, s'étonnant au sein du quotidien Les Echos que l'on puisse refuser d'inclure la Russie au sein des pays à forte croissance (cf Nouriel Roubini dans son intervention au sein de la même gazette le 11 novembre) : les marchés ne sont pas d'accord avec le prétendu effacement de la Russie : le marché d'actions (indice RTS) a progressé de 120 % en euros depuis le début de l'année 2009, le chiffre le plus élevé parmi les économies BRIC... La suite ICI.

En vous souhaitant une bonne lecture.


Article paru sur Agoravox le 24 juin 2009

Ekaterinbourg (orthographiée aussi Iékaterinbourg) est une localité Russe sise au pied de la chaîne de l’Oural, fondée en 1723 et appelée de la sorte en hommage à la femme de Pierre le Grand, et future Tsarine, Catherine Ière. Elle fut notoirement connue pour avoir été le dernier lieu de détention de la famille Impériale jusqu’à son exécution au sein de la maison Ipatiev. Dorénavant, par volonté expresse des autorités Russes, elle vient de devenir le foyer d’échanges internationaux ayant accaparé l’attention de l’Occident du fait de déclarations et projets lors d’une double réunion historique.

Le 15 et 16 juin derniers ont été l’occasion pour les membres de l’Organisation de Coopération de Shangaï comme pour les quatre pays désignés par l’acronyme BRIC [1] de se rencontrer, d’échanger et de proposer. Si certains tels Eric Le Boucher au sein du quotidien Les Echos [2] se sont rapidement gaussés de l’inanité d’une telle initiative, il n’en demeure pas moins que la portée est symbolique et ouvre des perspectives de réflexion et d’action alternatives que ne veut se permettre l’Europe.

Une première BRIC de posée

Si la première mention de ce quatuor composé du Brésil, de la Russie, de l’Inde et de la Chine fut publiquement énoncée par la banque d’investissement Goldman Sachs en 2003, aucune réunion véritablement officielle n’eut lieu pour donner un minimum de corps à ce qui n’était qu’une dénomination économique de pays susceptibles à eux quatre de dominer les échanges mondiaux d’ici 2050 [3].

Or, avec cette rencontre historique à Ekaterinbourg, c’est un message assez clair à l’intention des dirigeants occidentaux qu’ils ne sont pas avec leur G8 l’unique instance décisionnelle mondiale.

M. Singh, Premier Ministre Indien releva tout d’abord que les BRIC étaient la locomotive économique de la croissance mondiale, propos conforté il est vrai par la bonne résistance de l’Inde au sein du maelström financier et économique actuel [4]. La Russie fit entendre en outre qu’elle souhaiterait diversifier ses réserves en investissant de façon plus accrue dans les instruments financiers des autres membres du BRIC et vice-versa suivant des modalités à définir pour garantir la sécurité et la facilité de ces opérations.

En outre fut réaffirmé la nécessité de gérer les problèmes mondiaux par une approche multilatérale, critique à peine masquée envers la politique internationale des Etats-Unis avec qui les BRIC ont eu souvent maille à partir.

Si effectivement des idées furent échangées, des problématiques débattues et une bonne entente affichée, le sommet fut surtout l’occasion de démontrer que tous ensemble, Brésil - Russie - Inde - Chine avaient les moyens de se faire entendre et d’amorcer une autre vision du monde sur le plan diplomatique comme financier. Néanmoins le plus gros morceau restait à venir…

L’OCS fait vaciller les cours mondiaux

Au contraire des BRIC, l’OCS est, elle, une organisation réelle existante depuis 2001 et regroupant six Etats-membres et quatre observateurs (dont l’Inde). Axé primitivement sur la coopération en matière militaire, l’OCS s’orienta majores pennas nido vers d’autres sphères dont l’économie.

Et c’est précisément sur ce point que la rencontre d’Ekaterinbourg donna lieu à de réels soubresauts à Wall Street, pourtant à plus de 8 000 kilomètres de là.

L’auteur de cette agitation fut le Président Russe qui déclara sans guère d’ambages que les devises nationales se devaient d’être plus largement employées dans les relations économiques entre membres de l’OCS. Comprenez : délaissons le dollar et réglons nos échanges commerciaux avec un panier de devises nationales propres à l’OCS, voire envisageons la création d’une monnaie supranationale [5].

Déjà malmené du fait de la crise mondiale et de la confiance s’érodant par les nombreux utilisateurs du billet vert, le cours du dollar marqua sérieusement le pas une fois communiquée cette velléité de s’affranchir de ce dernier.

Voulant éviter une crise dans la crise, le Ministre Russe des finances Alexeï Koudrine rassura rapidement le monde de la finance internationale en alléguant que pour l’heure il n’y avait eu encore aucune décision de prise : l’alerte fut chaude mais l’avertissement aura été net et le sujet ressurgira tôt ou tard lors des prochaines réunions multilatérales impliquant les membres de l’OCS.

Et pour finir les discussions sur une bonne note, la Chine par la voix de Hu Jintao annonça accorder 10 milliards de dollars à l’OCS afin de permettre à l’ensemble des pays membres d’affronter la crise avec des moyens plus conséquents.

Un autre monde pour demain ?

Le Brésil, la Russie, l’Inde et la Chine sont bien entendu traversés par des heurts politiques au sein de zones d’influence disputées ou entraînés dans des conflits commerciaux. Pour autant, il se dégage au fil des années de leur part une volonté de plus en plus manifeste de peser sur le cours de l’Histoire, de s’affranchir du statut de spectateur, d’observateur voire de supplétif le cas échéant pour devenir acteur à part entière. Prenant conscience qu’individuellement ils ne peuvent s’imposer, les efforts récents consentis et médiatisés attestent d’une prise de conscience que la crise peut leur offrir un strapontin au moment où le dollar n’inspire qu’une confiance de plus en plus résiduelle et que l’euro plombe la compétitivité des entreprises Européennes minées par la crise.
Pas identiques mais complémentaires : tel fut le message délivré au sortir de cette grande première du 16 mai.


[1] Article sur Wikipédia
[2] Article paru le 19/06/2009
[3] Une rencontre informelle eut toutefois lieu en marge du sommet du G8 à Toyako, Japon, en juillet 2008.
[4] La Banque Mondiale ayant précisé dans son rapport Global Development Finance 2009 : Charting a Global Recovery que si l’on enlevait la Chine et l’Inde des statistiques des pays en développement pour les prévisions de fin d’année, les chiffres de leur PIB reculerait de 1,6% !
[5] Signalons en outre qu’en mai la Russie comme la Chine avaient auparavant signifié au responsable du FMI, Dominique Strauss-Kahn, leur volonté d’investir leurs avoirs dans le DTS (droits de tirage spéciaux). 

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