jeudi 11 février 2010

Les Etats-Unis, Etat bicéphale

L'on se prend souvent à signifier que la Russie est dans sa perception géopolitique un Etat bicéphale en ce sens qu'elle puisse se permettre de lorgner tant vers l'Est que vers l'Ouest.

Or il est une autre entité internationale qui dispose de cette capacité à se projeter comme bon lui semble vers l'horizon pacifique comme l'horizon atlantique : les Etats-Unis. Récemment, Obama est venu clairement exprimer que le partenariat EU-UE n'était pas une donnée intangible, et si son recul sur le bouclier antimissile a été plus que diversement apprécié par les pays concernés (République Tchèque et Pologne), son désistement du prochain rendez-vous en mai à Madrid avec ses homologues Européens aura été clairement perçu comme une réorientation des priorités de l'Amérique vers l'Asie.

L'Union Européenne dispose désormais d'un Président et d'une Ministre des Affaires Etrangères, censés justement faire pièce au bon mot goguenard d'Henri Kissinger ("L'Europe, quel numéro de téléphone?"). Cependant force est de constater que cela ne saurait être une recette miracle, d'une part parce que le pouvoir réel continuera d'appartenir aux représentants des Etats-membres et ensuite parce que le choix de tels personnages part souvent d'un compromis, avec toute la limitation d'influence des candidats nommés que cela implique.

Il est très inquiétant de constater que lors de l'élaboration du projet de bouclier antimissile comme de la proposition récente de l'exécutif Roumain d'accueillir des missiles intercepteurs, les institutions de l'Union Européenne n'ont pas daigné s'immiscer dans cette problématique concernant pourtant au premier chef les populations du vieux continent. Quant à l'Etat Roumain, et sans faire d'analyse circonstanciée, il n'est pas exclu d'émettre que le sort de la Moldavie, une entité autrefois attachée à la Roumanie et disposant d'une minorité russophone protégée par l'armée Russe, soit en ligne de mire de sa décision récente.
Il n'en demeure pas moins que les yeux de la Maison Blanche ont pour l'heure plus d'intérêt à se poser sur l'Asie et sa vigueur économique que sur l'Europe et sa cohorte de pays neurasthéniques. A plus forte raison que comme je l'avais précisé lors d'un commentaire paru sur Alliance GéoStratégique, J’ajouterai juste que ce sont surtout les Etats-Unis qui ont le plus à craindre de la Chine à l’heure actuelle. Car si le Japon était autrefois son créancier en titre et faisant office de support de dette, la Chine en prenant la place de son voisin asiatique (avec 800 milliards de bons du trésor Américain fin 2009) pose une problématique plus sérieuse aux autorités Etatsuniennes. Le Japon s’en remettait quasi-entièrement à son vainqueur de la 2ème GM pour assurer sa sécurité militaire, en contrepartie il supportait la dette de ce dernier. Avec la Chine, nous entrons dans une autre problématique car non content d’être une puissance militaire régionale, elle est aussi devenue l’atelier du monde et le créancier de la principale puissance occidentale. Nul doute qu’Obama et son administration sont clairvoyants que la crise de ce point de vue a fragilisé la position de leur Etat vis à vis du grand dragon

En complément de cet article, je vous prie de lire la chronique de Pierre Rousselin : Obama a raison de snober l'Europe. Et notamment cette phrase pleine de bon sens Le Traité de Lisbonne devait régler le problème. Il semble n'avoir fait que compliquer les choses.

N'hésitez pas non plus à consulter les rapports du FMI qui fournissent une radioscopie de l'état économique des pays dans le monde : on constatera qu'en 2009 la zone Euro affichait une croissance de -3,9% alors que les pays en développement d'Asie plastronnaient à +6,5%! Et les projections pour 2010 du même organisme offrent un modeste +1% à la zone Euro tandis que l'Asie pourrait s'offrir un +8,4%. L'Europe n'est clairement plus le poumon économique de la planète.

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