jeudi 21 janvier 2010

Lorsque la Chine (numérique) s'éveillera

S'il est vrai que je ne traite que trop rarement des questions cyberstratégiques de pays autres que ceux de l'Europe ou de la Fédération de Russie et son proche étranger pour des raisons de spécialisation, je puis à défaut vous conseiller la lecture de cet excellent article relatif à l'évolution de l'emploi des réseaux liés aux TIC sur le territoire Chinois.
Il est bien entendu fait mention de la récente rebuffade de Google, mais aussi des cyberattaques d'Iran comme de l'évolution et les interactions de la cybersphère avec le pouvoir politique.

Une cyberguerre froide dans la Cité Interdite de Charles Bwele

extrait :
D’où la question suivante : qui a tenté de nuire aux relations diplomatiques entre la Chine et l’Iran en faisant accuser ce dernier ? Un État parfaitement respectable ou une constellation hacktiviste ? Pourquoi la Chine n’a-t-elle pas adressé une plainte officielle à l’Iran ou émis une simple jérémiade de forme ? Pourquoi Baidu a-t-il porté plainte (devant un tribunal de New York !) contre son fournisseur américain Register.com de nom de domaine ? Et si « quelqu’un » avait exercé quelques représailles graduées contre Google en réponse à la paralysie infligée à Baidu (48 heures avant le scandale déclenché par la firme de Mountain View) ? L’affaire Google-Chine n’est-elle qu’un des plus visibles épisodes d’une cyberguerre froide par infomédiaires interposés ou instrumentalisés ?

Les États ont certes des alliés et des ennemis mais ils respectent d’abord et surtout leurs intérêts et leurs agendas. Pour peu que le cyber-espionnage et la cyberguerre soient les volets numériques d’une stratégie globale d’espionnage industriel et/ou d’une tactique de nuisance informationnelle et donc politique, il vaut mieux s’attendre à tout, même au « cybernétiquement incorrect »
.

Peut-être émettrais-je un unique bémol lorsque l'auteur analyse le dynamisme occidental dans le secteur des réseaux numériques en arguant qu'il serait la résultante de quatre facteurs cités et notamment une société libre et ouverte de l’information et de la communication ainsi que d'un environnement juridique hautement favorable à la libre expression, à l’investissement international et à la propriété intellectuelle. J'avoue que pour ma part je suis très circonspect quant à cette évolution où la propriété intellectuelle tend par l'inquisitoire parole d'extrêmistes à ériger des barrières toujours plus imperméables à l'innovation et à la créativité (non seulement technique mais aussi artistique). De même que certains filtres latents (Australie en application, Allemagne longtemps en discussion, France souhaité par le chef de l'Etat etc.) tendent à "nationaliser" le réseau Internet à l'instar du modèle Chinois.
Il y a là matière à réflexion sur le devenir des réseaux et de leur appréhension non seulement par les autorités Chinoises comme aussi des desseins visés par les autorités occidentales.

4 commentaires:

Electrosphère a dit…

@ Yannick,

Merci pour ce rappel. Je suis d'accord que les industries culturelles et les industries biotech ont transformé la propriété intellectuelle en système quasi carcéral. Mais ce n'est pas nécéssairement le cas dans tous les secteurs.

La propriété intellectuelle (comme l'open source) a bcp de défauts et bcp de limites ,mais sans elle, personne n'investirait dans la R&D... Et il n'y aurait ni Blackberry, ni iPhone, ni Facebook, ni Twitter, ni PC ultraportable et encore moins cette merveilleuse machine sous vos doigts.

Or, si la Chine ne fait rien pour favoriser et donc protéger la propriété intellectuelle (notamment celles des investisseurs étrangers hi-tech sur son sol) et leur garantir un minimum de cybersécurité - ce qui est tout de même le cas en Europe + Amérique - elle les fera inéluctablement fuir.

D'ailleurs, cybersécurité et propriété intellectuelle vont de + en + de pair. J'aborderais ce sujet bientôt sur Alliance Géostratégique.

Cordialement ;-)

Yannick Harrel a dit…

Bonjour Charles,

En réalité c'est surtout une question d'équilibre, l'Open Source comme les logiciels "copyrightés" ne sont pas forcément en opposition systématique mais complémentaires. Là dessus je pense que nous serons d'accord ;-)

Ce qui m'inquiète, c'est qu'en de nombreux pays occidentaux le curseur de la propriété intellectuelle (je m'étais récemment fendu d'un article sur Agoravox récemment à ce sujet) est tellement penché vers le mode répressif et taxatif (oui c'est un T pas un L) qu'il tend à restreindre et à empêcher certains acteurs du monde numérique à respirer et avoir leur chance sur le marché. Mais là nous entrons dans des discussions sur un nouveau paradigme économique lié au numérique ;-)

Cordialement

Electrosphère a dit…

En Amérique et en Europe, la société et l'économie de l'information (ou économie numérique ou e-conomie) sont très largement. Nos blogs, eBay, Facebook et Amazon ne subissent pas le filtrage sémantique et la censure politique en ligne.

Or, ce n'est guère le cas en Chine où les moteurs de recherche sont de plus en plus bridés et les pages web censurées.

Ton erreur a été de réduire l'économie numérique (ou e-conomie, ou économie de l'information) à la propriété intellectuelle, qui n'en est qu'un élément parmi tant d'autres.

Amicalement ;-)

Yannick Harrel a dit…

Bonjour Charles,

En réalité Charles tu es intervenu un peu trop rapidement, même si je suis content de ton intervention :-)
J'ai l'habitude de fonctionner à la 2.0 : je pose d'abord le texte brut et par la suite j'y agglomère et affine les idées au fil des minutes ou heures (parfois jours mais c'est tout de même plus rare) ;-)

Les Etats-Unis de par l'attachement très fort au Ier amendement de leur Constitution garantissant la libre expression sont un modèle de ce point de vue. C'est pourquoi nombre de blogueurs ou de services (y compris de pays occidentaux) s'enregistrent en ce pays pour échapper aux poursuites judiciaires. Malheureusement ce respect est loin d'être partagé par tous les pays et nul besoin de se rendre en Chine pour en prendre acte. Je cite par ailleurs quelques exemple dans l'article.
Toutefois les Etats-Unis sont plus lâches au niveau de la confidentialité des informations personnelles, j'en veux pour preuve les critiques récurrentes du Safe Harbor Privacy Principles par les autorités Européennes.

Ceci étant la propriété intellectuelle, dans son acharnement actuel, est un vrai problème central dépassant le strict cadre de l'économie numérique. Et qui va inciter par son lobbyisme à entraîner l'Etat à resserrer la surveillance du net contraignant ses utilisateurs à descendre de plusieurs strates dans le réseau, rendant de facto plus difficile pour les services les recherches et les enquêtes. C'est l'effet pervers de la lutte contre le "piratage" qui emploie une massue pour détruire le haut de la fourmilière sans porter atteinte à ceux qui sont bien enfouis dans les niveaux inférieurs parce que l'on n'a pas encore compris comment fonctionne le réseau des réseaux.
Pour l'économie numérique, il y a eu une marche de loupée. Et ce relais de croissance est pour l'heure l'objet de suspicions, de tracasseries et de taxations. Ce qui aboutit à ce que les acteurs numériques et les tenants de l'ancienne économie se regardent parfois de biais.
Ce que je reproche c'est que l'on demande aux acteurs de la nouvelle économie de s'adapter à l'ancienne! Un comble tout de même...

Je ne pense plus de toute manière que le net soit neutre, il est devenu au contraire véritable champ de bataille. Il faut désormais penser sur les deux plans : réel et virtuel.

Cordialement et à bientôt Charles ;-)