samedi 9 janvier 2010

Humiliés et offensés : chapitre Russe à l’OMC

Chers visiteurs,

Le présent article repris de ma chronique Agoravoxienne conserve tout sa pertinence en ce début d'année 2010 : la situation quant à l'adhésion de la Fédération de Russie à l'OMC n'ayant guère évoluée favorablement.

Pour l'heure, aucune décision réelle n'a été prise quant à cette entrée qui se fait tant attendre. Il est vrai aussi qu'il y eut une volonté de repartir sur une candidature tripartite (Russie, Biélorussie, Kazakhstan), ce qui brouilla quelque peu la visibilité de l'affaire qui n'en demandait déjà pas tant. Pour l'heure, les autorités du pays semblent opter pour une poursuite des négociations avec les membres encore récalcitrants de l'OMC (dont les Etats-Unis) et favoriser l'union douanière en cours, sans pour autant se prononcer encore sur une entrée groupée ou individualisée.


Article paru sur Agoravox le 27 avril 2009

Irrité. C’est ainsi que le Président Russe a entendu faire passer le message quant à l’étude particulièrement allongée de la candidature de son pays à l’OMC lors d’une conférence de presse effectuée avec son homologue Chilienne Mme Bachelet le 4 avril dernier.

L’entrée de la Fédération de Russie au sein de l’Organisation Mondiale du Commerce est devenue avec le temps un des nombreux sujets de fâcherie avec les occidentaux tant les revers ont été nombreux et les espérances douchées. Assez symptomatique en effet que bien qu’étant membre du G8, la Russie n’est toujours pas acceptée au sein de l’OMC malgré un dépôt de candidature effectif depuis… juin 1993 !

Bien évidemment, cet entêtement ne serait pas d’actualité si des retombées positives n’étaient attendues par la qualité de membre. La première et principale d’entre elles serait une plus grande ouverture des marchés étrangers aux produits Russes, permettant d’entrevoir à la fois des bénéfices conséquents en matière d’exportation (bien que la part des énergies fossiles reste trop conséquente et sujette à la variation capricieuse des cours comme récemment) et une consolidation de l’excédent de la balance commerciale [1]. L’autre bénéfice attendu concernerait l’afflux soutenu de capitaux étrangers, pour autant que ces derniers ne s’immisceraient pas parmi l’un des quarante-deux secteurs stratégiques [2] visés par le législateur Russe. Pousser les portes de l’OMC, c’est aussi la garantie de pouvoir bénéficier d’un règlement des différends par la constitution d’un groupe spécial dont les participants sont choisis par les parties en conflit, et non imposés par une tierce entité (sauf si blocage persistant). 

Cependant, avant de recevoir il convient de donner, et les gages de bonne volonté réclamés à la partie Russe ont été nombreux. Face à ces obligations, le pouvoir Russe a du louvoyer lors des négociations pour d’une part satisfaire et garantir des avancées substantielles dans les domaines ciblés tout en rassérénant les acteurs économiques touchés par de telles concessions. Avec comme bémol le soutien financier au secteur de l’agroalimentaire : à hauteur de 182 milliards de roubles d’aides pour cette année [3], le gouvernement Russe refusant de céder sur ce point. Il est vrai que la crise actuelle fragilise la santé économique de nombreuses entreprises, et que le risque d’une asphyxie du secteur primaire serait une situation éminemment risquée pour les autorités. Pour mieux faire accepter cette position intransigeante, il n’est pas interdit d’émettre que la Russie par ses représentants consentira à reculer sur d’autres points d’achoppement, comme par exemple les taxes sur l’exportation de bois rond.

L’entrée dans l’OMC en sus de son importance économique aurait dans le même temps une résonance géopolitique. Oeuvrer à l’intérieur d’une instance internationale permet d’une part de mieux suivre les dossiers en cours comme d’autre part de peser sur les décisions envisagées (l’efficacité restant toutefois subordonnée au facteur humain). C’est là tout le principe de l’entrisme. 

Le souhait premier de Boris Eltsine fut de ne pas laisser la Russie sur le bord de la route de la prospérité et de l’ancrer à l’occident tout en tirant un trait définitif sur l’économie communiste [4]. Cahin-caha, cette volonté se perpétua sous les mandats de Vladimir Poutine avant d’être transmis fort logiquement à Dmitri Medvedev : de l’idée originelle du premier Président de la Fédération de Russie à ses successeurs, l’intérêt de l’adhésion aura certainement évolué en fonction des relations avec les pays occidentaux mais aura surtout mis en exergue le relatif esseulement du pays et la nécessité de reconstruire une diplomatie plus active et efficiente.

Le groupe de travail de l’institution présidée par Stefan Johannesson [5] aura un lourd poids sur les épaules car le message délivré par la présidence Russe semble suffisamment comminatoire à dessein de mettre le holà à une attente qui n’a que trop duré. Attente d’autant plus mal acceptée que l’Ukraine qui souffre des mêmes problèmes structurels a été cooptée au sein de la communauté en mai 2008. Cela eut d’autant moins l’heur de plaire à Moscou que le dossier Ukrainien avait été déposé plusieurs mois après celui de la Russie.

En dépit de toutes ces avanies, Dmitri Medvedev, considéré comme un libéral parmi l’élite au pouvoir souhaite persévérer et prolonger la demande initiale opérée par Boris Eltsine.

Point encourageant : le nouveau Président Américain semble convenir pour une approche plus constructive avec la Russie ces dernières semaines, laissant la porte ouverte à tout abandon d’obstruction sur ce dossier.

Reste qu’en période de crise, au moment où les paradigmes érigés en dogme par l’OMC volent en éclat, il n’est pas encore certain que l’adhésion au sein de celle-ci soit une garantie efficace en matière de sécurité économique pour la Fédération de Russie. Paradoxalement, la crise économique mondiale pourrait plutôt tendre à en accélérer le processus d’entrée en ces temps où à l’instar du sommet du G20 à Londres les principaux dirigeants mondiaux souhaitent se concerter pour juguler au mieux les effets dévastateurs du phénomène. Réponse en mai à Genève.


[1] L’année 2008 aura vu à partir d’octobre une baisse du solde positif de la balance commerciale de l’ordre de 4,7%, établissant ce dernier à 11,931 milliards de dollars.
[2] Dossiers transitant désormais par une commission gouvernementale de contrôle des investissements étrangers selon les modalités de la loi fédérale n°57-FZ du 29 avril 2008.
[3] Tel que l’annonça Elena Skrynnik, ministre de l’agriculture le 23 mars 2009.
[4] La thérapie de choc initiée sous les gouvernements Gaïdar puis poursuivie plus mollement sous Tchernomyrdine et Kirienko participa à cette ambition selon les recommandations d’experts occidentaux de transformer radicalement et sans transition la société Russe en économie de marché jusqu’à l’épilogue malheureux de la crise de 1998.
[5] Le groupe de travail comprenant outre M. Johannesson (Islande), MM. Kare Bryn (Norvège) et W. Rossier (Suisse).

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