lundi 30 novembre 2009

Relations franco-russes, coup d'oeil avant l'année croisée 2010


Chers visiteurs,

Je me permets de porter à votre connaissance la publication chez In Libro Veritas d'un fascicule portant sur les relations entre la France et la Russie à quelques semaines du commencement de l'année croisée. Les aspects diplomatiques, techniques, juridiques, philosophiques étant brossés pour donner le plus large spectre de ce rapport bilatéral si singulier. 

Loin d'être une exégèse sur le sujet, l'oeuvre se veut en revanche comme un guide informatif succinct sur la longue amitié existant entre ces deux vieilles nations. Et d'exprimer combien les regards croisés auront été divers et influents. Nul doute que le lecteur apprendra au détour de quelques chapitres certains faits peu connus du grand public sur le sujet et appréhendera de manière plus juste l'importance de conserver et d'approfondir les liens avec le peuple Russe.

Je vous prie d'en prendre connaissance ICI, lecture en ligne gratuite (tarifs pour la version papier et le document PDF disponibles en haut à droite).

mardi 24 novembre 2009

Conférence de presse vidéo Paris-Moscou pour faire le point sur la relation bilatérale franco-russe organisée par RIA Novosti


Mme Kamenskaya, responsable de RIA Novosti France, organise le 26 novembre à l'occasion de la visite en France de Vladimir Poutine une conférence de presse vidéo Paris-Moscou. Avec à Paris: l’économiste Jacques SAPIR, directeur d’études à l’EHESS, et l’écrivain Pierre LORRAIN, auteur notamment de "La mystérieuse ascension de Vladimir Poutine" (2000). Et à Moscou: le vice-président du Comité des affaires internationales du Conseil de la Fédération Vassili LIKHATCHEV, le directeur du Centre d’études françaises de l’Institut de l’Europe de l’Académie des sciences russe Youri ROUBINSKI et le rédacteur en chef de la revue "La Russie dans la politique globale" Fiodor LOUKIANOV.

Comme précisé sur son blogue, la vidéo de la conférence sera disponible sur le site russe de RIA Novosti. Gageons que la qualité d'une telle agglomération de compétences ne saurait laisser indifférentes que fort peu de personnes liées ou intéressées au monde Russe.


vendredi 20 novembre 2009

Droit de réponse sur Internet et LCEN, du nouveau...


Article publié sur Agoravox le 23 novembre 2009

La loi pour la confiance dans l'économie numérique (abrégée en LCEN ou même parfois de façon erronée en LEN), ou loi n°2004-575 pour les habitués des index juridiques, a permis n'en déplaisent à certaines politiciens frappés d'amnésie sur la question de dresser le canevas des échanges sur Internet.

L'une des dispositions du texte, fort bien connue pour avoir déjà suscité nombre de décisions, est relative au statut et à la responsabilité des hébergeurs et éditeurs de sites, en son article 6. Or par le truchement du décret n°2007-1527 relatif au droit de réponse applicable aux services de communication au public en ligne, un point d'importance nécessitait d'être dégagée par la jurisprudence. Telle occasion lui fut donnée le 9 octobre 2009 à la suite d'un arrêt de la Cour d'Appel de Paris.

Le droit de réponse numérique, un droit strictement encadré

Le droit de réponse est effectivement une possibilité offerte à toute partie s'estimant lésée et pouvant exprimer et argumenter sa position à la suite d'un témoignage ou d'un article contraire à ses positions ou intérêts.
Ce fut notamment la fameuse loi du 29 juillet 1881 sur les infractions de presse qui réglementa les modalités de ce droit. Et parmi l’une de ces modalités, la prescription ou la durée légale pour agir. Car si les paroles s’envolent, les écrits restent. Pour autant et pour limiter les abus de déterrer des propos jaunis par le cycle de la roue du temps, il a été imposé par le législateur une restriction temporelle à ce droit (article 13 de la loi précédemment citée [1]).

En matière numérique, la LCEN et le décret de 2007 précisèrent les conditions liées à ce nouveau medium [2]. Trois mois fut le délai retenu pour se manifester à compter de la publication du message en ligne. Un délai relativement long et suffisant du fait de l’indexation de plus en plus véloce et efficiente des moteurs de recherche.

Pourtant, et malgré les textes légaux, l’exercice de ce droit n’est pas toujours aisé, notamment lorsque le directeur de publication d’un site "omet" de préciser des références obligatoires et ne donne aucunement suite aux courriers recommandés comme aux courriels lui étant adressés.

En l’espèce, il s’agissait pour une société commerciale organisant des voyages à l’étranger pour des pélerins se rendant à la Mecque d’une évaluation jugée erronée sur le site Internet d’une association de défense des pélerins. La société souhaita par conséquent bénéficier de son droit de réponse. Or malgré les tentatives effectuées en ce sens (courriers recommandés non réclamés au bureau de Poste et courriels aux réceptions non confirmées) en dépit d’informations des plus lacunaires en guise de moyens de contact, l’association ne procéda à aucune rectification de son évaluation comme d’une publication du message.

Inquiétée par ce silence et la publicité dommageable lui étant faite [3], le voyagiste décida de saisir le juge des référés du tribunal de grande instance de Paris qui trancha le litige en faveur de la demanderess.

Dont la prescription ne saurait toutefois courir en cas de non respect des dispositions légales

L'affaire n'en resta pas à ce stade puisqu'elle fut portée à la connaissance de la Cour d'Appel de Paris par l'association contestant la conclusion rendue.

A son grand dam, cette dernière ne remit aucunement en cause la décision de la première juridiction, les magistrats estimant que le droit de réponse n’avait pu être respecté en dépit d’un dépassement du délai pour agir. Ce fut en effet le manquement aux informations légales sur le site, comme imposés par l’article 6-III-I de la LCEN, et le refus de donner suite aux courriers adressés, qui empêchèrent principalement la compagnie de procéder et de bénéficier efficacement tout droit de réponse. La Cour précisant que cette dernière a agi avec diligence, en se conformant au plus près des prescriptions de la loi, dans la situation qui lui était imposée a dit que le délai à compter duquel le refus d’insertion est acquis n’a pas couru : cette phrase introduit le fait que faute du respect des obligations légales, le délai de prescription ne saurait courir en matière de droit de réponse. Et faisant échec à toute tentative d’obtenir la prescription par obstruction passive.

En somme, si le droit de réponse est encadré très strictement pour ne pas faire croûler les publications, y compris en ligne, sous des monceaux de réclamations et de modifications, il est du devoir des responsables de sites de respecter ce droit dès lors que son bénéficiaire observe la procédure habituelle. Encore faut-il que l’espace numérique incriminé, à défaut d’une interface permettant de répondre en ligne (type blogues, wikis, forums ou journaux participatifs), bénéficie d’indications de contact clairement indiquées à peine de ne pas bénéficier du délai de prescription.

[1] Article 13 de la loi du 29 juillet 1881 : L'action en insertion forcée se prescrira après trois mois révolus, à compter du jour où la publication aura eu lieu.
[2]Avec une précision d'importance en son article premier : La procédure prévue par le présent décret ne peut être engagée lorsque les utilisateurs sont en mesure, du fait de la nature du service de communication au public en ligne, de formuler directement les observations qu'appelle de leur part un message qui les met en cause.
[3] La société de voyages termina à la dernière place du classement, et fut stigmatisée pour la hausse de ses prestations sans préavis.

jeudi 19 novembre 2009

7ème salon juridique de l'Internet et du numérique


Même si hélas je ne pourrais y participer, je tiens cependant à vous communiquer l'information. Petite indication explicative d'une abréviation peu compréhensible pour les néophytes : TLD est l'acronyme de top level domain ou domaine de premier niveau comme les .com ou les .net. 

Legiteam et le village de la justice sont heureux de vous proposer pour la 7ème année consécutive, le Salon Juridique de l’Internet et du Numérique, événement incontournable du droit de la propriété intellectuelle et des nouvelles technologies, qui aura lieu le 25 novembre 2009 à Paris.

Comme chaque année, tous les sujets brûlants d’actualités, feront l’objet de conférences animées par les plus éminents spécialistes du domaine. Des problématiques engendrées par les réseaux sociaux, les atteintes à la marque et l’image de marque, la création des nouveaux TLD, l’ouverture du marché des jeux en ligne aux thèmes portant sur l’e-commerce, la responsabilité des acteurs de l’internet, ce salon pourra sans nul doute vous apporter toutes les informations nécessaires à l’exercice de votre activité.


Le site officiel

Point sur le cyber-activisme


Chers visiteurs, 

Je me permets de relayer ici un article d'Agoravox que j'ai trouvé particulièrement synthétique sur la façon dont Internet bouleverse les moyens d'influence de l'opinion. L'auteur, sous le pseudonyme de Keider, énonce avec justesse certaines observations qu'il est utile de reprendre ici sous forme d'extraits concernant le cyber-activisme. On reste un peu sur sa faim il est vrai au sortir de l'article, cependant l'on ne peut éluder son principal mérite, à savoir d'avoir une vision plus claire quant au sujet.

Mais depuis une décennie environ, un nouveau média s’est répandu dans les foyers des nord-américains et à travers le monde : l’internet. Cette nouvelle invention, plus interactive que tous les moyens de communication précédents, allait vite être assaillie par une nouvelle race de personnes impliquées socialement et politiquement : les cyber-citoyens...

En effet, les chaînes de courriels, les sites web et les différents blogs et forums de discussion sont des moyens peu coûteux pour se faire connaître, nous ou notre cause, à travers le monde. Les cyber-citoyens les plus convaincus peuvent donc faire avancer leur cause à peu de frais sur toute la planète...

En effet, les extrémistes religieux, les férus de politique et autres qui ont de bonnes bases en programmation web ont déjà à maintes reprises utilisé leurs compétences à des fins purement politiques : c’est ce qu’on appelle du hacktivisme (portemanteau de « Hack » et activisme). Heureusement, tous ne vont pas jusqu’à ces extrémités et certains se limitent aux bombardements google comme façon de protester. Cette technique, qui utilise un des défauts de l’algorithme de google qui classe les pages lors d’une recherche, a permis à de nombreux groupes de bloggeurs de faire ressortir des pages personnalisées pour certains mots clé...

mardi 17 novembre 2009

La photobscurité expliquée

Chers visiteurs,

Un OVNI dans mes articles Agoravoxiens qu'est celui que je vous délivre ce jour sur mon blog. Non pas tant sur le fond, la découverte d'une artiste photographe Strasbourgeoise d'origine Polonaise, que sur la forme, à savoir le choix d'un entretien. Exercice délicat qui fut fort heureusement facilité par la coopération bienveillante de ladite personne.

Du reste, il aurait été particulièrement dommageable de ne pas propager une lumière plus vive sur les oeuvres de cette jeune photographe (en dépit de sa propension à les obscurcir, qui est sa "patte" personnalisée comme elle l'exprime au sein de l'entretien) recueillant sur le net et au delà une audience croissante et c'est tout à son honneur au vu de son talent.

Laissez vous envelopper par la photobscurité, au minimum le temps d'une visite que vous ne sauriez regretter...


Article paru sur Agoravox le 29 décembre 2008

Après avoir traité au sein de nombreux articles de l’immensément grand, survolant des continents et faisant même une incursion dans l’exosphère, ainsi qu’avoir tenté de percer les mystères juridico-technologiques qui eux nous surplombent, cette fin d’année me donne envie d’opérer un focus sur un de ces êtres qui embellissent le quotidien par leur créativité rafraîchissante. Je ne cache aucunement que l’article procède d’un coup de cœur pour une personne arrivant souvent à magnifier ce qu’elle aperçoit en nous présentant la réalité sous un autre angle ainsi que certaines illustrations que ne renieraient pas Tim Burton lui même. Je lui devais bien un hommage en braquant les projecteurs du journalisme citoyen pour en faire profiter le plus grand nombre et non me contenter d’une admiration égoïste, le tout en tentant de percer une maigre partie des arcanes du monde photographique largement terra incognita pour ma part.

Gosia, comment pourrais-tu te présenter ?

Je suis une grande passionnée par le monde, une amoureuse des formes et couleurs créées par la nature.

Comment en es-tu venue à la photographie ?

On ne peut pas véritablement parler de date précise, c’est plutôt le fruit d’un cheminement. Toutefois si l’on désire tout de même avoir une idée approximative, je dirais que dès l’enfance j’ai eu un intérêt prononcé par l’art photographique. Cependant j’étais limitée par l’absence de matériel adéquat, ce qui a dressé de suite un obstacle majeur pour m’y épanouir dès ma jeunesse.

A cela s’ajoute l’absence de soutien familial. Issue d’un milieu professoral, l’art, et a fortiori la photographie, ne rentrait pas chez mes parents dans les critères d’une réussite professionnelle. Cependant ça ne m’a pas empêché pour autant de développer un intérêt prononcé pour appréhender l’esthétique de la nature environnante.

Mes sens ont aussi été aiguisés par le monde de la publicité. Moins pour le message délivré que pour toute la mise en scène, les coulisses qui donnent à la production un résultat léché. J’ai très tôt été fasciné par l’ambiance qui se dégageait des montages des créatifs, particulièrement le jeu de lumières et je tentais toujours de décortiquer la correspondance entre les éléments et les modèles choisis puisque tout procédait d’une mise en scène préalable et que rien n’était le fruit du hasard. Cette attirance était telle que j’envisageai un temps de devenir moi-même créatrice publicitaire, mais c’était plutôt dans la sphère des rêves…

Sinon, il faut aussi envisager l’aspect matériel parallèlement à l’aspect intellectuel. Le vrai déclic si je puis me permettre ce jeu de mot est provenu avec l’achat de mon premier appareil numérique, type compact. A partir de ce moment là, j’ai véritablement pris conscience que je pouvais enfin donner libre cours à mes envies en ouvrant la porte d’un nouveau monde merveilleux de l’image qui m’enchantait à fond !

Très vite j’ai commencé à mettre en ligne mes photos, créant un blog que j’ai appelé PHOTOBSCURE et qui est devenu le témoin de toute mon évolution dans le domaine de la photographie.

Pourquoi le titre Photobscure ?

Elle provient d’une tendance à obscurcir l’image. Tout part dans l’idée de raffermir l’ambiance et l’atmosphère émotionnelle. Je précise cependant que ce n’est pas une constante non plus dans toutes mes galeries mais j’y reste tout de même attachée.

Comment s’est déroulée ta formation ?

Elle est d’essence purement autodidacte, puisant à la fois dans mes expérimentations comme de créations diverses, avec en appoint des conseils de photographes rencontrés sur les forums.

Comment appréhendes-tu la création artistique ?

Par le sens. Ce terme est d’importance car il m’intéresse plus que la position esthétique en elle-même. Ce qui prime chez moi c’est l’idée, la symbolique, la sémantique. Pour moi la photographie doit avoir un sens et un titre sauf exception où ça la desservirait de vouloir en insérer un à tout prix.

D’après certaines écoles l’image doit se défendre elle-même, mais moi je ne suis pas une vraie représentante de cette théorie. Il y a certains types d’images qui restent nues si elles sont dépourvues de titre.

Je privilégie la création d’ambiance à partir d’images, la déréalisation de celles-ci. Je parle souvent de création métaphorique avec le monde des symboles et justement l’image est un très bon moyen pour présenter la métaphore. On en revient à mon cheminement à travers l’étude du monde publicitaire. L’on pourrait m’objecter qu’une photographie avec du texte, le titre spécifiquement, aurait pour conséquence de trop dénuder l’image toutefois j’aurais plutôt tendance à argumenter qu’il n’agit qu’en tant qu’invitation, il ouvre la porte sans en dévoiler l’intérieur : ainsi il n’y a pas de perte d’ambiance et les symboles gardent toutes leurs forces… et mystères. J’aime créer les images évocatrices qui font ressentir quelque chose, qui éveillent un sentiment / une émotion, qui suggèrent, qui font penser à….

Mon occupation préférée c’est la création d’ambiances justement.

La majorité des sujets que je touche sont de nature triste, terrifiante….obscure, ce qui s’explique facilement : la tristesse est plus créative ! Si on puise dans la littérature de toutes les siècles, on découvre l’omniprésence du « triste, malheureux et effrayant » ce qui dominait toujours dans l’art …

Quelle est la création dont tu te sens la plus fière ?

Deux pour répondre globalement à la question : la première concerne la présentation de la ville transfigurée dans une optique fantasmagorique. Bien que l’objet visé soit banal pour l’usager urbain lambda, je pense aux bâtiments, j’arrive à imposer ma vision du monde en usant de mes propres techniques. L’essentiel c’est de sublimer l’ordinaire. De ce point de vue, je suis une adepte de la fameuse théorie de Théophile Gautier à sa préface de Madame de Maupin de l’art pour l’art.

La seconde est relative à la macro « poétique », à la nature présentée de manière… spirituelle je dirais, parfois abstraite, parfois en tant que reflet de l’Univers. Ce qui est en Haut, on le trouve aussi en Bas, d’après la théorie des Correspondances, donc pourquoi ne pas appréhender la mousse en tant qu’un petit monde ayant aussi ses lois ?

Quelle place occupe l’outil informatique dans ton œuvre ?

J’utilise des logiciels de retouche photographique pour les cadres urbains, les espaces naturels étant eux le résultat de mises en scène me demandant encore plus d’efforts que pour la manipulation numérique. Ainsi les couleurs restent naturelles et je joue uniquement du point de vue de la présentation.

Une fois encore, j’en reviens à mon credo : sublimer l’ordinaire, et ce avec ou sans retouche numérique. 

Quels sont tes défis futurs ?

J’ai déjà œuvré sur de nombreux sujets : les paysages urbains comme naturels, les insectes, les fleurs mais les personnes demeurent pour moi l’inconnu. Je ne sais pas à l’heure actuelle comme m’y prendre pour faire ressortir le sujet dans une ambiance particulière.

A cela s’ajoute la question de l’investissement en matériel ainsi que les conditions nécessaires pour obtenir un effet probant.

Merci pour cet entretien et au plaisir d’admirer tes prochaines œuvres… avec ou sans portraits.

Merci beaucoup.

Son photoblog en ligne où sont disposées ses nombreuses galeries dont vous pourrez apprécier par vous même la maîtrise de son art.

dimanche 15 novembre 2009

Le marché de Noël de Strasbourg prend l'accent Russe


Dans le cadre de l'année croisée Franco-Russe prévue pour 2010, le célèbre marché de Noël de Strasbourg fera de la Russie son hôte d'honneur. Il sera à cet effet possible de déambuler au sein du village artisanal Russe situé sur la place Gutenberg pendant la période allant du 28 novembre au 24 décembre 2009.

Précisons en outre que des attractions spécifiques auront lieu centrés sur la culture de l'invité d'honneur, tel le dimanche 6 décembre à 16H place Kléber avec des chants traditionnels d'une chorale venant spécialement de Vologda.

Pour plus d'informations, veuillez vous rendre je vous prie sur le site officiel ICI.

mercredi 11 novembre 2009

La grandeur russe retrouvée en haute définition

Chers visiteurs,

L'article qui suit provient du site Alliance GéoStratégique pour lequel j'avais oeuvré dans le cadre du thème du mois qui était, on le devine a minima, la Russie. Comme l'on m'avait laissé entière liberté concernant le sujet à aborder, j'avais entrevu des questions technico-militaires ou économiques. Toutefois, cela ne me convint guère car j'avais déjà produit quelques notes sur le sujet, et je prenais le risque de souffrir de radotage avant l'âge.

Alors me vint l'idée d'aborder le redressement Russe par le facteur culturel, perception qui sera plus tard corroborée par l'information transmise de Daniel Besson (taulier du fort bien fourni blog Ice Station Zebra) sur la nouvelle doctrine en matière de sécurité nationale. Je profite de cette réédition sur mon propre blog afin de remercier Marina Slutskaya d'avoir complété aussi efficacement mes connaissances dans le domaine par ses conseils avisés, offrant de longues et passionnantes heures de visionnage.


Si le cinéma s’est très rapidement imposé comme un art à part entière, référencé le plus souvent en tant que septième depuis le plaidoyer de Ricciotto Canudo, et s’il est parfois un des piliers de la théorie artistique «de l’art pour l’art » chère à Théophile Gautier, il n’en demeure pas moins qu’il est pour l’observateur attentif une vitrine et/ou un miroir de la société dans laquelle l’œuvre cinématographique prend forme. La Russie bénéficiant du riche patrimoine soviétique en la matière se prête fort à propos quant à une étude de la perception du pays par rapport à lui-même et aux autres via le prisme de sa filière cinématographique.Comme pour de nombreuses activités subventionnées et bénéficiant de larges facilités par le pouvoir central, la production cinématographique subit une décrue très importante durant les années Eltsine. Si quelques titres d’importance surnagèrent, ils le durent principalement à l’apport de fonds et matériel étrangers, pouvant aspirer en contrepartie de cette assistance et par voie de conséquence à une (relative) exposition internationale. C’est ainsi que Soleil Trompeur / Утомлённые солнцем (1993) offrira à Nikita Mikhalkov une réputation mondiale. De même que d’autres réalisateurs dans ce contexte difficile effectueront leur première passe d’armeavant d’accéder à la notoriété la décennie suivante : Aleksei Balabanov, Timur Bekmambetov ou encore Serguei Bodrov.Sans trop de surprise en un tel contexte, les métrages furent empreints de gravité et eurent souvent pour toile de fond la crise sociale avec un focus récurrent sur la tragédie de guerres récentes mal cicatrisées que ce soit l’Afghanistan avec Une valse à Peshawar / Пешаварский вальс ou la Tchétchénie avec Le prisonnier du Caucase / Кавказский пленник qui demeureront des films emblématiques de cette période.Dans le même temps certaines productions mirent rétrospectivement l’accent sur l’envers du décor de la société soviétique, les cinéastes désirant donner une peinture réaliste comme sordide d’un monde parfois vécu avec nostalgie par une partie de la population: ainsi Le voleur / Вор et Des anges au paradis / Ангелы в раю sont d’une dureté sociale implacable envers le régime désenchanté.

Paradoxalement, l’un des films les plus distribués à l’étranger sera Le Barbier de Sibérie / Сибирский цирюльник (1998) alors que le pays faisait face au même moment à une crise financière et monétaire gravissime plongeant une grande partie de la population dans les limbes de la paupérisation. Ce film est symbolique à plus d’un titre: tout d’abord, et sans se prononcer sur la qualité intrinsèque de l’œuvre, il amorce une volonté assumée de briller à l’international (ce que bien des Russes lui reprocheront en estimant avoir plus affaire à une carte postale animée pour touristes qu’à un véritable métrage original); ensuite les fonds mis à disposition sont pour l’époque colossaux avec un budget estimé à 35 millions de dollarspermettant la notoire participation de célébrités étrangères comme Julia Ormond ou encore Richard Harris !

Une décennie cinématographique placée le signe du muscle

Avec le retrait anticipé de Boris Eltsine des affaires de la Fédération et l’avènement d’un jeune officier de l’ex-KGB, Vladimir Poutine, le cinéma russe va être stigmatisé à partir de cette période par une transformation assez spectaculaire concomitante du redressement russe dans les affaires internationales. 

Dès l’an 2000, c’est la suite d’un film à grand succès, Frère 2 / Брат 2 qui va donner l’occasion au héros du premier opus, un ancien de la première guerre de Tchétchénie, de se rendre aux Etats-Unis. Le film, outre des scènes d’action assez viriles, est aussi l’opportunité pour le réalisateur de vouloir faire déciller ses contemporains quant à la vision d’un Occident terre idéale, ne manquant pas à escient de monter en exergue les travers de celui-ci lors de passages emblématiques. Après la «gueule de bois» des années folles sous Eltsine qui aura vu des fortunes prodigieuses s’élever tandis qu’une majorité de la population touchait le fond, l’heure est à de profondes réflexions sur le chemin à prendre pour la Russie.
Car en Russie, commencent à se développer parmi les cercles du pouvoir les concepts de monde multipolaire comme d’eurasisme, doctrines s’opposant notamment aux principes des élites libérales ayant longtemps gravité autour du pouvoir sous Eltsine. Il est possible de qualifier cette lutte comme la réactivation, un temps gelé par le communisme, du vieux et véhément débat entre slavophiles et occidentalistes au XIXème siècle. La figure tutélaire d’Alexandre Soljénitsyne ou celle plus juvénile d’Alexandre Douguine étant les porte-étendards de ce mouvement qui continue d’avancer inexorablement dans les esprits.

Et comme tout art, le cinéma est particulièrement perméable aux soubresauts politiques, que ces derniers soient de nature nationale comme internationale. L’une des démonstrations les plus probantes étant la résurgence de grandes figures et moments historiques de la Russie par ce médium. Certes, la production soviétique n’était pas avare de réalisations grandiloquentes et parfois particulièrement efficaces, en la matière: le célèbre Sergueï Eisenstein avec son Alexandre Nevsky / Александр Невский et surtout Le cuirassé Potemkine / Броненосец Потёмкин, mais aussi La jeunesse de Pierre le Grand / Юность Петра, Lénine à Paris / Ленин в Париже, Boris Godounov / Борис Годунов ou encore La bataille de Moscou / Битва за Москву pour en citer de plus récents.

Cependant, à l’aube du XXIème siècle, plusieurs œuvres apparaissent sur les écrans des principales villes du pays, magnifiant à nouveau pleinement l’histoire russe avec des budgets exponentiels à chaque nouveau projet annoncé. Le contraste avec les années 90 est saisissant en ce sens que le fatalisme et le tragique font désormais de plus en plus place à des personnalités porteuses d’espérance et à des faits gonflant l’orgueil national.
Des films très bien accueillis par le public ou par la critique tels que L’étoile / Звезда, La neuvième compagnie / 9 Рота, Pétersbourg Петербург, Les nôtres / Свои, Le Prince Vladimir / Князь Владимир (film d’animation) ou Serko / Серко ont pour souci premier d’offrir un spectacle ayant une prégnance plus ou moins guerrière selon le thème mais toujours en plaçant l’amour et le devoir envers la patrie au centre de l’œuvre.

Ajoutons encore les aventures d’Erast Fandorine, espion russe traquant les ennemis de la couronne Impériale où qu’ils se trouvent dans le monde. Que ce soit l’adaptation au grand écran pour Le gambit Turc / Турецкий гамбит ou Le conseiller d’Etat / Статский советник, le succès dans les salles est toujours au rendez-vous pour ce preux défenseur de la grandeur et des valeurs du pays, signe d’une offre rencontrant son public ou d’une demande du public satisfaite par l’offre. Sur le plan intérieur, la reprise en main de l’administration d’Etat par les siloviki, les hommes des forces de l’ordre, en lieu et place des oligarques donna lieu à une représentation flagrante en l’existence du film de Pavel Lounguine, Un nouveau Russe (traduction mal appropriée puisque le véritable titre devrait être Oligarque) / Олигарх. Véritable fresque rétrospective de la Russie d’Eltsine, le spectateur suit l’ascension puis la déchéance de Platon Makovski, un rusé jeune diplômé d’État qui comprit très rapidement que la perestroïka sous Gorbatchev ouvrait des perspectives d’enrichissement rapide en rachetant des pans entiers d’un système à bout de souffle. Tout aussi rapide que son succès sera sa mise à l’écart par l’oppressante machinerie d’État visant à le neutraliser par cercles concentriques. Le film est disponible en langue Française et demeure un témoignage historique de premier plan pour qui désire mieux comprendre la transition entre les années Eltsine et Poutine, loin d’être sans analogie aucune avec le sort d’anciens oligarques dorénavant en exil ou incarcérés.

Citons aussi La chute de l’Empire / Гибель империи, une impressionnante série télévisée en dix épisodes relatant avec le concours de nombreux et réputés acteurs la vie puis la chute de l’Empire Tsariste à travers les missions d’agents besognant pour l’Okhrana, la police politique du monarque.Curiosité : la présence sur la chaîne TVC d’une série de cinq cents épisodes sur l’histoire russe faisant la part belle aux batailles et faits militaires d’importance allant de l’établissement de la dynastie des Riourikides à la fin de règne de Catherine II : История государства Российского. Sa particularité principale étant de proposer des dioramas en images de synthèse servies par des animations fort réalistes. Les évènements relatés se fondant sur les travaux de Nicolaï Karamzine (1766 – 1826), le plus célèbres des historiens russes.

Le match Russie c/ Occident

En droite ligne de cette tendance de la production nationale, se dégage depuis quelques années une impression de dissonance entre le monde russe et l’Occident. À ce titre, deux films très récents sont emblématiques de ce constat.

Sorti en 2007, 1612 relate le temps des troubles consécutifs à la mort du dernier Tsar, Boris Godounov (1551 - 1605). Les ennemis sont ici les Polono-Lituaniens se dirigeant vers Moscou avec dans leur sillage une langue, une religion ainsi qu’un imposteur au titre de souverain ayant vocation à être imposés par les armes. Devant les fléaux nés de ces troubles, l’exaltation du patriotisme aidée par un clergé orthodoxe prenant fait et cause pour la révolte conduira à l’unité puis la victoire finale du peuple russe sur les envahisseurs avec à leur tête un nouveau Tsar (le premier de la lignée des Romanov).

Nonobstant quelques écarts avec la réalité historique et la présence d’une licorne donnant au métrage un petit côté fantasy, le tableau dépeint ne manque pas d’inciter le spectateur à établir un parallèle troublant avec la Russie du temps d’Eltsine. Dépecée territorialement, plongée en léthargie économique et sous la coupe de conseillers étrangers (anglo-saxons pour une bonne part), la Russie des années 90 est parfois considérée comme une nouvelle période de troubles.

Taras Boulba / Тарас Бульба sorti en 2009 sur la base du roman de Nicolaï Gogol évoque la résistance de cosaques zaporogues face à l’invasion polonaise (une fois encore) au nom de la foi orthodoxe et de l’amour de la terre russe. Toutefois, la défection de l’un des fils du meneur de la révolte, le fameux Taras Boulba, amène à la défaite des forces cosaques. Le vieux chef ne manquera pas toutefois jusqu’au bûcher de rappeler son attachement aux valeurs qu’il défendit jusqu’à la mort.

Le film fit l’objet de controverses à l’étranger, notamment par les quelques libertés prises vis-à-vis de l’oeuvre de Gogol, et surtout quant à l’assimilation de l’Ukraine à un territoire d’obédience russe (un sujet extrêmement délicat à l’heure actuelle de par la situation géopolitique). Si le spectacle est efficace de par les moyens déployés (25 millions de dollars dépensés à cet effet) et l’intensité soutenue, il n’en demeure pas moins que le sujet a le mérite d’être relativement clair du fait de dialogues et séquences prêtant peu à interprétation : la Russie est chez elle en Ukraine et n’entend pas renoncer à une parcelle de son territoire à tout envahisseur, l’Occident étant représenté par les forces polonaises en l’état.

Bien entendu, il convient de ne pas réduire la richesse cinématographique russe à cette seule perspective, ce serait faire fi d’excellentes productions comme 12, Mongol / Монгол , L’île / Остров ou Pouchkine, le dernier duel / Пушкин, Последняя дуэль. Cependant, il faut considérer l’air du temps par différents facteurs. Et l’univers du septième art peut y contribuer dans la mesure où il est destiné à la masse et capable à ce titre de délivrer des messages de manière distincte ou diffuse, comme il peut aussi être qualifié de réceptacle des attentes et opinions du peuple. Après un sérieux passage à vide, la Russie aura retrouvé un cinéma de bon aloi, cette vitalité permettant à l’observateur avisé de mieux percevoir les sujets contemporains y compris dans le registre géopolitique.

mardi 10 novembre 2009

La Sublime Porte et la nouvelle Byzance

Chers visiteurs,

Retour sur cette évolution récente, et corroborée par le récent réchauffement des liens turco-arméniens (accords de Zürich du 10 octobre 2009 devant être cependant ratifiés par leurs parlements respectifs), des relations entre la République Turque et la Fédération de Russie.

Evolution on ne peut plus d'importance tant les enjeux sont loin d'être anodins en premier lieu pour les concernés comme pour l'Union Européenne. Cette dernière ne semblant guère s'alarmer qu'une telle entente si elle devait se consolider ne lui laisserait que fort peu de latitude pour son approvisionnement futur en combustible fossile. Turquie et Russie, malgré des dissensions géopolitiques passées, ayant énormément à gagner d'un renforcement de la coopération sur des sujets brûlants tels que la stabilité sur le pourtour de la Mer Noire comme de l'acheminement des ressources premières.

S'il est préférable de laisser le temps opérer pour avoir une réelle confirmation de cette nouvelle donne, le fait est qu'elle augure un bouleversement régional qui pourrait à terme modifier singulièrement les équilibres en place dans la périphérie proche.


Article paru sur Agoravox le 15 décembre 2008

En pleine crise financière, il est des oscillations géopolitiques passant inaperçues alors qu’elles pourraient être d’importance pour le futur à moyen terme à un niveau régional comme international. Tel est le cas du rapprochement entre Ankara et Moscou.

L’éternelle candidate Européenne

La Turquie est en effet une très ancienne connaissance des chancelleries Européennes. Depuis 1959 pour être exact lorsque les autorités Turques posèrent officiellement le dossier de candidature de membre associé sur le bureau de la CEE (Communauté Economique Européenne) de l’époque. Il lui fallut cependant attendre octobre 2005 pour que débutent les négociations d’adhésion en tant que membre à part entière par la Commission Européenne.
Les tergiversations diplomatiques qui avaient autrefois retardé l’éventualité d’étudier le dossier Turc ne cessèrent pas pour autant après cette date clef puisque certains hommes politiques nationaux de premier plan exposèrent leur réticence à voir la Turquie rentrer dans les instances Européennes.
 
Les raisons de ces atermoiements nécessiteraient une longue étude qui n’est pas le propos de cet article, sans omettre qu’ils ne sont pas tous clairement énoncés. Il faut surtout retenir que la patience des responsables Turcs a été repoussée très loin bien que ces derniers aient effectué de louables efforts en vue d’un rapprochement avec l’Europe, insufflant dans leur droit national de nombreuses références communautaires (ce que l’on nomme juridiquement l’acquis communautaire) afin de se rapprocher le plus possible des exigences en la matière.
 
Or, malgré ses hésitations l’Europe se doit pourtant de prendre en grande considération un facteur de prime importance… l’approvisionnement énergétique !
 
La Turquie partenaire énergétique incontournable
 
Dans le jeu géoéconomique du maillage des réseaux de distribution d’énergie, la Turquie se place assurément en première ligne. Le projet Nabucco, déjà évoqué au sein d’un autre article, est une pièce maîtresse de la volonté d’indépendance en matière d’approvisionnement de gaz.

Signalons justement au passage que la Turquie dispose d’une voix prépondérante quant aux décisions stratégiques y étant liées et qu’elle n’a pas manqué de s’en servir à l’encontre de Gaz de France en début d’année officiellement en réponse au vote des parlementaires hexagonaux en faveur de la reconnaissance du génocide Arménien [1].

Décision d’importance car Nabucco est LE projet d’avenir supporté à bout de bras par plusieurs pays Européens, et en sous-main par les instances Bruxelloises, afin de contourner la mainmise Russe sur l’acheminement énergétique à destination de l’Europe.
 
En terme de richesse pétrolifère, difficile aussi de passer sous silence le fameux tracé Bakou-Tbilissi-Ceyhan (BTC) qui défraya grandement la chronique il y a quelques mois lors du conflit Géorgeo-Russe. La peur d’une perte d’approvisionnement via cet oléoduc rendit les occidentaux particulièrement nerveux pendant et après la guerre [2]. La Turquie, outre son investissement financier, sait pertinemment que le long transit (1 076 kilomètres) sur son territoire ainsi que le terminal portuaire de Ceyhan lui confère un poids déterminant vis-à-vis de l’Europe et des Etats-Unis.
 
On imagine dès lors sans peine ce qu’il pourrait advenir si la Turquie devait ébaucher un rapprochement avec la Russie à plus ou moins brève échéance.
 
Géopolitique fiction ? Pas si sûr…
 
Entre désappointement et nouvelle donne géopolitique
 
Des cartes ont en effet été abattues ces derniers mois, et elles n’ont guère été favorables aux alliés occidentaux de la Turquie.
 
Tout d’abord il faut souligner que sitôt l’effondrement de l’URSS, la Turquie s’est avisée de prendre rapidement contact avec d’anciens pays de l’ex-Union Soviétique, à commencer par les républiques turcophones dont les liens culturels apparaissent patents. Ainsi l’Azerbaïdjan, le Kazakhstan, le Kirghizistan, le Kazakhstan, l’Ouzbékistan et le Turkménistan (et un peu plus loin à l’est, les Ouïgours du Xinjiang en territoire Chinois) bénéficièrent d’un intérêt marqué par les autorités d’Ankara. Ce panturquisme fut une forme de soft power de la part des héritiers de Mustafa Kemal et eut des résultats mitigés puisque Moscou, un temps affaiblie, amorça un contrôle plus renforcé de son proche étranger. Ce qui n’empêcha pas pour autant Recep Tayyip Erdogan, Premier Ministre Turc, d’énoncer pendant le Congrès de Bakou de 2007 la création d’un secrétariat général permanent des chefs d’Etats turcophones [3].

Cependant, le retour en force de la Russie sur la scène internationale soit par ses coups financiers (introduction au sein du capital d’EADS), industriels (lancement d’un nouveau jet d’affaires moderne), militaires (réponse à l’agression Géorgienne en Alanie du sud) ou diplomatiques (l’Union Européenne revenant sur sa décision de geler toute négociation avec la Russie) donna à la Turquie à réfléchir tout en l’incitant à réorienter ses priorités. Avec d’autant moins de remords que la porte de l’Europe ne s’était pas plus entrebaillée qu’auparavant et qu’elle pouvait se permettre de lorgner vers d’autres horizons. Ajoutons en outre que la Russie était devenue au fil du temps un partenaire commercial de premier plan pour le pays [4], ce qui était et reste une donnée à prendre conséquemment en compte en matière diplomatique.
 
Ainsi dès le 8 septembre de cette année, Russes et Turcs se sont entendus pour envisager une plateforme de sécurité et de stabilité dans le Caucase. L’initiative avait déjà été évoquée quelques semaines auparavant à Moscou en liaison avec Ankara, prouvant par là l’intérêt réel qu’elle suscite de part et d’autre de la Mer Noire. Le 18 novembre, le ministre de la défense Russe, Anatoli Serdioukov, n’a pas tari d’éloges sur les velléités de la Sublime Porte de s’immiscer dans le jeu caucasien à l’issue d’une rencontre avec son homologue Turc, le tout en confirmant avoir établi les bases contractuelles de cette coopération.
 
Plus prégnant encore, un haut responsable du parti au pouvoir, l’AKP, a très clairement et surtout publiquement déclaré vouloir la signature d’un nouveau Yalta en Europe. Les propos étaient sans trop de fard destinés à complaire au Kremlin. Et il put d’autant plus se le permettre que l’OTAN gela l’adhésion de la Géorgie et de l’Ukraine début décembre, proposant un statut iconoclaste (MAP pour Membership Action Plan) ayant surtout pour objectif de rasséréner Moscou et ne pas détériorer davantage les relations entre elle et l’organisation militaire.
 
De plus, la question du Haut-Karabagh implique pour la Turquie, alliée de l’Azerbaïdjan, et la Russie, alliée de l’Arménie à s’entendre de façon profitable afin de réchauffer les liens entre les différentes parties au conflit. A ce titre, l’Azerbaïdjan pointée du doigt par l’occident pour avoir fait avorter une tentative de révolution orange lors des élections de 2005, s’est rapprochée ostensiblement de l’orbite de Moscou ces dernières années. Les intérêts convergent comme on le découvre.
 
L’axe de la Mer Noire ?
 
L’Histoire a souvent été conflictuelle entre l’Empire Tsariste et l’Empire Ottoman, et froidement neutre tout au long de l’époque soviétique. Il est un peu surprenant par conséquence de constater un net réchauffement entre ces deux pays. Pourtant les signes donnés de part et d’autre des capitales laissent entendre qu’il existe désormais une réelle volonté de partenariat et de partage d’influence régional.
 
Si cet axe devait se formaliser à l’avenir, il aurait une grande probabilité de trouver son substrat dans la défiance à l’égard des occidentaux et rendrait caduques toutes les tentatives d’indépendance énergétique de ces derniers à l’égard de la Russie. Sans compter l’appel d’air que cela pourrait provoquer vis-à-vis des pays de l’Asie Centrale qui seraient bien plus rétifs à s’ouvrir (et ouvrir leurs robinets de matières premières) à l’Occident.

Sur ce plan, Moscou peut se vanter de reprendre tout doucement la main après sa mise à l’index estival. Son opportunisme mâtiné de réalisme pourrait se révéler autrement plus payant que les vociférations inconséquentes de certains chefs d’Etats Européens ces derniers mois. Dans le grand jeu géopolitique de l’après-crise, la Russie et la Turquie escomptent bien y faire entendre leur voix.

 

[1] Il n’est pas interdit que penser que d’autres raisons, économiques et/ou techniques, aient pu jouer en faveur de l’éviction de la candidature de Gaz de France. L’arrivée de l’Allemand RWE ayant été notoirement supportée par la Turquie depuis longue date. Reste toutefois à savoir si ce choix fut le plus judicieux du fait de l’abandon forcé d’ici deux ans par ce groupe de son réseau gazier.
[2] Et ce d’autant plus que les principaux groupes pétroliers occidentaux (BP, Total, Chevron, ENI/AGIP…) forment la majorité de l’actionnariat du consortium.
[3] M. Erdogan allant encore plus loin en énonçant sa volonté de promouvoir une nouvelle langue turque commune.
[4] La Russie étant devenue le 1er fournisseur de la Turquie au détriment de l’Allemagne en 2006.

samedi 7 novembre 2009

Wizzgo privé de télé

Chers visiteurs,

Le présent article fut élaboré à la suite d'une décision de justice concernant Wizzgo, une société appartenant au passé (le blog lui même n'est plus mis à jour depuis avril 2009) où l'enjeu était la reconnaissance ou non de l'exception pour copie privée concernant des programmes en ligne.

Ladite société tenta de promouvoir la numériscopie, dont je fournis la définition au sein de l'article, en France et partant de là la possibilité de toute copie privée en ligne.
Peine perdue, en plein débat sur la loi Création et Internet il y avait peu de chance pour que l'on soit d'une quelconque indulgence à cet égard. Ce concept innovant n'est pas pour autant abandonné et refera surface... ailleurs.

Précision complémentaire à cet article : suite à cette ordonnance, le jugement du Tribunal de Grande Instance de Paris du 25 novembre 2008 trancha le litige en faveur des sociétés défenderesses avec de très lourdes sanctions financières à la clef. Décision ayant définitivement mis fin à l'existence de la jeune société.



Article paru sur Agoravox le 18 novembre 2008

Par une ordonnance de référé en provenance du tribunal de grande instance de Paris, le juge des référés a porté le 6 novembre dernier un coup létal au concept qui fit l’heure de gloire de la société Wizzgo.

Sur la vague des offres numériscopiques 

Il faut en effet comprendre quel est le principe de Wizzgo pour mieux appréhender toute la substance de cette décision de justice.

Le site de la société visée propose un service de capture numérique, appelé aussi numériscope, de différentes chaînes de la TNT, moyennant l’installation d’un programme pesant un peu plus de 10 mégas en téléchargement libre. Une fois celui-ci correctement mis en place sur votre disque dur, vous pouvez opérer un choix de programmes et en effectuer le ou les enregistrements souhaités comme bon vous semble : l’opération s’effectuant toutefois en décalé une fois l’émission arrivée à son terme. En outre est proposé un système de synchronisation avec des appareils mobiles tels que l’iPod ou l’iPhone pour visionner les contenus sélectionnés de manière nomade.

Le gros avantage du service proposé est qu’il ne nécessite pas de carte télé pour l’acquisition des chaînes, ce qui en plus de sa praticité le rend très accessible. Seule limite : un crédit de 15 heures d’enregistrement sur une durée de 30 jours par compte.

Quid de la légalité de cette offre ?
 
Wizzgo s’était déjà fait taper sur les doigts il y a quelques mois, le 6 août 2008 pour être totalement exact, après avoir suscité l’ire de M6 ainsi que de W9 (filiale de M6), donnant lieu à une condamnation par le juge des référés dans un exposé cinglant : il est interdit de créer et s’approprier une richesse économique à partir d’un service de copie d’oeuvres ou de programmes audiovisuels qui se soustrait à la rémunération des titulaires des droits de propriété intellectuelle ; que le service offert par la société Wizzgo est manifestement illicite.

Wizzgo avait en effet tenté de se soustraire à tout risque d’interdiction en se retranchant derrière l’exception pour copie privée. Or cette dernière avait déjà subi un sérieux coup d’arrêt avec la décision de la plus haute juridiction judiciaire, le 28 février 2006 [1]. S’adosser à ce principe était déjà périlleux, mais dans sa dernière ordonnance en référé en date du 6 novembre, le juge des référés enfonça le clou encore plus profondément. Ainsi d’une part il énonce que contrairement à ce qu’elle prétend, la copie générée par Wizzgo n’est pas transitoire puisqu’elle est téléchargée et conservée par l’utilisateur, qu’il importe peu à ce sujet que cette copie soit cryptée puisqu’elle est décryptable par l’utilisateur et que la copie dans sa version cryptée et décryptée forme un tout. Un élément de défense majeur qui tombe à l’eau, et le magistrat de poursuivre : en outre, la reproduction réalisée a "une valeur économique propre" puisque sa réalisation et sa mise à disposition constitue l’objet même du service de Wizzgo, service qui se présente comme gratuit mais est en fait rémunéré par la publicité. Dès lors, les services proposés par la société Wizzgo sont illicites et constituent des contrefaçons des droits d’auteur et des droits voisins des demanderesses. En somme, Wizzgo est accusé de délit de contrefaçon. Et pour achever la société, il est précisé peu après que la société Wizzgo qui reproduit les marques sous forme incrustées dans les programmes copiées ne justifie pas avoir une autorisation des titulaires de marque pour ce faire…Dès lors, elle commet ainsi des actes de contrefaçon de marques suivantes…
 
C’est un coup très dur pour Wizzgo qui est débouté non seulement de sa défense fondée sur l’exception de copie privée mais est accusée frontalement de contrefaçon d’œuvres protégées par les droits d’auteur, et non seulement vis à vis des émissions enregistrées (bien que cryptées) mais aussi vis à vis des marques des chaînes reproduites sur les fichiers numériques. On pourrait croire que le calvaire soit terminé pour Wizzgo, mais il n’en est rien puisque le juge des référés tient à parachever la sentence en invoquant le délit de concurrence déloyale puisqu’il met en exergue que les sociétés demanderesses exploitent également des services concurrents de “télévision à la demande” (catch-up TV) et plusieurs plateformes (orange 24/24 TV et France TVVOD.FR) et que le service proposé par la société Wizzgo est susceptible de détourner les téléspectateurs de regarder la télévision, d’affecter l’évaluation de leur nombre et donc les recettes publicitaires qui s’en déduisent. Fermez le ban !
 
Quel avenir pour la numériscopie ?

A travers Wizzgo, ce sont tous les autres services de numériscopie non formellement accrédités qui dépendent de cette décision et qui devront très rapidement, à peine de sanctions pouvant être très lourdes, revoir leur principe de fonctionnement ou nouer des partenariats avec les différentes sociétés de l’audiovisuel. Sachant que cette dernière possibilité est de moins en moins probable puisque justement les chaînes tiennent à maîtriser la mise à disposition de leurs émissions dans les tuyaux numériques : un trésor jalousement gardé comme Wizzgo vient de l’apprendre à ses dépens.
 

[1] La Cour de Cassation trancha au sujet de l’exception de la copie privée en rappelant que celui-ci n’était pas un droit mais bel et bien une exception et que les mesures techniques de protection insérées dans les DVD étaient justifiées, bien qu’elles empêchassent toute copie, en raison du préjudice économique qu’il résulterait de leur absence. Pour de plus amples informations sur le sujet, voir le billet de Jurizine.net sur ce problème de droit.

vendredi 6 novembre 2009

La Ligue Russe crève les moniteurs sur FIFA 2010



J'avais déjà traité du jeu vidéo comme vecteur culturel sans omettre son aspect économique d'importance dans le cadre d'un article sur Agoravox. Citons un chiffre d'affaires de 3,4 milliards d'euros pour 2008 uniquement en France avec même une insolente croissance à deux chiffres pour certaines sociétés du secteur (tel Gameloft, le spécialiste des jeux sur mobiles et iPhones, avec +20% entre les premiers semestres de 2008 et de 2009).

Le sport numéro un de la planète quant à lui eut aussi droit à un billet de ma main, focalisé sur l'émergence des clubs de l'Est en général et Russes en particulier. Analyse on ne peut plus confortée d'une part par la victoire du Zénit Saint-Pétersbourg en Coupe UEFA cette même année (Ligue Europa désormais) et d'autre part par les victoires retentissantes de clubs Roumains, Ukrainiens (dont le Shakhtior Donetsk, vainqueur de cette même compétition en 2009), Biélorusses comme Russes (pensons à l'incroyable victoire du Rubin Kazan à Barcelone, le tenant du titre en Ligue des Champions).

Au confluent de ces deux univers existe l'une des deux simulations les plus populaires sur les plate-formes de jeu vidéo, détentrice de la convoitée licence officielle de la fédération internationale de football :  FIFA du géant Américain Electronic Arts.
Pourtant malgré de nombreuses versions déjà distribuées depuis 1995 (la première à inclure des clubs), les équipes Russes ont toujours étrangement manqué à l'appel en dépit de réelles performances sur les terrains. Y compris lorsque le CSKA Moscou remporta un titre continental en 2005. Cette année est cependant celle où ces dernières entrent par la petite porte, apportant un vent de fraîcheur et internationalisant davantage le ludiciel dans sa couverture de ce sport. Espérons que ladite ligue ne fasse pas les frais de la crise la saison prochaine...