mardi 26 mai 2009

Facebook prend l'accent russe


Le nom de Digital Sky Technologies vous est-il connu? Mmmm... Semblerait-il que non. Et celui de Facebook? Ah oui apparemment c'est déjà plus populaire, tant il est vrai que ce site communautaire bénéficiant du label 2.0 disposerait d'un contingent de 200 millions d'utilisateurs actifs (chiffres fournis par la société elle-même, difficilement vérifiables de facto et qui plus est englobant potentiellement des utilisateurs à l'activité mono-annuelle). Il faudra désormais faire le lien entre les deux après l'annonce récente de l'investissement de poids du premier au sein du second.
Car 200 millions de dollars pour une entrée fracassante à hauteur de 1,96% du capital et notoirement en période de crise, c'est assez remarquable. Autre déclaration toute aussi tonitruante : le dévoilement d'un plan de 100 millions de dollars prévu cet été aux fins de racheter de nombreuses actions et d'asseoir encore davantage la présence de DST au sein de l'actionnariat.

Pour plus d'informations sur cette entité Russe, le site officiel devrait vous permettre de mieux appréhender ce nouveau venu.

Sachez tout de même que Facebook n'est pas le site communautaire Russe le plus populaire, lui dame en effet le pion ВКонтакте.ру / Vkontakte.ru. Service de mise en relation appartenant à... Digital Sky Technologies!

La source officielle sur le site de Facebook : ICI.
Facebook today announced that Digital Sky Technologies (DST), one of the leading internet investment groups globally with significant stakes in Eastern European and Russian internet businesses, has made a $200 million investment in Facebook in exchange for preferred stock, representing a 1.96 percent equity stake at a $10 billion valuation.

De toute cette agitation on peut en retenir plusieurs conjectures :
  • La Russie est active sur le front des NTIC et par l'un de ses poids lourds du secteur, vient de se permettre de prendre une part significative au sein d'une compagnie fortement valorisée (10 milliards de dollars).
  • DST met le doigt sur un outil agrégateur de données personnelles d'étendue mondiale et participera aux conseils d'administration de Facebook, autant dire que c'est là un coup d'éclat réussi de la part de cette société de droit Russe qui était pour l'heure restée très concentrée sur le marché domestique et de celui du proche étranger.

vendredi 22 mai 2009

La Baltique, terre de croisade

Chers visiteurs,

Dans la rubrique Histoire voici un article qui m'ayant occupé un très long moment en raison de sa gestation. Il faut admettre que la collecte des informations était d'autant plus conséquente que la période s'étalait sur 200 ans et qu'elle traitait de peuplades disparates. Heureusement pour ce faire, je pus disposer d'une littérature assez conséquente (anglophone principalement) dans le souci de réaliser un billet synthétique tout en restant suffisamment didactique sur le sujet.

Peu habitué à ce théatre d'action géopolitique, le public francophone devrait y trouver matière à intérêt par les terribles forces qui s'opposèrent sur les rives de la Baltique durant le Moyen-Âge et qui modelèrent postérieurement pendant plusieurs siècles les rapports de voisinage entre les pays riverains.


Article paru sur Agoravox le 26 août 2008

Habituellement, le terme de croisade est plutôt consubstantiel à des paysages arides balayés par les vents chauds du Moyen-Orient ainsi qu’à la lutte implacable contre l’infidèle musulman tant il est vrai que l’appel lancé par le pape Urbain II marqua l’histoire occidentale comme orientale. Néanmoins, la fureur des combats et l’ardeur évangélisatrice ne manquèrent aucunement en d’autres lieux que l’on aurait pu croire préservés de si féroces combats, tel le pourtour de la Baltique…
Les sombres forêts et piégeux marécages baltes, il est vrai, n’avaient rien de prédestinés à devenir une zone de lutte, mais il en advint ainsi par suite d’événements se déroulant à plus de deux mille kilomètres de là : en pleine terre sainte.

C’est en effet suite à l’échec retentissant de la croisade dite des pauvres [1], où plusieurs milliers de hères perdirent la vie à peine après avoir posé le pied sur le sol de l’Anatolie, qu’il fut décidé que seuls des guerriers pourraient mener une telle opération [2]. Là est la subtilité de l’entreprise qui conjugue libération des lieux saints et canalisation de la violence féodale. De cette évolution géopolitique, religieuse comme sociétale naîtront les fameux ordres militaires religieux dont il serait trop long à la fois d’en effectuer l’énumération comme de s’étendre sur leurs spécificités réciproques. Il est préférable en revanche de se focaliser sur celui qui deviendra le plus connu et redoutable des ordres en terre baltique : les teutoniques, ou plus exactement l’Ordre de la maison de sainte Marie des teutoniques.

Un ordre oriental puis septentrional

Les origines de l’ordre sont particulièrement difficiles à établir, notamment parce que le premier établissement accueillant des croisés d’origine germanique fut détruit lors de la conquête de Jérusalem par Saladin, le grand chef kurde ; il est néanmoins coutume généralement d’évoquer l’existence de l’hôpital des Allemands au premier quart du XIIe siècle. La « renaissance », si l’on peut l’appeler ainsi, de l’ordre est, elle, clairement notifiée en 1191 après la prise d’Âcre et le don de terres par le roi Guy de Lusignan puis la consécration par le pape Célestin III qui lui octroiera des prérogatives égales à celles des autres ordres religieux [3].

Ordre créé pour défendre la présence germanique dans les territoires latins du Moyen-Orient, il prospéra au point que ses biens en terre sainte devinrent minoritaires au sein de l’inventaire général. Cette richesse combinée à une diplomatie aussi active qu’efficace, permirent aux chevaliers et servants de l’ordre de se replier de Palestine une fois la dernière place forte croisée en possession des forces musulmanes, évitant un sort analogue à celui des Templiers et Hospitaliers [4].

Disposant de nombreux et prospères bailliages sur tout le pourtour méditerranéen, les teutoniques pourtant se dirigèrent vers les contrées rudes et ingrates du nord-est de l’Europe à l’instigation du grand maître Hermann von Salza. Ce dernier prenant acte de l’échec de sa tentative de territorialisation sur les terres hongroises, malgré une victoire sur les tribus coumanes [5], prépara au mieux l’implantation future de son ordre en se gardant de le faire cette fois dépendre d’un quelconque monarque comme ce fut le cas en Hongrie. Et l’occasion se présenta rapidement sous la forme d’une demande émanant du duc de Mazovie en 1225 pour le protéger des tribus païennes, en premier lieu des Prussiens (ou Borusses). Ce fut le début d’un établissement durable, avec la garantie de bénéficier de la part de l’empereur du Saint Empire romain germanique, Frédéric II, d’un statut de vassalité directe, assurance  envers toute éviction future comme en Hongrie, sauf par l’empereur lui-même : le grand maître venait de doter son ordre de toutes les garanties pour l’avenir. Ne restait plus qu’à convertir les païens de la région et s’approprier leurs terres par la même occasion.

Des païens tout aussi fiers que redoutables

Mais lesdits païens allaient se révéler de féroces combattants. Prussiens, Lituaniens, Estoniens et Samogites furent tout d’abord ébranlés par le choc et la discipline de fer des armées teutoniques. Mais passé le premier temps de la surprise et des défaites militaires contre des forces supérieures technologiquement et tactiquement, les peuples réfractaires à cette évangélisation par la pointe de l’épée optèrent pour une redoutable guérilla qui allait obliger les teutoniques à revoir leur manière d’occuper le terrain. S’adaptant, les conquérants allaient s’implanter par une politique d’érection de châteaux forts disposant dans leur proche périmètre de villages aptes à leur assurer une autonomie en vivres et fourrage le temps de rétablir des voies de communication bloquées par l’ennemi.

Les Prussiens bien que mis au pas assez rapidement par la soudaineté et la violence du choc initial de la conquête reprirent leurs esprits et menèrent une révolte causant plusieurs défaites à l’ordre teutonique, notamment en 1260. Et l’asphyxièrent à tel point qu’une demande d’aide formelle fut formulée, faisant affluer de toute l’Europe chrétienne des croisés répondant à l’appel du pape Urbain IV, soucieux de la mauvaise tournure des événements et de la résistance des païens. Les Prussiens durent capituler définitivement en 1283, ployant sous les coups des renforts et lésés par leur impossibilité de prendre d’assaut les fortifications teutoniques par manque de matériel de siège.

Mais cette résistance n’était qu’un avant-goût de ce que les autres peuples baltes allaient leur faire endurer. Certes la colonisation en provenance du Saint Empire romain germanique amenait de nouvelles forces et permettait la mise en culture de nombreuses terres agricoles, mais parallèlement les adversaires apprenaient des nouveaux occupants et s’adaptèrent à la menace. A ce jeu-là, les Lituaniens furent les plus efficaces opposants de l’avancée de l’ordre, et même l’une des principales raisons de son déclin militaire et économique.

Habiles cavaliers dès que l’environnement spatial leur permettait d’évoluer efficacement, adeptes de l’embuscade au sein de l’élément sylvestre, et surtout numériquement très supérieurs à l’envahisseur, les Lituaniens empêchèrent jusqu’au bout les Etats teutoniques de communiquer entre eux en les coupant en deux parties distinctes (Livonie et Prusse). La Samogitie devint de ce fait une région âprement disputée et qui en corollaire changea souvent de maître pendant deux siècles jusqu’au traité de Melno en 1422 où elle échut définitivement au Grand Duché de Lituanie.

Mindaugas, roi fraîchement baptisé de Lituanie, outre une administration efficiente de son royaume et de réelles qualités militaires, entreprit de tarir le flux de croisés venant prêter épisodiquement main forte aux teutoniques en se convertissant au catholicisme [6]. Si cette décision n’arrêta aucunement les opérations militaires de ses adversaires, elle retrancha énormément de légitimité à celles-ci puisqu’il ne s’agissait plus de convertir des païens, toute croisade étant dorénavant interdite à son égard. De plus, Mindaugas entreprit de céder quelques terres pour contenter temporairement les teutoniques afin de propager prospérité économique et paix en son propre royaume dans un dessein pourtant moins irénologique. Sa patience et sa perspicacité furent récompensées lorsqu’il soutint directement la grande et dernière révolte prussienne, lui permettant de récupérer de fait une part conséquente des territoires cédés. Ses successeurs, une fois les troubles civils calmés après sa disparition, entreprirent une politique de bonnes relations diplomatiques avec les ennemis de l’ordre, aboutissant à bloquer son expansion puis à le dépecer inexorablement. A ce titre, l’année 1386 marquera avec l’union personnelle du Royaume de Pologne et du Grand Duché de Lituanie l’avènement d’une force irrésistible face à laquelle l’ordre ne pouvait que se sentir de plus en plus menacé, et ce à juste titre.

La fureur viking au service de la croix

Aussi curieux que cela pourrait paraître de prime abord, les descendants des redoutés Vikings furent aussi acteurs des croisades baltes. Cet engouement trouve ses racines dans la conversion au christianisme d’Harald Ier du Danemark en 965.
Il n’est par conséquent pas si étonnant de relever dans les chroniques de l’époque qu’Erik Ier du Danemark fut la première tête couronnée à se rendre dans le Royaume de Jérusalem en 1103, y effectuant là un pèlerinage censé prouver sa piété. Signalons en outre que Sigurd Jorsalafar co-régnant de Suède (appelé aussi Sigurd Ier Magnusson) se rendit aussi en terre sainte en 1107, aidant même avec sa flotte les croisés à prendre des places côtières encore aux mains des mahométans. Le nom de Jorsalafar signifiant d’ailleurs en vieux nordique… le croisé !

Cette christianisation récente n’entrava en rien l’efficacité guerrière des souverains scandinaves flanqués de troupes acquises à leur cause et religion. D’autant que, comme énoncé précédemment, les monarques du Nord souhaitaient montrer au reste de l’Europe qu’ils appartenaient à la même famille que les souverains du Sud. Si les expéditions au Moyen-Orient étaient une entreprise longue, dangereuse et coûteuse, ils purent en revanche avec l’autorisation papale rapidement soumettre les régions alentours encore dévouées au paganisme. De plus, leur système de recrutement, le ledung [7], favorisait les attaques rapides et ciblées pour asseoir leur domination sur les côtes de la Baltique.

Il est établi par les historiens que les armées levées ne dépassèrent jamais 4 000 hommes, d’où la présence de fortifications censées conserver les territoires conquis sur les païens : la progression ne se fit que progressivement et par zones juxtaposées. Stratégie raisonnée qui n’empêcha pas par ailleurs certaines de ces places fortes d’être sérieusement menacées par les forces adverses, notamment en Livonie. Si la Suède parvint à réaliser une campagne victorieuse en Finlande, de 1240 à 1292, il en alla tout autrement pour ses frères Danois qui se heurtèrent à une éprouvante résistance estonienne qui ne prit temporairement fin qu’avec l’émergence du grand chef de guerre Valdemar II dit le victorieux [8]. Toute cette agitation cependant aboutit au réveil d’un géant jusqu’alors paisible avec ses voisins occidentaux.

Une République marchande prête à en découdre

L’un des aspects des croisades, qu’elles soient orientales ou septentrionales, fut qu’elles dévièrent de leur intention première pour s’en prendre à des peuples et Etats qui n’étaient rien concernés par cette velléité d’évangélisation. On se souvient bien sûr de la chute de Constantinople en 1204 par les croisés à la solde de la République de Venise, mais l’on pourrait aussi évoquer l’invasion des terres orthodoxes alors menacées au même moment par les hordes tataro-mongoles.

C’est la République de Novgorod, première cité russe fondée selon la légende par Rurik le varègue (ou viking dans la terminologie occidentale) qui fut obligée de faire face à la déferlante de croisés scandinaves, comme aux intentions clairement belliqueuses de l’ordre teutonique. Heureusement pour elle, cette riche principauté russe, affranchie depuis 1136 de la tutelle de Kiev, se découvrira en son sein un remarquable stratège qui allait mettre à profit la force armée nombreuse et entraînée à sa disposition : Alexandre Nevsky. Tout aussi marchande qu’elle fut, la riche cité de Novgorod pouvait compter sur des milices prêtes à défendre son territoire ainsi que sur une ferveur religieuse décuplée par les intentions des croisés. Dans le même temps les Suédois avançaient depuis la Finlande dont ils venaient d’en entreprendre la conquête et manifestèrent dès le début des projets sans ambiguïté aucune : envahir les riches terres novgorodiennes et prendre possession d’un axe de communication essentiel au Moyen Âge [9].

Ce fut lors de la bataille dite de la Neva (du nom du fleuve prenant sa source au lac Ladoga et se jetant dans la mer Baltique) qu’Alexandre Nevsky tira son nom qui restera dans l’Histoire. La victoire éclatante du prince de Novgorod ne fut cependant que la première manche d’une série de batailles qui allaient opposer durablement la République de Novgorod au Royaume de Suède, tout du moins jusqu’en 1323 avec le Traité de Nöteborg délimitant leurs zones d’influence respective. Des escarmouches persisteront sporadiquement jusqu’au XVe siècle, ne remettant cependant pas en cause ni la partition de la Finlande entre les deux puissances ni l’intégrité du territoire novgorodien.
Mais Alexandre Nevsky n’en avait pas fini avec les croisés puisqu’il prit connaissance peu après cet affrontement de la chute de Pskov, ville florissante alors sous la tutelle de Novgorod, par les forces teutoniques qui bien qu’ayant subi de lourdes pertes lors de la bataille de Legnica continuèrent leur progression vers la cité marchande. Au son du viétché, les forces novgorodiennes se rassemblèrent une fois de plus, et rencontrèrent l’ennemi près du lac Peïpous. Il est difficile comme pour la bataille de la Neva d’avoir une vision historiquement exacte du déroulement de celle-ci [10], toutefois il semble acquis que les forces teutoniques stoppèrent là leur progression par suite d’une résistance trop conséquente.

Kiev rasée par la déferlante mongole, Novgorod restait la seule principauté russe à échapper à la sujétion étrangère, mais la croisade baltique faillit en décider autrement. La bataille de Rakovor (en territoire estonien alors sous contrôle danois) en 1268 clarifia la situation de manière encore plus radicale puisque se déroulant sur le territoire des croisés tout en démontrant une fois de plus par la victoire le sens tactique et la valeur guerrière des troupes novgorodiennes. La paix allait être obtenue pour plusieurs décennies.

Epilogue

Le climat de la région baltique rendant les opérations de grande envergure difficiles ainsi que la rugueuse résistance des peuples païens et même orthodoxes aboutirent à un succès des croisades en demi-teinte. Du reste, l’essoufflement de la ferveur religieuse ainsi que la conversion du peuple lituanien au christianisme laissèrent peu de combustible à la poursuite de celle-ci. Elle n’en modifia pas moins comme au Moyen-Orient la configuration géopolitique de la région pour les siècles à venir où Scandinaves, Baltes, Germains et Slaves continueront à s’affronter en ces mêmes terres.

[1] Subjuguée par les prédications de Pierre l’Ermite prêchant en diverses régions françaises et allemandes et popularisant le Dieu le veut ! du pape Urbain II.
[2] Ce sera la première véritable croisade (1096-1099).
[3] Ces privilèges étant de prime importance puisqu’ils permirent d’assurer l’autonomie financière de l’ordre.
[4] Les Templiers firent l’objet d’une persécution par le roi de France Philippe le Bel, tous leurs biens furent confisqués au profit de la couronne tandis que les Hospitaliers se replièrent sur l’île de Rhodes puis de Malte afin de continuer la lutte contre les musulmans, avec des actes héroïques notoires, mais sans pour autant retrouver leur lustre d’antan.
[5] Peuple d’origine turque ayant peuplé une grande partie de l’actuelle Ukraine et les abords de la mer Caspienne au XIIe siècle, appelés aussi Kiptchaks. Ils furent défaits par les Mongols en 1238.
[6] Cette conversion est sujette à des analyses variées, et ce d’autant plus que le pays lui-même ne se convertit que très tardivement au catholicisme (la dernière région en 1413) sans que pour autant la pratique ne disparaisse entièrement.
[7] Le ledung, ou fyrd dans les îles Britanniques, est un système de levée d’hommes libres censés pouvoir subvenir au besoin d’une expédition maritime tout en pourvoyant à la construction de navires devant emporter un nombre d’hommes déterminés.
[8] Anecdote historique, c’est pendant la bataille de Lyndanisse en 1219 que le roi Valdemar II aperçut tombé du ciel un étendard rouge flanqué d’une croix blanche, signe de victoire. Le Dannebrog devint dès ce jour le drapeau national du Danemark ainsi que le plus vieux drapeau au monde encore en usage.
[9] La fameuse voie des Varègues aux Grecs, qui était celle qu’empruntaient les Vikings pour commercer avec l’Empire byzantin.
[10] Ce qui n’empêche aucunement le cinéphile de se replonger dans l’Alexandre Nevsky du cinéaste soviétique Eisenstein.

Nanotechnologies mais macropartenariat en vue pour le Baden-Württemberg

Le poids des länder Allemand est sans commune mesure avec celui des régions Françaises, en terme économique s'entend. Fédéralisme oblige.

Quoi de plus logique par exemple que du 25 au 27 mai s'afficheront les journées du Baden-Württemberg à Moscou afin de développer la promotion exclusive de ce land tout en ébauchant des partenariats stratégiques dans des domaines très divers. 150 participants badois et wurtembourgeois étant attendus dans la capitale de la Fédération de Russie.

Déjà en avant-première du lancement de cette exposition internationale a été consacré un partenariat prospectif dans les nanotechnologies. Gardons en mémoire que la Russie demeure très portée sur les secteurs de l'innovation, ayant créé notamment en 2007 la structure Rosnano chargée d'investir et de coordonner les efforts dans ce domaine porteur avec des fonds portés officiellement à 3 milliards d'euros pour supporter les premiers projets d'envergure. Dietrich Birk, secrétaire d'Etat du ministère régional de la Recherche et de l'Art du Baden-Württemberg n'ayant pas manqué de rappeler à qui voulait l'entendre que le territoire consacre 4,2% de son PIB à la recherche, ce qui est comparable aux résultats réalisés aux Etats-Unis et au Japon. Et ce dernier de préciser sa pensée sans ambages : le Bade-Wurtemberg, le Land allemand leader en matière d'innovations et de recherche au sein de l'UE, a intérêt à coopérer dans cette sphère avec la Russie.

J'encourage vivement mes visiteurs à se rendre sur le portail du Baden-Württemberg qui explique de façon claire et synthétique (site trilingue) pourquoi la décision de ce land de tendre la main à ses homologues Russes devrait plus susciter l'intérêt que le dédain ou la moquerie.

jeudi 14 mai 2009

Forum Economique de Saint-Pétersbourg 2009



Du 4 au 6 juin se tiendra le forum économique de Saint-Pétersbourg. Grand-messe existante depuis treize années déjà, celle-ci a pris d'autant plus d'importance que l'actuel et le précédent Présidents de la Fédération de Russie sont originaires de la capitale Impériale.

Le symposium est surtout l'occasion pour les autorités d'exprimer leur vision du monde économique, tant au niveau international que national. Bien entendu, dans un contexte de crise financière comme économique d'ampleur mondiale, l'écoute sera d'autant plus attentive que les investisseurs attendent des garanties pour leurs capitaux déjà présents en Russie ou quant à ceux investis dans les projets en cours/à l'étude. Dmitri Medvedev est annoncé à la tribune, ce qui est une excellente nouvelle puisque ce dernier est très concerné par les nouveaux relais de croissance économique, à savoir les NTIC, et devrait logiquement mettre l'accent sur ce point dans son discours (bien que ce dernier aura pour objectif premier de rasséréner les partenaires privés étrangers non sans pointer comme il le fit à quelques reprises les dérives coupables d'un système financier incapable de s'auto-réguler).

Toujours dans le cadre des échanges économiques à l'international, le prochain tour de table des négociations pour l'entrée de la Russie à l'OMC débutera officiellement du 25 au 29 mai à Genève.

Le site officiel (disponible en Russe / Anglais).

mercredi 6 mai 2009

La loi Création & Internet sur un air de corrida

Retour vers le futur après le dernier camouflet du 9 avril dernier, où la loi Création & Internet (appelée aussi HADOPI en tant qu'acronyme de l'entité chargée d'exécuter les modalités du projet de loi) fut rejetée à la surprise générale par une véritable opération commando de députés socialistes. Ces derniers ayant été trop tentés de jouer un coup pendard à une majorité ne manifestant guère d'entrain à adouber un ensemble de mesures législatives dont ils ont soit du mal à déterminer les contours, soit l'amère impression qu'elles puissent dresser contre eux un nombre conséquent d'électeurs.

Qu'à cela ne tienne, il a été décidé en haut lieu urbi et orbi que cette loi devait repasser devant les chambres coûte que coûte. Y compris en bouleversant le programme de l'Assemblée Nationale (alors qu'en passant celle-ci est logiquement maître de son ordre du jour pour moitié avec le gouvernement, or la période choisie et imposée empiète sur les prérogatives de l'assemblée parlementaire).

Seulement au même moment, le Parlement Européen ayant peu apprécié d'avoir été tenu pour quantité négligeable et après avoir voté à une large majorité le rapport Lambrinidis vient de s'illuster une fois encore dans sa détermination à ne pas s'en laisser compter. A 407 voix contre 57, l'amendement Bono dans sa version d'origine (et non édulcoré comme en avril) vient d'être à nouveau confirmé au sein du paquet Télécom en contrant toute tentative de la loi Création & Internet d'instaurer une coupure des communications en cas de suspicion de contrefaçon.

Il est assez effarant de constater combien les autorités Françaises déploient d'efforts à la fois pour prouver leur autisme au regard des innovations technologiques par leur incapacité à accompagner celles-ci de façon profitable à la majeure partie des acteurs économiques  (et non pour satisfaire les seuls intérêts d'une camarilla de rentiers), mais surtout pour couvrir de ridicule le nom de la France devant ses vingt-six autres partenaires Européens.

Il n'empêche, l'exécutif semble continuer d'orchestrer une volonté implacable de dompter le réseau en plaçant des personnes dont il est difficile de prime abord d'accorder un crédit de neutralité sur le sujet : la velléité de combler le récent départ de M. Mallet par M. Silicani à la tête de l'ARCEP (Autorité de Régulation des Communications Electroniques et des Postes) ne parait pas à ce titre fortuit. Ce dernier étant un homme du Ministère de la Culture ayant présidé le Conseil Supérieur de la Propriété Littéraire et Artistique, organe n'étant pas connu dans les cercles des NTIC pour sa position d'avant-garde sur les questions d'ordre technologique. Une manière subtile de museler une des institutions ayant récemment fait part de sa défiance quant à l'applicabilité et la rentabilité du projet de loi actuellement discuté à l'Assemblée Nationale. 


MAJ : le réalisateur et scénariste Eric Rochant vient d'accorder un entretien à la gazette Le Monde où bien qu'étant un auteur soucieux de la défense de ses droits (ce dont on ne peut le lui reprocher puisqu'il est légitime qu'il puisse vivre de son labeur intellectuel), il énonce certaines vérités pas toujours bonnes à entendre pour les intéressés mais non sans un réalisme angoissant pour la suite.
Extrait choisi :
La défense d'intérêts privés pousse au crime de ne pas réfléchir sur l'évolution du monde. Cette manie de l'interdiction, de la dénonciation, de la sanction collective rappelle l'attitude de certains maîtres d'école raidis par leur impuissance à évoluer avec la société.
Cette loi est le symptôme d'un aveuglement, d'une stupidité archaïque face à l'angoissante vitesse du changement qui s'est opéré depuis quelques dizaines d'années. Aller contre Internet de la sorte, avec le bâton, le casque et les ciseaux, c'est aller contre la jeunesse, l'avenir, l'enthousiasmante créativité qu'Internet a libérée
.
... la France donc, vient se ringardiser, tant au niveau technique qu'intellectuel, vient suggérer que désormais le monde peut avancer sans elle, ou plutôt malgré elle.

L'article en entier ICI.

dimanche 3 mai 2009

Dans les gorges du conflit

Chers visiteurs,

Un article assez court publié sur Agoravox et qui avait tenté dans le "feu de l'action" de démontrer pourquoi ce territoire âprement disputé était une des clefs du dispositif Géorgien en Abkhazie. Cette région escarpée ne donna pourtant pas lieu à de furieux combats tant l'avancée sur le front d'Alanie amorçait une entrée en force des troupes Russes sur le territoire Géorgien et nécessitait le redéploiement des unités sur les autres théatres d'opération pour tenter de freiner l'avancée Russe. En outre l'acheminement de colonnes de renforts Russes en grand nombre ne permettait pas à court terme d'y faire face avec succès. Position stratégique de premier choix, sa perte signait de facto la disparition du dernier élément de présence Géorgienne en terre Abkhaze.

L'annonce du déploiement prochain de gardes-frontières Russes en accord avec les autorités Abkhazes atteste du rapport de force actuel dans la région.


Article paru sur Agoravox le 12 août 2008
En ces jours de dur conflit entre la Géorgie et la Russie, il est une région dont on n’a que fort peu parlé et qui pourtant ne saurait être passée sous silence tant son implication est primordiale en tant que cause de la crise actuelle et comme clé de conclusion de celle-ci : les gorges du Kodori.

Un différend lié à la situation de l’Abkhazie

Impossible de dissocier en effet le sort de ce territoire du sort de l’Abkhazie. Sans retracer tout l’historique de cette partie du Caucase, l’Abkhazie au sortir de sa guerre d’indépendance envers la Géorgie en 1993 ne put toutefois libérer entièrement le territoire : une large partie orientale restant sous contrôle géorgien. Malgré la présence tampon de l’UNOMIG, la situation régionale resta extrêmement tendue, d’autant que la guerre en Tchétchénie amena nombre de rebelles à bénéficier de la protection discrète des autorités géorgiennes au sein de la vallée du Kodori traversée par la rivière éponyme en provenance de la vallée du Pankissi. Ce qui, on s’en doute, provoqua longtemps l’ire de Moscou qui n’oubliera jamais cette hospitalité très intéressée.

En juillet 2006, la Géorgie appuya plus franchement sa volonté de reprendre le contrôle de la zone du Kodori en profitant de la désobéissance d’Emzar Kvitsiani, un ancien responsable placé par l’ancien président Chevardnadzé et chef de milice, pour l’évincer et le remplacer par une forme armée conséquente à portée de tir des positions Abkhazes. Ces derniers bien sûr virent cela comme un non-respect du statu quo décrété au sortir de la guerre de 1993. Il était en effet précisé dans les accords de mai 1994 puis ceux de mai 1998 que la Géorgie se garderait d’occuper militairement la zone en question. Malgré les objurgations des autorités Abkhazes ainsi que de son alliée la Russie, le secrétaire général de l’Otan d’alors et d’aujourd’hui, Jaap de Hoop Scheffer, estima que la Géorgie était dans son bon droit et ne remettait pas en cause la trêve.

Depuis lors, accrochages et intimidations ne cessèrent de prospérer. Atteignant leur zénith avec l’invasion de l’Ossétie du Sud, il y a quelques jours, puisque l’Abkhazie par la voix de son président, Sergueï Bagapch, annonça vouloir reprendre possession desdites gorges et du reste du territoire encore sous contrôle de son adversaire. Menace mise à exécution puisqu’un assaut vient d’être ordonné ce mardi 12 août en matinée. S’il est encore trop tôt pour s’avancer quant au résultat de cette opération militaire, il ne fait nul doute qu’elle est considérée comme un objectif majeur par tous les acteurs du conflit (la Russie venant d’y convoyer près de 9 000 hommes et 350 blindés selon les chiffres récurrents).

La clé du sort de l’Abkhazie

En cette région de haut relief (les cols pouvant s’élever jusqu’à près de 4 000 mètres), la vallée du Kodori est un secteur géostratégique en ce sens qu’une fois tenu par les forces abkhazo-russes, il donnerait une voie d’accès éminemment favorable pour contrôler le reste du territoire encore occupé par la Géorgie et un poste d’observation de premier ordre. Cette dernière bien entendu sait que perdre ce passage est synonyme d’abandon de sa velléité de souveraineté sur l’Abkhazie.

Les heures qui suivent en diront plus sur celui qui pourra se réclamer maître de toute la vallée… En ce sens, la crise qui aura débuté en Ossétie du Sud n’aura fait que précipiter la volonté de résoudre par les armes une situation gelée depuis près de quinze ans, car, comme le disait le camarade Lénine, « la guerre est un accélérateur de l’Histoire ».