mardi 22 décembre 2009

Strasbourg, restricted area

Chers visiteurs,

Vous savez combien je suis fort attaché à cette cité Rhénane qui ne manque ni de charme ni de douceur de vivre, le tout en combinant habilement architecture passée et futuriste, population estudiantine cosmopolite turbulente et bourgeoisie à la fierté toute compassée, attachée à son identité Alsacienne et orgueilleuse d'être une des capitales de l'Europe.

Pourtant, et au mépris de toute cette richesse protéiforme, il avait été décidé début avril 2009 de tenir un sommet de l'OTAN sur les berges du Rhin (l'autre lieu d'accueil étant la bourgade de Kehl, à ne pas confondre avec Kiel) en blindant le centre-ville. Un excès qui causa énormément de torts aux résidents comme à l'image de la ville devenue totalement morte pour une réunion entre happy few qui n'aura débouché sur aucune annonce concrète. Le tout pour une ardoise laissée à la municipalité dont on ignore encore le montant. 

Par ailleurs, l'on appréciera le sacrifice d'un des quartiers de Strasbourg laissé aux mains de groupes mobiles très bien organisés et qui viennent une nouvelle fois de faire parler d'eux au récent sommet de Copenhague : les Blacks Blocs (vérifications opérée, l'appellation officielle ne prend étrangement pas de K final).

Pour finir, l'occasion me fut donnée de rappeler les origines de Strasbourg faisant office de savoureux raccourci temporel...


Article paru sur Agoravox le 25 mars 2009

Une interdiction de survol autre que par des aéronefs militaires, des secteurs quadrillés par des forces de l’ordre, une obligation de traverser des checkpoints pour revenir chez soi : serait-ce le tournage d’un film post-apocalyptique, une mise en quarantaine pour risque de pandémie mondiale, l’évasion de tous les criminels de l’Est de la France, un nouveau rideau de fer aux berges du Rhin ? Que nenni, il s’agit du prochain sommet de l’OTAN organisé conjointement par les Etats Français et Allemands le 3 et 4 avril prochain.

Red zone

Barack Obama, Nicolas Sarkozy, Angela Merkel, Gordon Brown… Au total 28 chefs d’Etat attendus dans la capitale Européenne : voilà de quoi donner des sueurs froides à la municipalité qui aura rarement l’occasion de dérouler un si long tapis rouge en devenant le centre du monde médiatique pendant quelques jours.
 
Toutefois, pour leur permettre de mieux profiter de la beauté gothique de la cathédrale et des mets raffinés du Crocodile d’Emile Jung, il n’aura pas été fait dans le détail : bouclage total des abords des principaux lieux de visite et d’hébergement. Sans badge, point d’espoir de circuler. Et le précieux sésame ne sera pas un viatique à égarer une fois à l’intérieur du périmètre rouge puisqu’il sera demandé vraisemblablement fréquemment selon les informations à disposition. Tout non-résident des quartiers dits sécurisés sera refoulé avec plus ou moins de virilité selon son insistance. Gracieusement sera toutefois octroyé au citoyen des zones orange à proximité des zones rouge où la circulation sera autorisée moyennant une régulation stricte.
 
Les frontaliers auront par ailleurs bien du souci à se faire : le pont du Rhin sera filtré, puis condamné pendant la période « chaude » du sommet. Les contrôles à la frontière sont à ce titre déjà en rodage.
 
Ceux qui auraient encore de doux rêves d’approcher le nouveau Président des Etats-Unis lors de sa venue feraient bien de se méfier avant de se voir plomber au mieux les fesses par un tireur d’élite opérant depuis les toits. Encore lui aura-t-il fallu trouver une astuce pour se faufiler entre les nombreux cordons de sécurité pour arriver jusqu’à l’épicentre de son intérêt. Est-il utile de préciser qu’aucun bain de foule n’est aucunement envisagé au programme ?
 
Strasbourg, ville morte ?
 
C’est en effet là le point noir de ce sommet présenté comme historique à la fois pour la ville et pour l’officialisation attendue de la réintégration de la France au sein du commandement intégré de l’OTAN : que gagnera en définitive la capitale Européenne à être présentée comme une entité vidée de ses habitants, expurgée de toute vie et à l’activité économique confinée au néant ?
 
On pourrait même en profiter pour projeter la réflexion plus loin : était-il obligatoirement nécessaire de choisir une cité pour y faire tenir le sommet puisqu’apparemment le but semble de faire place nette avant, pendant et après les libations et délibérations des personnalités ? Et pour tous ceux qui en auraient des sueurs froides, je confirme malheureusement que le club de pétanque Le Strasbourgeois baissera rideau comme nombre d’autres activités sportives, obligeant même des rencontres sportives à être reportées ultérieurement…
 
De plus, cette surenchère dans l’aspect sécuritaire n’apporte-t-elle pas du bois à chauffer à tous ceux qui vilipendent la tournure que prend la démocratie à l’occidentale ? Il est assez cocasse par l’occasion de souligner que sur le site de la ville de Strasbourg il est écrit que le sommet de l’Otan qui aura lieu à Strasbourg les 3 et 4 avril prochains nous donnera l’occasion d’exposer notre hospitalité et nos richesses culturelles, de mettre en avant nos liens particuliers avec l’Allemagne : mais qui sera encore là pour accueillir toutes ces personnalités et leur faire profiter de la chaleur de cette cité cosmopolite ? Certainement pas la population locale. Et comment mettre en avant les liens tant vantés avec nos voisins germains puisque tout déplacement piéton, routier, ferroviaire, fluvial et aérien sera prohibé entre les deux rives durant ces quelques jours ? Et pour renforcer le sentiment d’isolement, aucun courrier ne partira ou n’arrivera dans les zones orange et rouge de la ville.
 
Alors en dressant le bilan de toutes les contrariétés et du résultat prévisible d’une telle manifestation, il est logique de se demander quel sera le profit réel ? Et cette mise en quarantaine d’une importante partie de la localité n’est-elle pas à ce titre contre-productive en ce sens que l’aspect débonnaire, amical et très force tranquille de Strasbourg va être mis à mal pendant tout le temps du sommet ?

D’ailleurs pour parler plus prosaïquement « gros sous » : l’on ne sait pas encore actuellement quelle ardoise au contribuable laissera le passage de toutes ces célébrités invisibles pour le commun des mortels. Au vu du dispositif et de l’impressionnante cohorte de délégations (qu’il faudra bien héberger, nourrir et pourvoir les commodités usuelles pour de telles agapes), il y a tout de lieu de s’attendre à une seyante série de chiffres sur la facture…
 
Avec cette expérience néanmoins l’on peut s’autoriser à émettre l’opinion positive que les autorités Strasbourgeoises seront désormais prêtes pour accueillir avec force précautions et dispositifs de sécurité les prochaines rencontres mondiales du logiciel libre en 2011. Et prévenir ainsi les prévisibles échauffourées entre fans des différentes distributions Linux.
 
Retour aux sources ?
 
Par une certaine ironie de l’Histoire, cette ambiance de camp retranché aura le mérite de rappeler aux résidents et visiteurs de passage à Strasbourg les origines de la ville puisque c’est Drusus, général romain et frère de Tibère, qui fut à l’origine de l’édification d’une forteresse aux abords du Rhin en l’an 12 avant J.C.

Strasbourg, héritière d’Argentoratum, un camp de légionnaires de la plus impressionnante armée de l’antiquité répond présent au cycle de l’Histoire en accueillant ces jours prochains les représentants de la plus puissante organisation militaire de notre époque.

 

Informations pratiques sur les dispositions prises pour le sommet de l’OTAN : site de la ville de Strasbourg

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