samedi 12 décembre 2009

Atomenergoprom, le titan de l’atome

Chers visiteurs,

Je vous renvoie sur cette note de la Tribune concernant la politique industrielle de la France, en son passage notamment sur Areva. Celui-ci tendant à confirmer que le choix de Siemens comme relaté dans mon billet a été raisonné, même s'il semble dû aussi à une incapacité de la partie Française, et principalement de ses instances dirigeantes, à appréhender la concurrence internationale.

Quant à Atomenergoprom, tout va bien pour lui puisqu'il se prépare à investir le marché Américain de l'uranium en recyclant... les anciennes ogives nucléaires soviétiques! Le tout sur la base de plusieurs contrats avec des sociétés d'outre-Atlantique.


Article paru sur Agoravox le 4 mars 2009


Inconnu encore récemment du grand public, Atomenergoprom fut porté au devant de la scène par le spectaculaire rapprochement de Siemens à son encontre. Au grand dam d’Areva NP qui vit son ancien partenaire Allemand tendre une main intéressée à ce qui pourrait devenir un très sérieux concurrent. Qui est ce nouvel arrivant et quels sont ses atouts pour avoir réussi à séduire jusqu’à l’entreprise Allemande précitée dont le sérieux s’accommoderait mal d’un nouveau partenariat aux fondations hasardeuses ?

Un holding imposé en haut lieu

En réalité Atomenergoprom est tout sauf une véritable nouveauté en ce sens que l’entité est surtout le fruit d’une volonté présidentielle de renforcer la coordination des différents acteurs Russes du secteur. De ce fait l’on devrait plus parler d’agglomération que de novation.
 
Conscient que la Russie disposait de connaissances très pointues dans ce type d’énergie mais pénalisée par un réel manque de liant dans la chaîne de extraction/traitement/fabrication/production/distribution, Vladimir Poutine (alors Président) souhaita ardemment mettre sur pied, à l’instar de Gazprom, un mastodonte capable d’embrasser de nombreux aspects de la logistique du nucléaire civil. Que ce soit Rosenergoatom le producteur d’électricité de source nucléaire, TVEL l’extracteur et producteur d’uranium, Tekhsnabexport l’exportateur de combustible nucléaire, Atomenergomash l’équipementier et enfin Atomstroyexport l’entreprise chargée des projets de construction à l’étranger, tous durent rentrer dans le moule pointé du doigt par le Kremlin.
 
Ainsi naquit le 27 avril 2007, par décret présidentiel, l’holding Atomenergoprom. La verticalité de cet ensemble est à la fois patente par la complémentarité successive des différents participants comme par le contrôle exercé par le pouvoir central qui entend rester maître de ce jeune titan.
 
Le géant sort de la forêt
 
Sur le papier voilà qui paraissait séduisant, voire imposant. Cependant les faits et réalisations ont seule valeur de baromètre en matière de succès ou d’échec des objectifs poursuivis.
 
Force par conséquent est de constater que peu après l’avènement d’Atomenergoprom l’intérêt de plusieurs sociétés étrangères s’est accru exponentiellement. Ainsi Alstom comme Toshiba ont conclu des accords pour favoriser les projets communs, faire valoir leur expérience dans leurs domaines respectifs et s’adosser à un poids lourd du secteur pour pénétrer plusieurs marchés difficiles d’accès, à commencer par le Russe lui-même.
 
Le marché domestique lui est demandeur (il est vrai que celui-ci est relativement fermé aux investissements étrangers puisque considéré comme un secteur stratégique [1]) mais l’étranger tout autant : l’Inde, la Bulgarie et l’Iran ayant déjà passé plusieurs commandes et d’autres pays ont signifié leur volonté de mener des négociations avancées tels l’Oman et la Turquie.
 
Toutefois le plus spectaculaire restait à venir avec la mésaventure récente arrivée à Areva NP (le numéro un dans la construction de centrales nucléaires) puisque comme le permettait une clause de rachat au sein de l’accord de partenariat de la société, les 34% détenus par la célèbre compagnie Allemande seront revendus à Areva d’ici trois ans. Ce départ ne serait qu’un divorce à l’amiable comme en connaissent parfois certains couples économiques si Siemens n’avait publiquement fait état de son rapprochement (officialisée le mardi 3 mars 2009 par la signature d’un protocole d’accord) avec un partenaire Russe, Rosatom. Or pour qui serait un tantinet investigateur, Rosatom se dévoilerait comme n’étant rien d’autre qu’une société d’Etat Russe détentrice à 100% des actions d’… Atomenergoprom ! La boucle est bouclée…Ce coup dur pour Areva peut se ressentir désormais sur deux plans : la fuite de cerveaux [2] et la prise de conscience que le géant Russe est manifestement devenu attractif depuis son apparition.
 
Le pari de créer une entité monopolistique du nucléaire civil Russe a été payant pour l’heure et il y a tout lieu de penser que l’entité surfera encore un moment sur une dynamique positive avec le concours de Siemens.
 
Un début de solution pour Areva : peut-être proposer sur le modèle de leur concurrent un concours de Miss Atome ?
 
[1] Ainsi est-il à peine surprenant de découvrir que l’actuel président du conseil de direction est un ancien (et éphémère) Premier Ministre de Boris Eltsine : Sergey Kiriyenko. Par ailleurs aussi Président de Rosatom.

[2] Depuis avril 2008, une loi fédérale impose aux investisseurs étrangers de passer par les fourches caudines d’une commission ad hoc vérifiant l’impact d’une immixtion étrangère au sein de sociétés où le capital serait détenu à plus de 50% par une société de nationalité autre que Russe et intervenant dans le champ d’un des 42 secteurs sensibles répertoriés. Le nucléaire faisant bien évidemment parti de cette liste.

[3] Lire à ce sujet l’entrefilet paru dans Le Figaro du 27 février 2009.

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