lundi 28 septembre 2009

Quand les oligarques ont la gueule de bois

Chers visiteurs,

Pas grand à ajouter à cet article témoignant du crépuscule des oligarques qui auront perdu de nombreuses plumes dans la tourmente financière internationale. Le Kremlin, à l'affût, en profita opportunément pour renforcer ses positions dans la sphère économique nationale comme pour redistribuer certaines cartes ou s'aliéner la fidélité d'(ex) puissants hommes d'affaires.

Récemment Oleg Deripaska serait parvenu à négocier favorablement, ou le moins défavorablement si l'on préfère, un rééchelonnement de sa dette (culminant selon certaines estimations à 7,4 milliards de dollars!) avec ses créanciers.
VEB (Vnesheconombank) ayant aussi accepté de transiger pour reporter l'échéance des sommes dues à son égard jusqu'à fin 2010.
La fin d'une époque...

Petite précision : l'une des critiques relatives à cet article porta sur la partie où le Kremlin serait tenté de pénétrer dans les capitaux de grandes entreprises occidentales. Or l'affaire Opel semble démontrer tout le bien-fondé de cette conjecture par l'entremise de ses leviers financiers, et notamment la Sberbank.




Article paru sur Agoravox le 23 octobre 2008

Omnipotents sous Eltsine, bridés puis surveillés sous Poutine, se pourrait-il que les si fameux oligarques russes deviennent ruinés sous Medvedev ? Nous n’en sommes pas encore là tant ces derniers ont accumulé depuis près de quinze ans des fortunes colossales, cependant un article de l’International Herald Tribune en date du 18 octobre dernier laisse apparaître des signes avant-coureurs de leur fragilité au sein de la tourmente financière actuelle.

Fragilisés à l’extérieur, pressurés à l’intérieur

Le quotidien américain remarque avec à propos que les oligarques russes ont été frappés très durement par la crise secouant actuellement toutes les places financières, laissant bon nombre de ces derniers dans une situation fort peu reluisante. Tel Oleg Deripaska [1], considéré comme l’homme le plus riche du monde des affaires russes en 2008 par le magazine Forbes [2], ou encore Vladimir Lisin, le magnat de l’acier.

Cette déconvenue est ressentie d’autant plus violemment par les intéressés qu’ils sont au cœur du système de la finance internationale par leurs investissements les plus divers en matière de produits financiers. Certains par conviction libérale, d’autres par obligation de se diversifier dans des secteurs hors de portée des autorités russes (cette observation valant principalement pour les oligarques contestant la politique du Kremlin) et les derniers se liant avec des investisseurs occidentaux dans des projets de grande envergure. De plus, comme le note toujours le quotidien d’outre-Atlantique, les oligarques vont devoir faire face à des échéances très importantes à la fin de cette année ainsi qu’en 2009 vis-à-vis de leurs créanciers occidentaux, et l’on devine déjà qu’elle pourrait être critique leur situation si d’aventure il s’avérerait que les pertes enregistrées soient de telle nature qu’ils ne puissent faire face à leurs obligations [3]. Malgré les dénégations des uns et des autres, il faut toutefois constater que le marché russe subit lui aussi les soubresauts des errements du capitalisme mondial, que les sociétés appartenant à ces oligarques voient leur valeur décroître très rapidement et que les banques locales n’ont pas la capacité suffisante de dégager des lignes de crédit conséquentes.

Ou plutôt si, elles disposent désormais de l’aide propice du Kremlin. Notamment par la voix de son Premier ministre indiquant qu’il serait prêt à aider le système bancaire à se maintenir à flot… sous conditions !

Un Kremlin aux aguets

Cette aide est en effet assortie de quelques restrictions loin d’être anodines. L’ancien président redevenu Premier ministre, Vladimir Poutine, n’hésitant pas à marteler lors de chacun de ses discours (tel celui du 20 octobre dernier) que l’Etat s’engage à soutenir les banques et l’économie réelle tout en ajoutant que les conditions-clés de l’octroi de ces crédits doivent être les suivantes : premièrement, la société emprunteuse doit réaliser le gros de ses activités sur le territoire de la Russie dans le secteur réel de l’économie, deuxièmement, cette activité doit être d’une grande importance pour l’économie de régions entières ou pour les branches stratégiques. Voilà en ce qui concerne les entreprises sujettes à bénéficier de cette aide. Quant aux banques, c’est un prêt sur dix ans à hauteur de 950 milliards de roubles (soit 27 milliards d’euros) qu’il leur sera accordé tout en précisant que ces moyens seront destinés à l’augmentation de la capitalisation des banques et au règlement des problèmes de liquidité. En filigrane, comprendre que l’Etat va s’immiscer dans le capital des banques les plus demandeuses et que ces fonds ne sauraient être utilisés pour être réinvestis en dehors de Russie dans des produits financiers douteux.

Toutefois, par la voix d’Alexeï Koudrine, le ministre des Finances, le pouvoir russe ne cache pas non plus que malgré ces mesures les prochains mois seront difficiles pour les agents économiques et notamment que le BTP traversera plusieurs mois de crise avant de retrouver une certaine prospérité [4]. Cela a le mérite de la sincérité, et opérera de facto un ralentissement de la croissance russe, estimée à 5,7 % du PIB pour cette fin d’année. Les dernières informations à disposition démontrent que les industries spécialisées dans l’automobile ou l’aviation accusent aussi très sérieusement le coup du fait des insuffisances de liquidités. D’où une indispensable intervention étatique pour réinjecter de l’argent dans le circuit financier.

Pour en revenir précisément à ce coup de pouce des autorités de Moscou, il n’y a pas à parler de révolution en la maison Russie puisque cette politique économique est dans la droite ligne de celle inaugurée sous la présidence de Poutine, à savoir un Etat reprenant petit à petit le contrôle de secteurs stratégiques tombés aux mains des oligarques. A ce petit jeu, les plus forts sont devenus les plus fragiles puisque l’Etat russe dispose désormais de reins solides pour atténuer les effets les plus dramatiques de la crise [5]. Car ne nous y trompons pas : la crise de 2008 n’est pas une resucée de celle de 1998, si cette dernière avait paupérisé nombre de petits épargnants, celle qui fait actuellement la une des journaux mondiaux touche d’abord les plus grosses fortunes. C’est là peut-être la fin d’un cycle qui aura vu naître une génération d’entrepreneurs-prédateurs ayant prospéré en s’accaparant de pans entiers des conglomérats soviétiques en échange de sommes ridicules.

L’ours russe à la conquête du monde ?

Le monde découvrit avec stupéfaction début octobre la demande de prêt de 4 milliards d’euros à la Russie formulée par l’Islande et censée aider cette dernière à ne pas sombrer dans le marasme économique le plus complet. Si depuis cette annonce initiale le FMI transmit une contre-proposition d’une somme quasi-équivalente aux autorités Islandaises [6], il n’en reste pas moins que l’on a assisté à un scénario incroyable : l’un des pays occidentaux les plus prospères en vint pratiquement à mendier une assistance financière à un autre pays à genoux dix ans auparavant !

Pour spectaculaire que fut cette révélation, elle ne fit que démontrer que l’ours a désormais les moyens non seulement de supporter le choc de la crise comme dit précédemment mais aussi d’intervenir en dehors de ses frontières pour en limiter les dégâts et même réaliser de substantielles acquisitions si l’opportunité devait s’offrir à lui. Loin d’être de la politique fiction, il faut savoir que le fonds souverain de richesse nationale n’est que le petit frère d’un autre plus conséquent encore, le fonds de réserve qui est évalué lui à 140 milliards de dollars ! Sans compter la banque de développement national, VEB (Vnesheconombank), devenue toute puissante et courtisée au niveau national car habilitée à répartir les sommes allouées aux instituts de crédit en difficulté, mais aussi au niveau international en matière d’immixtion au sein d’entreprises étrangères affaiblies par la crise actuelle et devenant des proies fort tentantes [7].

Si, il y a un certain temps, l’on évoquait l’arrivée en force des oligarques dans les économies occidentales, semblerait-il que ces derniers doivent désormais passer la main à l’Etat russe. Etat russe qui est finalement sorti grand gagnant du bras de fer contre ceux qui espérèrent voilà encore une décennie façonner le pouvoir politique à leur guise.
Le seul bémol qu’il conviendrait d’apporter à cet appétit provient de la chute du cours du pétrole qui aura aussi des répercussions sur le prix du gaz par ricochet, or ces deux matières fossiles demeurent pour l’heure les principales ressources de la prospérité russe en dépit d’une réelle volonté des pouvoirs publics de diversifier les investissements pour pérenniser les bienfaits de la manne énergétique.
Affaire à suivre, mais il semble bien que la Russie soit désormais un acteur économique de poids international qu’il serait irraisonné de passer sous silence. Quant aux oligarques, ne survivront que ceux qui auront été adoubés par le pouvoir en place, moyennant bien entendu de substantielles concessions...

[1] Oleg Deripaska, the richest person in Russia, the nuclear physicist turned post-Soviet corporate raider, has already ceded more than a billion dollars in assets to jittery creditors as his aluminum-to-automobile empire reels.
[2] Liste disponible sur Wikipédia.
[3] Selon la banque centrale russe, les sommes devant être remboursées seraient de 47,5 milliards de dollars pour fin 2008 et avoisineraient les 160 milliards de dollars pour l’année suivante.
[4] La faute selon lui à l’explosion des prêts à la construction : +80 % en 2007.
[5] Le fonds de richesse nationale estimé à 48 milliards de dollars début octobre 2008 est utilisé à dessein pour amortir au possible les effets de la crise avec les revenus des ressources premières. Le modèle semble faire des émules puisque le président français, Nicolas Sarkozy, a proposé lors de son passage au Parlement européen à Strasbourg le 21 octobre l’émergence de fonds souverains européens.
[6] La réponse de Reykjavik étant attendue en fin de semaine. Certains experts n’excluant pas une combinaison des deux aides, FMI et russe, puisque les négociations continuent à ce jour avec ces deux acteurs.
[7] VEB n’est pas une inconnue par les experts internationaux puisqu’elle participa au transfert de 5 % du capital d’EADS de l’autre banque publique russe, VTB, au principal consortium aéronautique russe OAK (les négociations restant en cours cependant pour ce dernier transfert).

2 commentaires:

DanielB a dit…

Bonjour ,
Tres bien analysé , de même que votre article sur Dmitri Medvedev .
Une fois de plus les " experts " comme MM Jego , Nougaryede , Mandeville , ceux du FT , du WSJ , des journaux Britanniques ( Telegraph , guardian ) mangent leurs chapeaux .
Le " Marronier " et l' " Analyse " de sept-déc 08 , c'était une " révolte des oligarques " alors qu'il était " évident " que ces oligarques allaient devoir aller à Canossa et " manger dans la main du pouvoir " .
La " Liste de Poutine " , celle de 500 entreprises ou groupes prioritaires qui allaient béneficier de l'aide de l'Etat a donné naissance à une autre " analyse " : La " révolte des laissés pour compte " .
Qui n'a , bien sûr , jamis eu lieue ......
Daniel BESSON

Yannick Harrel a dit…

Bonjour,

Merci pour le compliment ;-)

Le souci tient à ce que les experts sont toujours les mêmes que l'on invite et à qui l'on donne la parole dans les médias de masse.
Histoire de se rassurer ou de pérenniser un phénomène de caste? Un peu des deux je pense...

Félicitations au passage pour votre blog qui constitue une veille passionnante sur l'arctique et ses pays riverains : www.zebrastationpolaire.over-blog.com/

Cordialement