mercredi 6 mai 2009

La loi Création & Internet sur un air de corrida

Retour vers le futur après le dernier camouflet du 9 avril dernier, où la loi Création & Internet (appelée aussi HADOPI en tant qu'acronyme de l'entité chargée d'exécuter les modalités du projet de loi) fut rejetée à la surprise générale par une véritable opération commando de députés socialistes. Ces derniers ayant été trop tentés de jouer un coup pendard à une majorité ne manifestant guère d'entrain à adouber un ensemble de mesures législatives dont ils ont soit du mal à déterminer les contours, soit l'amère impression qu'elles puissent dresser contre eux un nombre conséquent d'électeurs.

Qu'à cela ne tienne, il a été décidé en haut lieu urbi et orbi que cette loi devait repasser devant les chambres coûte que coûte. Y compris en bouleversant le programme de l'Assemblée Nationale (alors qu'en passant celle-ci est logiquement maître de son ordre du jour pour moitié avec le gouvernement, or la période choisie et imposée empiète sur les prérogatives de l'assemblée parlementaire).

Seulement au même moment, le Parlement Européen ayant peu apprécié d'avoir été tenu pour quantité négligeable et après avoir voté à une large majorité le rapport Lambrinidis vient de s'illuster une fois encore dans sa détermination à ne pas s'en laisser compter. A 407 voix contre 57, l'amendement Bono dans sa version d'origine (et non édulcoré comme en avril) vient d'être à nouveau confirmé au sein du paquet Télécom en contrant toute tentative de la loi Création & Internet d'instaurer une coupure des communications en cas de suspicion de contrefaçon.

Il est assez effarant de constater combien les autorités Françaises déploient d'efforts à la fois pour prouver leur autisme au regard des innovations technologiques par leur incapacité à accompagner celles-ci de façon profitable à la majeure partie des acteurs économiques  (et non pour satisfaire les seuls intérêts d'une camarilla de rentiers), mais surtout pour couvrir de ridicule le nom de la France devant ses vingt-six autres partenaires Européens.

Il n'empêche, l'exécutif semble continuer d'orchestrer une volonté implacable de dompter le réseau en plaçant des personnes dont il est difficile de prime abord d'accorder un crédit de neutralité sur le sujet : la velléité de combler le récent départ de M. Mallet par M. Silicani à la tête de l'ARCEP (Autorité de Régulation des Communications Electroniques et des Postes) ne parait pas à ce titre fortuit. Ce dernier étant un homme du Ministère de la Culture ayant présidé le Conseil Supérieur de la Propriété Littéraire et Artistique, organe n'étant pas connu dans les cercles des NTIC pour sa position d'avant-garde sur les questions d'ordre technologique. Une manière subtile de museler une des institutions ayant récemment fait part de sa défiance quant à l'applicabilité et la rentabilité du projet de loi actuellement discuté à l'Assemblée Nationale. 


MAJ : le réalisateur et scénariste Eric Rochant vient d'accorder un entretien à la gazette Le Monde où bien qu'étant un auteur soucieux de la défense de ses droits (ce dont on ne peut le lui reprocher puisqu'il est légitime qu'il puisse vivre de son labeur intellectuel), il énonce certaines vérités pas toujours bonnes à entendre pour les intéressés mais non sans un réalisme angoissant pour la suite.
Extrait choisi :
La défense d'intérêts privés pousse au crime de ne pas réfléchir sur l'évolution du monde. Cette manie de l'interdiction, de la dénonciation, de la sanction collective rappelle l'attitude de certains maîtres d'école raidis par leur impuissance à évoluer avec la société.
Cette loi est le symptôme d'un aveuglement, d'une stupidité archaïque face à l'angoissante vitesse du changement qui s'est opéré depuis quelques dizaines d'années. Aller contre Internet de la sorte, avec le bâton, le casque et les ciseaux, c'est aller contre la jeunesse, l'avenir, l'enthousiasmante créativité qu'Internet a libérée
.
... la France donc, vient se ringardiser, tant au niveau technique qu'intellectuel, vient suggérer que désormais le monde peut avancer sans elle, ou plutôt malgré elle.

L'article en entier ICI.

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