dimanche 3 mai 2009

Dans les gorges du conflit

Chers visiteurs,

Un article assez court publié sur Agoravox et qui avait tenté dans le "feu de l'action" de démontrer pourquoi ce territoire âprement disputé était une des clefs du dispositif Géorgien en Abkhazie. Cette région escarpée ne donna pourtant pas lieu à de furieux combats tant l'avancée sur le front d'Alanie amorçait une entrée en force des troupes Russes sur le territoire Géorgien et nécessitait le redéploiement des unités sur les autres théatres d'opération pour tenter de freiner l'avancée Russe. En outre l'acheminement de colonnes de renforts Russes en grand nombre ne permettait pas à court terme d'y faire face avec succès. Position stratégique de premier choix, sa perte signait de facto la disparition du dernier élément de présence Géorgienne en terre Abkhaze.

L'annonce du déploiement prochain de gardes-frontières Russes en accord avec les autorités Abkhazes atteste du rapport de force actuel dans la région.


Article paru sur Agoravox le 12 août 2008
En ces jours de dur conflit entre la Géorgie et la Russie, il est une région dont on n’a que fort peu parlé et qui pourtant ne saurait être passée sous silence tant son implication est primordiale en tant que cause de la crise actuelle et comme clé de conclusion de celle-ci : les gorges du Kodori.

Un différend lié à la situation de l’Abkhazie

Impossible de dissocier en effet le sort de ce territoire du sort de l’Abkhazie. Sans retracer tout l’historique de cette partie du Caucase, l’Abkhazie au sortir de sa guerre d’indépendance envers la Géorgie en 1993 ne put toutefois libérer entièrement le territoire : une large partie orientale restant sous contrôle géorgien. Malgré la présence tampon de l’UNOMIG, la situation régionale resta extrêmement tendue, d’autant que la guerre en Tchétchénie amena nombre de rebelles à bénéficier de la protection discrète des autorités géorgiennes au sein de la vallée du Kodori traversée par la rivière éponyme en provenance de la vallée du Pankissi. Ce qui, on s’en doute, provoqua longtemps l’ire de Moscou qui n’oubliera jamais cette hospitalité très intéressée.

En juillet 2006, la Géorgie appuya plus franchement sa volonté de reprendre le contrôle de la zone du Kodori en profitant de la désobéissance d’Emzar Kvitsiani, un ancien responsable placé par l’ancien président Chevardnadzé et chef de milice, pour l’évincer et le remplacer par une forme armée conséquente à portée de tir des positions Abkhazes. Ces derniers bien sûr virent cela comme un non-respect du statu quo décrété au sortir de la guerre de 1993. Il était en effet précisé dans les accords de mai 1994 puis ceux de mai 1998 que la Géorgie se garderait d’occuper militairement la zone en question. Malgré les objurgations des autorités Abkhazes ainsi que de son alliée la Russie, le secrétaire général de l’Otan d’alors et d’aujourd’hui, Jaap de Hoop Scheffer, estima que la Géorgie était dans son bon droit et ne remettait pas en cause la trêve.

Depuis lors, accrochages et intimidations ne cessèrent de prospérer. Atteignant leur zénith avec l’invasion de l’Ossétie du Sud, il y a quelques jours, puisque l’Abkhazie par la voix de son président, Sergueï Bagapch, annonça vouloir reprendre possession desdites gorges et du reste du territoire encore sous contrôle de son adversaire. Menace mise à exécution puisqu’un assaut vient d’être ordonné ce mardi 12 août en matinée. S’il est encore trop tôt pour s’avancer quant au résultat de cette opération militaire, il ne fait nul doute qu’elle est considérée comme un objectif majeur par tous les acteurs du conflit (la Russie venant d’y convoyer près de 9 000 hommes et 350 blindés selon les chiffres récurrents).

La clé du sort de l’Abkhazie

En cette région de haut relief (les cols pouvant s’élever jusqu’à près de 4 000 mètres), la vallée du Kodori est un secteur géostratégique en ce sens qu’une fois tenu par les forces abkhazo-russes, il donnerait une voie d’accès éminemment favorable pour contrôler le reste du territoire encore occupé par la Géorgie et un poste d’observation de premier ordre. Cette dernière bien entendu sait que perdre ce passage est synonyme d’abandon de sa velléité de souveraineté sur l’Abkhazie.

Les heures qui suivent en diront plus sur celui qui pourra se réclamer maître de toute la vallée… En ce sens, la crise qui aura débuté en Ossétie du Sud n’aura fait que précipiter la volonté de résoudre par les armes une situation gelée depuis près de quinze ans, car, comme le disait le camarade Lénine, « la guerre est un accélérateur de l’Histoire ».

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