vendredi 6 mars 2009

L'Irlande biffée d'une plume assassine

Chers visiteurs,

L'article reproduit ici même provient d'une réaction à un édito paru sur la version papier du quotidien Français Le Figaro. Il est vrai que le cynisme dévoilé par l'auteur du billet m'avait tellement offusqué que je me suis senti dans l'obligation d'y répondre par voie de presse (numérique) tellement le dédain grossier pour le peuple Irlandais était ostentatoire. De plus, il y était fait l'apologie de la fuite en avant en omettant notoirement de souligner que le non de l'île verte provenait en partie justement du dysfonctionnement croissant des institutions Européennes ainsi que du divorce désormais patent entre les peuples et Bruxelles.

Les évènements n'ayant pas suscité de réelle prise de conscience en haut lieu puisque le processus vers le Traité de Lisbonne demeure au point mort et qu'il se murmure dans les cercles du pouvoir la possibilité de refaire voter l'Irlande pour un résultat plus conformes aux attentes.


Article paru sur Agoravox le 14 juin 2008

Chers Agoravoxiens, je me dois de vous avouer que je n’avais pas particulièrement prévu de réagir au résultat du référendum Irlandais, d’autant que je me doutais que la réactivité des rédacteurs de votre gazette en ligne serait amplement suffisante à ce titre. En revanche, et ce très naïvement, j’étais loin de m’imaginer qu’un tel mépris serait affiché aussi ouvertement par l’élite politico-médiatique Française à l’égard de celui-ci.

Pour s’en convaincre, il suffit de parcourir des yeux l’éditorial du Figaro en date du 14 juin 2008, où M. Rousselin s’évertue, non sans talent rhétorique, à nous faire prendre les vessies étoilées sur fond d’azur pour des lanternes vertes.

Dès le début de la lecture, l’on est rendu confiant par un constat évident : La surprise qui a accueilli le non irlandais au traité de Lisbonne montre que les dirigeants européens n’ont guère appris la leçon de la crise ouverte il y a trois ans par les référendums en France et aux Pays-Bas. Bien, bien, toutefois l’on déchante d’autant plus rapidement que la suite revient dans les ornières de la mauvaise foi la plus grotesque : en Irlande, comme en France et sans doute ailleurs, il suffit de présenter un texte au suffrage des électeurs pour que l’addition des mécontents, aux motivations disparates et contradictoires, dépasse le nombre de ceux assez motivés pour aller voter en faveur d’un texte déjà approuvé par leurs élus. Que doit-on comprendre à cette phrase fort malheureuse : 1) que les parlementaires sont nimbés de la vérité absolue et ne peuvent qu’en être les dépositaires exclusifs ? 2) que le peuple ne mérite pas d’être consulté car réagissant indéfectiblement à des stimuli difficilement discernables ?

La suite est encore plus "savoureuse" : Heureusement, l’Irlande est le seul pays dont la Constitution l’oblige à soumettre tout traité au vote populaire…Débarrassé de tout son fard voilà l’idée mise à nue : déposséder les peuples de leur maigre once de pouvoir, le bulletin de vote ! M. Rousselin a au moins le mérite d’être moins hypocrite que l’immense cohorte d’élus, de journalistes et d’experts prenant moult précautions pour éviter de laisser sourdre leur ressentiment et dégoût pour toute cette piétaille ne partageant pas leurs idées éclairées (d’autant qu’elle ne partage pas non plus leur sort mais ceci est une évidence).

Accrochez-vous puisque ce n’est pas terminé, l’éditorialiste souhaitant préciser sa pensée : Puisqu’il serait peu démocratique que trois millions d’électeurs irlandais décident pour 450 millions d’Européens, la seule issue à la crise est de poursuivre le processus de ratification en espérant qu’il parviendra à réunir vingt-six pays sur vingt-sept. Quid du fossé grandissant entre les citoyens et sujets de l’Union Européenne avec leurs représentants qui n’ont aucunement pris en compte les avertissements sévères de 2005 ? L’auteur, au travers de cette assertion par trop hâtive, renie toute la pertinence ébauchée pendant les premières lignes de son éditorial. Pourquoi ne pas justement prendre en considération le fait que quelque chose ne tourne plus rond au sein de l’Union Européenne ? Lorsque les voyants sont au rouge, quelle serait l’intelligence d’éteindre le panneau de contrôle ?

Tout remettre à plat est impossible : ce serait faire fi de dix années d’efforts pour sortir de l’impasse institutionnelle. Pour que l’Europe suive son chemin, pour qu’elle puisse peser dans un monde en plein bouleversement, il va falloir dédramatiser le non irlandais et garder le cap sur les priorités de la politique européenne. En quelques mots, l’on a compris que l’on était repassé en mode novlangue après voir pensé tout haut. En effet, dédramatiser le non Irlandais ne serait-ce pas tout simplement insinuer subrepticement qu’il est impératif de passer outre le message inhérent de ce vote ? Quant au chemin qu’offre l’Europe, je lui ai trouvé un nom tout indiqué : voie de la fuite en avant. Espérons qu’il ne nous mènera pas à une impasse...
Pour en revenir à vous M. Rousselin, je tiens à vous dédier ce proverbe Irlandais : You never miss the water till the well has run dry. Et au plaisir de continuer à savourer votre plume au sein de ce vénérable journal qu’est Le Figaro.

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