mercredi 31 décembre 2008

mardi 30 décembre 2008

La Lituanie, escale du bonheur en Baltique

Chers visiteurs,

A l'orée de la nouvelle année je vous délivre un ancien article publié sur Agoravox relatif à ce charmant pays que j'ai appris à découvrir et avec lequel je me plairais à y revenir à l'avenir.


Article paru sur Agoravox le 14 décembre 2007

Si les Pays Baltes furent l’objet d’une attention toute particulière par les autorités françaises durant l’entre-deux guerres, il en alla tout autrement une fois l’occupation soviétique effective. Devenues des républiques socialistes membres à part entière de l’URSS, elles entrèrent dès lors et pour presque cinquante ans dans un système contre lequel elles lutteront de l’intérieur, d’abord activement par des maquisards [1] puis passivement par l’entretien de leur culture spécifique et la perpétuation de leurs traditions. Ce fut presque logiquement ces premières républiques qui ébranlèrent l’édifice des soviets, principalement avec la déclaration unilatérale d’indépendance du Conseil suprême de la République de Lituanie le 11 mars 1990. L’acte suscita une tentative de reprise en main musclée par l’Armée rouge le 13 janvier 1991 : cette dernière échouant au prix de quatorze vies humaines défendant la tour de télévision de Vilnius. Médiatiquement catastrophique et conscient que le pays risquait un embrasement généralisé, les troupes refluèrent : l’URSS s’apprêtait à vivre ses derniers mois d’existence. Ce petit pays de 65 303 km² mérite par conséquent toute notre attention, et particulièrement de manière prospective puisque Vilnius deviendra capitale européenne de la culture en 2009 : il est temps de réparer le dédain actuel de la population française à son égard, fusse par l’entremise de ce modeste article.

Le feu sous la glace

La première impression qui se dégage des premiers arpents du touriste à Vilnius a trait à cette froide faconde des autochtones. Impression se confirmant à mesure que se poursuit la pérégrination, tout en avisant cependant avec un œil averti un port des plus altiers pour les figures féminines.
Inévitablement arrive le moment de se renseigner, et tant il est vrai que le lituanien n’a que peu de ressemblance linguistique avec la langue romane qu’est le français, il convient de formuler la demande soit en anglais, soit en russe qui demeurent les secondes langues les plus usitées parmi la population [3]. De cette action volontariste s’obtiendra non seulement, et dans la très grande majorité des cas, une indication salvatrice, mais tout aussi souvent un sourire empreint de réelle franchise. Car le Lituanien n’est pas avare de sa volonté de rendre service, mais un quant-à-soi particulier et fort peu latin, ce qui est somme toute logique, lui donne cet aspect impersonnel et détaché des autres. Comme bien souvent, les apparences sont trompeuses...

Le Lituanien s’est distingué à travers son passé récent par son ouverture européenne [4] qu’il n’a jusqu’à présent jamais renié, et Vilnius est imprégné de cette ambiance à la fois identitaire et cosmopolite. Pour qui connaît l’historique de la ville, encore polonaise en 1939 (où repose d’ailleurs le cœur du maréchal Józef Piłsudski), rien d’étonnant à cela : la continuité malgré les vicissitudes passées, présentes et futures semble inscrite dans le patrimoine culturel de ce peuple. Comment ne pas admirer cette civilité et ce respect d’autrui en tout lieu de la capitale : ici le citoyen n’est pas dans un espace de conflit, mais de passage, de découverte et de distraction. Comment ne pas apprendre d’eux cet amour de la nature ne souffrant aucune désuétude à leurs yeux et cette simplicité de contact offrant au visiteur un nouvel espace de richesse humaine ? Comment ne pas être émerveillé par leur sens artistique, leur volonté d’embellir chaque recoin de la ville en combinant savamment l’audace et le bon goût ?

C’est tout cela le peuple lituanien, et ça mérite bien un premier pas de notre part.

Du paganisme au christianisme

Cette contrée est souvent décrite comme étant la dernière à avoir embrassé la religion chrétienne, demeurant à ce titre le dernier bastion du paganisme sur le sol européen (encore faudrait-il convenir de l’exacte délimitation de cet espace, ce qui est une autre histoire...). Cette persistance du paganisme [5], notamment en Samogitie [6], que certains qualifient même de néo-paganisme, conforte la place singulière de la Lituanie au sein de l’espace civilisationnel européen.

Relativisons néanmoins : le christianisme ne se porte pas mal pour autant, confession partagée par la plus grande majorité de la population, elle offre à Vilnius quelques-uns de ses plus beaux édifices, notamment celui de Sainte-Anne, véritable joyau du gothique tardif qui ne peut que retenir l’œil du voyageur et lui faire perdre toute notion du temps. Ou encore l’église d’inspiration baroque Saint-Casimir qui eut à connaître divers propriétaires avant de revenir à la communauté jésuite sitôt l’indépendance acquise fin du XXe siècle.

Le passage des troupes nazies eut pour principal effet de vider la Lituanie et surtout Vilnius, surnommée avant cet épisode la Jérusalem du Nord, de la quasi-totalité de sa population juive. Ne reste plus désormais au centre-ville que la synagogue Chor Shul pour rappeler que quelques décennies auparavant la culture juive rayonnait en ces lieux. Et pour continuer sur cette présence juive, comment ne pas évoquer les fameux Karaïtes ? Surnommés aussi les protestants de la religion hébraïque [7] et dont les dernières familles demeurent à Trakaï, ancienne capitale lituanienne au XIIIe siècle où les touristes affluent pour admirer le superbe château trônant sur le lac.

Les quelques églises orthodoxes attestent de la présence russe, effective depuis le troisième partage de la Pologne avec laquelle la Lituanie partageait un destin commun depuis le traité de Kreva en 1385, pour le meilleur puis pour le pire...

Un millénaire placé sous le signe de l’Europe

A minuit, le 21 décembre 2007, la Lituanie comme huit autres Etats membres de l’Union européenne rejoindra l’espace Schengen, accentuant un peu plus sa présence dans les affaires du vieux continent.

Toujours bicéphale, la Lituanie se démarquera en 2009 avec Vilnius célèbrée comme capitale européenne de la culture pendant que le peuple fêtera son millénaire d’existence en tant que première fois mentionnée dans un manuscrit. Européisme et identité nationale, la Lituanie prouve son attachement à une ligne de conduite très claire en affichant une insolente santé économique dont le taux de croissance atteignit 7,4 % en 2006.
Son prochain objectif est déjà fixé : entrer au sein de la zone Euro dont l’échec ne se joua cette année que pour une infime inflation supérieure aux critères impératifs d’adhésion.
Alors 2009, la grande année lituanienne ?

Et si nous nous lituanisions ?

Il est indéniable que les relations historiques entre la France et la Lituanie ont été des plus lâches [8], et ne peuvent s’appuyer sur une amitié ancienne irriguée par des flux d’immigration qui prévalent par exemple dans le cas polonais.

Et pourtant, quel gâchis tant ce pays demeure francophile, offrant tous les attraits d’une hospitalité des plus sincères pour peu de faire l’effort d’opérer le premier pas.
Heureux seront ceux qui feront le pari de la découverte en appréhendant un nouvel univers à côté duquel même l’ambre local semblera la moindre des richesses...

Informations utiles :

Office du tourisme lituanien
Ambassade de Lituanie en France
Ambassade de France en Lituanie

[1] Période durant laquelle s’illustra Adolfas Ramanauskas, au sein des Frères de la Forêt (Miško Broliai). Sa capture en 1956 puis la répression de l‘insurrection de Budapest scellèrent les espoirs d‘une libération par les forces occidentales s’appuyant sur des forces nationales. Pour une étude plus circonstanciée et étayée sur la question, veuillez vous rendre sur ce site (en langue anglaise).

[2] Evénement relaté sur Wikipédia (en langue anglaise).

[3] Je fus particulièrement surpris de constater que loin de n’être parlée que par les générations pré-indépendance, la langue russe restait employée par les plus jeunes générations.

[4] Intégration au sein de l‘Union européenne en 2004 après ratification préalable par la population en mai 2003. Le résultat du référendum fut un score sans appel de 91 % en faveur de l‘entrée au sein de cet espace politico-économique.

[5] La fête de la Saint-Jean, fort populaire dans le pays, est typique de cette expression païenne perçant sous le vernis catholique où le brasier entretenu n‘est que la surface émergée d‘un ralliement religieux de façade.

[6] Article sur Wikipédia. A signaler aussi à Palanga, ville côtière, la persistance du conte relatant l‘amour entre Jūratė, déesse de la mer, et Kastytis, un simple pêcheur, racontée de génération en génération.

[7] Article sur Wikipédia.

[8] Bien que le célèbre romancier Romain Gary soit natif de Vilnius.

MAJ : Il est assez symptomatique que j'en arrive à insérer un addendum un texte initial, non pour lui apporter des corrections mineures, mais pour en modifier l'idée substantielle. Or pourtant tel est le cas après un voyage récent m'ayant mené dans les trois Pays Baltes avec un retour à la clef en Lituanie. Ce pays qui m'avait laissé une si bonne impression voici quelques années. Qu'y ai-je retrouvé? Un peuple amorphe, où la communication semble avoir été piégé dans le rigoureux frimas balayant le pays et où toute tentative de lier contact se heurta à une indescriptible fin de non recevoir. Une impression de ternitude contrastant avec le décor ambiant de Vilnius, au point de donner raison à cette connaissance rencontrée sur place que cette ville n'était pas au fond la leur et qu'il suffisait d'observer ces gens pour constater qu'ils ne faisaient aucunement corps avec leur environnement.
Du reste, mes voyages à Kaunas et Šiauliai ne purent que me conforter grandement dans ce désagréable sentiment.
En somme, un voyage en solitaire qui me permit de déciller les yeux et, malheureusement, d'amoindrir considérablement ma première impression. Sans savoir pour autant si je m'étais fourvoyé ou si la crise avaut provoqué postérieurement à ma venue un véritable malaise ayant déteint sur l'ensemble du corps social...

mardi 23 décembre 2008

Coupure de ligne et mondialisation numérique (2ème partie)

Au sein d'un billet précédent, en date du 1er février de cette année, j'avais attiré votre attention sur la vulnérabilité du réseau internet ainsi que sa tentaculaire importance mondiale.

Bis repetita, voici que depuis le 19 décembre dernier une nouvelle coupure a été signalée de trois cables sous-marins reliant le continent Européen à ceux de l'Afrique et de l'Asie, occasionnant de très nettes perturbations du trafic.

La localisation du sectionnement desdits cables indiquerait un endroit compris entre la Sicile et la Tunisie, et concernerait Sea Me W3, Sea Me W4 et FLAG.

Si les réparations sont déjà amorcées, l'on peut (et doit) se poser la question de la fiabilité de ces réseaux ainsi que de l'origine de leur dysfonctionnement tout en saisissant mieux combien nous restons à la merci d'un black-out télécommunicationnel. Le désordre engendré ne serait-ce que par quelques heures de privation d'Internet est aisément compréhensible, sans compter que désormais des applications autres que la simple navigation sont liées à la connexion telle que la téléphonie (ou voIP). Accidentelle ou intentionnelle, cette nouvelle avanie des liaisons Europe-Afrique/Asie se doit d'être pris bien plus au sérieux qu'un simple entrefilet dans les nouvelles du jour.

mercredi 3 décembre 2008

Le changement dans la continuité... to be continued


Le nouveau Président des Etats-Unis n'a pas encore pris ses fonctions que déjà se dessine le changement dans la continuité.

Eloigné de la ferveur généralisée en Europe, je m'étais défié de l'Obamania ambiante de ces dernières semaines. Par pur pragmatisme. Et aussi parce que je crois fermement que le Pouvoir (P majuscule de rigueur) façonne les êtres, et qu'il les oblige à passer par les fourches caudines de la realpolitik. On pouvait effectivement relever le caractère historique de l'élection de Barack Obama à la Présidence Américaine en tant que représentant de la minorité noire, cependant bien trop de journalistes sembleraient s'être arrêtés à cette analyse que l'on peut qualifier sans ambages de très superficielle... D'autant que contrairement à ce que bon nombre de rédacteurs semblent ignorer, la première minorité aux Etats-Unis ne concerne plus les noirs mais les hispaniques, et les projections actuelles semblent accréditer le fait qu'ils représenteront à terme 30% des Américains d'ici 2050. Cette part de plus en plus conséquente au sein de la population a d'ailleurs été l'objet d'une vive polémique voici deux ans au Congrès, avec pour effet de consacrer l'Anglais en tant que langue officielle des Etats-Unis et d'en rendre la connaissance obligatoire pour l'obtention de tout titre de séjour. Nul doute que les Sénateurs Américains eurent vent de certaines données démographiques pour prendre une telle décision...

Pour clore la digression et en revenir au sujet initial, avouons que reconduire des anciens de l'équipe Clinton, sa femme y compris, ainsi que des affidés de Georges Bush peut difficilement être perçu comme le réel changement spectaculaire que l'on nous vend dans les principales gazettes.

Nos amis journalistes et politiciens à courte vue ont juste oublié une chose, essentielle pourtant : le Président des Etats-Unis a pour mission de prendre en main les rênes des Etats-Unis, pas de la France, de la Suisse ou du Sri Lanka. Cette lapalissade n'en est pourtant pas tellement une si l'on reprend les nombreuses déclarations béates ayant parsemé de leur ineptie les journaux et revus (papiers comme numériques).
En être réduit à attendre d'autrui le salut est un signe quelque peu pessimiste dans la croyance en ses propres forces et capacités. C'est un peu la démonstration que, trop fatigués, certains pays s'en remettent à d'autres pour leur destin. L'Histoire est un cycle de vie et de mort de civilisations, pour celles où le flux de la volonté de vie ne circule plus, le cimetière ouvre toujours ses portes.