dimanche 24 février 2008

Cybercrimes et châtiments en Russie


Il est des auteurs sur Agoravox dont on sait à la simple évocation de leur nom/pseudonyme que l'article sera d'une qualité satisfaisante tant sur la forme que sur le fond.
Charles Bwele est un de ceux-là. Ses diverses notes touchant de près ou de loin aux TIC ayant été régulièrement salués favorablement par les lecteurs d'Agoravox.

Le dernier en date vient d'être approuvé tout aussi largement par la communauté Agoravoxienne, d'autant qu'il traitait d'un sujet peu évoqué mais passionnant: le milieu du hacking Russe.
L'auteur ne s'est pas contenté de dresser une simple photographie de la situation existante, il a tenté de déterminer le plus précisément possible la source d'une telle émergence de petits génies prêts à mettre à genoux les sociétés occidentales.

Je ne tiens pas à vous en dire plus, ce serait vous gâcher le plaisir de la découverte... Je me permettrais simplement de mentionner que l'article en question est consultable ICI.

mardi 19 février 2008

Qui veut la peau des industries de l'électronique?


Article paru sur Agoravox le 21 février 2008

"Chi ha mangiato il diavolo, mangia anche le corna" - on ne mange pas le diable sans en avaler les cornes dit un proverbe italien s’appliquant admirablement bien à la situation mouvementée que vit la commission chargée d’établir l’assiette de la taxe pour copie privée. La taxe concernant tous les supports amovibles susceptibles d’accueillir la reproduction d’œuvres protégées par le droit d’auteur. Or la gourmandise insatiable de ladite commission semble être parvenue à un tel niveau pour les membres de l’industrie électronique que sa crédibilité est désormais en jeu et que le point de rupture est proche.

Quelque peu ulcéré par la façon dont la commission sur la copie privée entérinait des décisions sans même se soucier des conséquences économiques à l’égard des industriels comme des consommateurs, je m’étais permis voilà quelques mois de rédiger sur Agoravox un court article afin de manifester ma vision de la situation. L’article étant toujours disponible ici.

Il semblerait que la situation empire et que le manque de crédibilité de la commission, dite aussi commission d’Albis, soit désormais mise à nue comme l’indique cet article de ZDNET dont je vous fournis un extrait :
La crise couve au sein de la commission d’Albis, chargée de fixer les rémunérations à appliquer aux supports numériques. La veille du vote sur la taxation des smartphones, les quatre syndicats d’industriels - Simavelec, Sfib, Secimavi et SNSII - annoncent qu’ils quittent la table des négociations. « Il n’y a plus de discussion au sein de cette commission qui est une machine à perdre ; toutes les décisions vont dans le même sens qui est d’appliquer la redevance pour copie privée au plus grand nombre de supports possibles », dénonce Bernard Héger, délégué général du Simavelec. « Nous sommes pour le financement de la copie privée, mais cela ne doit pas être fait n’importe comment. » [1]

En somme, à force de trop traire la vache jusqu’à épuisement, il ne faut pas s’étonner que celle-ci désire s’enfuir de l’étable.
Il est juste regrettable que les pouvoirs publics s’obstinent à ne pas comprendre le potentiel économique lié au monde informatique en préférant récompenser les situations de rente et non les acteurs ancrés dans l’innovation.

Signalons en outre qu’effectivement le principe de cette taxe a été accordé de façon particulièrement généreuse par le législateur puisque selon l’article L311-1 du Code de la propriété intellectuelle : Les auteurs et les artistes-interprètes des oeuvres fixées sur phonogrammes ou vidéogrammes, ainsi que les producteurs de ces phonogrammes ou vidéogrammes, ont droit à une rémunération au titre de la reproduction desdites oeuvres, réalisées dans les conditions mentionnées au 2e de l’article L. 122-5 et au 2e de l’article L. 211-3. Cette rémunération est également due aux auteurs et aux éditeurs des oeuvres fixées sur tout autre support, au titre de leur reproduction réalisée, dans les conditions prévues au 2e de l’article L. 122-5, sur un support d’enregistrement numérique.
Or comment peut-on évaluer sérieusement la présence de telles œuvres sur des supports amovibles telles que les clés USB par exemple ? De plus, autre versant du problème : si cette rémunération est destinée à s’acquitter de la copie privée, pourquoi cette dernière devrait-elle encore exister puisque ce droit, ou plutôt exception en réalité, est de moins en moins effectif et surtout amoindri par la jurisprudence Mulholland Drive ? Cette dernière précisant très clairement que la copie privée ne constituait qu’une exception légale aux droits d’auteur et non un droit reconnu de manière absolue à l’usager... l’atteinte à l’exploitation normale de l’oeuvre, propre à faire écarter l’exception de copie privée s’apprécie au regard des risques inhérents au nouvel environnement numérique quant à la sauvegarde des droits d’auteur et de l’importance économique que l’exploitation de l’œuvre.
Dernier point : ne fait-on pas une confusion malsaine et hâtive entre copie privée et contrefaçon pour l’établissement de cette taxe ?

Les mêmes zones d’ombre dénoncées dès le début du fonctionnement de la commission perdurent [2], aggravées en sus par les dissensions entre membres. Les ministres de la Culture successifs n’ont pour le moment daigné qu’entendre un seul et unique son de cloche, mais pourront-ils longtemps feindre que l’industrie de l’électronique/informatique ainsi que les acteurs de l’économie de l’immatériel risquent de choisir à terme des cieux plus cléments pour leur épanouissement ? La convergence de vue entre industriels et consommateurs est désormais un signal d’alerte très clair, étant le résultat d’une gabegie entretenue sciemment par l’esprit du lucre à court terme.

Pour information, cette redevance aura généré en 2006 selon les sources officielles 71,8 millions d’euros pour Copie France et 82,1 millions d’euros pour la Sorecop, soit un total de 153,9 millions d’euros. Somme rondelette s’il en est. Bien entendu, en l’absence des données pour 2007, on peut supputer que l’élargissement de la taxe à des supports tels que les cartes mémoires, les disques durs multimédias et les clés USB aura généré des revenus encore supérieurs.
La parole est à Mme le ministre de la Culture qui, au lieu de s’attaquer à des moulins à vent, ferait mieux de recadrer la mission réelle de la commission, sous peine de voir à terme l’objectif initial être dénué de toute légitimité...

[1] Dans un communiqué de presse en date du 4 février 2008, M. Lelièvre n’hésite pas à annoncer clairement son inquiétude à ce sujet : Le président du Simavelec a tenu à insister sur le fait que la mobilisation du pouvoir d’achat du consommateur pour franchir ces diverses étapes de l’expansion du numérique sera déjà importante, et que tout renchérissement par diverses taxes rendra l’exercice encore plus complexe (financement du piratage par la copie privée, financement de France Télévisions...).
[2] Pour souvenir, citons l’épisode tragi-comique en novembre 2005 de la taxation de la mémoire flash de l’iPod, passant d’un coup de baguette magique (disons après moult récriminations des industriels, Apple en tête bien évidemment) de 43 à...8 euros ! Preuve d’un certain amateurisme en matière d’établissement d’assiette par cette institution.

dimanche 17 février 2008

La France au bout de quel tuyau?


Article paru sur Agoravox le 15 février 2008

Dans cette toile d’araignée qui prend forme au sein du territoire européen, le maillage des gazoducs exprime à la fois le besoin comme la dépendance énergétique du vieux continent. Au sein de ce jeu géoéconomique d’envergure de par les dimensions géographiques comme économiques, la France n’est pas encore fixée sur son rôle réel et la Turquie ne semble pas vouloir lui faciliter la tâche... Entrons dans les coulisses de cette opération d’envergure.

Au départ existe le tentaculaire Gazprom, dont viennent d’être fêtées en grandes pompes les 15 années d’existence [1]. Ensuite, survient la crise gazière entre l’Ukraine et la Russie en décembre 2005/janvier 2006, qui fit prendre conscience à l’Union européenne, par des perturbations plus ou moins sérieuses, de la fragilité de son approvisionnement en cas de crise affectant un pays où transite l’or bleu. Puis arrive la décision du même Gazprom de pallier ces problèmes avec son proche étranger en multipliant les nouveaux gazoducs, tel Nord Stream, véritable ligne directe entre la Russie et l’Allemagne (dont un tronçon sous-marin représentant une réelle prouesse technique puisqu’il devrait s’étendre sur presque 1 200 kilomètres) et South Stream où la Russie ambitionne de relier les pays d’Europe du Sud via la mer Noire. Pour parachever le décor, le projet Nabucco est lancé mi-2006 par un groupe d’Etats décidés à s’affranchir de la mamelle Russe : y prendront part la Turquie, la Bulgarie, la Roumanie, la Hongrie et l’Autriche avec pour objectif de s’approvisionner au Turkménistan, en Azerbaïdjan et... en Iran !

Mais quid de la France dans ce schéma me demanderez-vous ?
Hé bien, ce n’est pas simple. Disons à la fois sur les deux tableaux : South Stream et Nabucco.
En réalité, c’est toute l’ambiguïté de la politique énergétique française sur la question : Nicolas Sarkozy avait affirmé lors de sa visite en Hongrie le 14 septembre 2007 voir la France associée au projet Nabucco. Souhait réitéré le 4 février 2008 lors de son séjour en Roumanie.
Cependant, il y a parfois un gouffre entre un souhait et la réalité effective de l’opération, et Gaz de France l’a appris récemment à ses dépens en se voyant refuser l’entrée au sein du club, le groupe énergétique Allemand RWE AG lui ravissant la place sollicitée.

Plusieurs conjectures ont bien entendu été avancées au sujet du rejet de la candidature de GDF : insuffisance de l’apport financier et technique en faveur du projet ; lobbying intensif et efficace du concurrent allemand ; opposition de la Turquie pour protester contre la reconnaissance par voie législative du génocide arménien par les assemblées françaises, en sus des déclarations du président français sur l’entrée de ce pays au sein de l’Union européenne... Voire toutes ces raisons en même temps.

Pour autant, la situation est-elle définitivement compromise ? GDF ne s’y est pas trompé et s’est lancé dans une partie de poker menteur : la compagnie gazière s’étant déclarée prête à entrer de plain-pied au sein du programme South Stream, et lier ainsi son destin avec le consortium russo-italien Gazprom-ENI.
De la sorte, GDF manifeste son intérêt pour cette alternative qui pourrait lui permettre de nouer un partenariat juteux et ambitieux avec deux grandes pointures européennes du secteur. Et dans le même temps, signifier son vif mécontentement vis-à-vis des membres du projet Nabucco, de façon suffisamment prononcée mais sans franchir le seuil irrémédiable de non-retour.

Deux points complémentaires à apporter pour mieux appréhender les enjeux relatés dans cet article :
Il est évident que Nabucco est sur le papier un projet porteur de beaucoup d’espérances : les données techniques parlent presque d’elles-mêmes. 3 300 kilomètres de pipeline et 13 milliards de mètres cube délivrés annuellement, avec un pic à 31 milliards avancé par certains spécialistes, pour un coût estimé à 5 milliards d’euros et dont l’entrée en activité effective est prévue pour 2013 (tout comme South Stream par ailleurs). Or, certains experts mettent en doute la rentabilité du projet puisque le pic annoncé dépend en grande partie du rôle que jouera l’Iran [3], et l’on sait actuellement que la stabilité future de ce pays est tout sauf assurée. De plus, soufflant le chaud et le froid, Gazprom a récemment envisagé sa participation en tant que partenaire du programme [4] ! Bluff certainement, il n’empêche que le géant russe place ses pions, directement ou indirectement comme récemment avec le rachat de la principale société serbe énergétique, NIS [5].
Le deuxième point concerne Gaz de France qui est en pleine incertitude quant à sa fusion avec Suez. Et l’on sait que l’incertitude est un facteur peu apprécié lors des négociations de haut vol.

Bien entendu, l’article est très synthétique, ne rentrant guère dans les querelles de techniciens pour mieux se concentrer sur le rôle de la France à travers son représentant GDF tout en soulignant le jeu très serré entre les pays participants, louvoyant entre ressentiment et double jeu.
Il n’empêche que GDF est dans une position critique car il n’est pas exclu que sa décision fera du groupe un acteur majeur européen ou une proie tentante par sa mise à l’écart des principaux réseaux de distribution en devenir.

Affaire à suivre de très près ces prochains mois...

Crédit photo : AFP

MAJ du 18 février 2008 :
Gaz de France (GDF) a retiré sa candidature au projet européen de gazoduc Nabucco, a affirmé le secrétaire d'Etat français chargé du Commerce extérieur Hervé Novelli, au premier jour d'une visite en Turquie.
Source : AFP

mercredi 6 février 2008

Quand 46 millions d'internautes nous tendent la main


La Russie comptera 46 millions d'internautes actifs vers la fin 2008, a annoncé le ministre russe des Technologies et des Communications Léonide Reïman. "Le nombre d'internautes progresse vite (en Russie), et on prévoit qu'il y aura 46 millions d'utilisateurs actifs vers la fin 2008", a-t-il déclaré à la radio Echo de Moscou. Selon le ministre, la Russie comptait 35 millions d'internautes fin 2007. Vers la fin 2008, dans chaque localité russe dont la population dépasse 500 habitants, il y aura un centre d'accès collectif à l'Internet, a ajouté M. Reïman.
Source : AFP

Et alors pourrait-on ajouter?
Hé bien c'est le signe que le commerce électronique pourrait prendre un essor considérable en Russie (qui devra cependant aller de pair avec la possession croissante de cartes bancaires, et de ce point de vue ce pays a pris un peu de retard, pour des raisons principalement structurelles mais aussi psychologiques vis à vis du capitalisme). Car si l'ambition première d'Internet était et reste l'échange de connaissances par delà les frontières physiques (le Web 2.0 n'étant qu'une évolution à un niveau supérieur de cette ambition), l'échange de biens et services n'est jamais loin de toute évolution technique.

C'est aussi une excellente nouvelle pour les entreprises occidentales désirant nouer des partenariats stratégiques dans leur secteur ou tout simplement vendre leurs produits sur le territoire de la Fédération de Russie: prendre contact en récupérant les données des interlocuteurs Russes ou exposer sa vitrine en langue Russe ne prendront plus des allures de montagnes inaccessibles.

Assurément, il faut dépasser l'aspect purement statistique de l'annonce, tant on ne peut éluder tout l'intérêt du renforcement des liens commerciaux potentiels entre la Russie et les pays occidentaux.
A charge pour les entrepreneurs de part et d'autre d'effectuer les efforts conséquents pour ne pas laisser en jachère une telle avancée: un pont numérique existe, autant l'utiliser...

vendredi 1 février 2008

Coupure de ligne et mondialisation numérique


Agoravox est une mine insoupçonnée d'analyses pertinentes et d'informations essentielles. A ce titre, et contrairement à la plupart des médias traditionnels Français, l'accident qui vient d'avoir lieu au large de l'Egypte est assez sérieux pour faire prendre conscience d'une part d'un des aspects de la mondialisation dans le secteur numérique et d'autre part de la facilité de boulerverser la vie quotidienne et l'économie de plusieurs pays connexes.

De fait, permettez moi de vous proposer cet article d'un rédacteur d'Agoravox faisant le point, même brièvement, sur cette nouvelle qui n'eut droit qu'à l'indifférence de la presse Française. Pourtant, cet évènement laisse planer bien des questions dont les conséquences peuvent être dramatique en matière de crise d'ampleur régionale.

Le début de l'article:
Les câbles sous-marins à haut débit (des épines dorsales d’Internet, les backbone) ne sont pas si nombreux, ils ont une histoire et des noms : Flag (de Tokyo à Londres) et SeeMeWee-4 (de Marseille à Suez) ont cessé de fonctionner mercredi 30 janvier, abîmés par l’ancre d’un bateau au large de l’Egypte. Les réparations devraient prendre de une à deux semaines, entraînant des interruptions de service pour des centaines de millions d’utilisateurs privés et professionnels sur au moins deux continents : en Afrique de l’Est, une grande partie de l’Asie du Sud, et dans tout le Moyen-Orient.
...

MAJ: PCInpact rapporte effectivement un fait confortant mes appréhensions, puisqu'il semblerait bien que cette interruption des communications à cause d'un "accident" ne soit justement pas tout à fait fortuite.
La thèse officielle de la rupture du câble sous-marin Falcon, reliant les Émirats Arabes Unis à la République d'Oman, explique que la rupture est due à une ancre de bateau. Cette information officielle n'explique cependant pas les dommages causés aux quatre autres câbles. Certains experts doutent même de cette thèse, sachant que les câbles en question sont situés à une très grande profondeur, dans une zone très peu traversée par les bâtiments marins.