mardi 29 janvier 2008

De nouvelles noces pour Alice?


Au sein d’un précédent article, je vous avais mentionné la vente officialisée du FAI Alice par la maison mère Telecom Italia. Il semblerait bien que cette dernière ait suscité l’intérêt du principal cablo-opérateur Français, à savoir Numéricable si l’on en croit une dépêche de l’agence Reuters: Ypso, holding de contrôle du câblo-opérateur Numericable, aurait formulé une offre sur le fournisseur d'accès à internet Alice, filiale de Telecom Italia. Ypso aurait déposé un dossier en milieu de semaine dernière auprès de Calyon, la banque d'affaires du Crédit agricole mandatée par Telecom Italia pour vendre sa filiale française.
A charge pour les dirigeants d’Alice d’étudier la proposition et de débuter les négociations afin de permettre à Telecom Italia de se retirer sans trop de casse du marché Français.

Quant à Numéricable, une telle acquisition prouverait que sa fringale d'acquisitions est encore loin d'être assouvie, et que sa progression ne souffre guère des plaintes à répétition des consommateurs (la nouvelle campagne publicitaire ainsi que les substantiels efforts techniques opérés par le groupe semblent cependant porter leurs fruits et même susciter les félicitations de certains journaux en ligne).

dimanche 20 janvier 2008

Quand la CNIL pointe sa truffe sur Facebook


La saga Facebook continue, et à travers elle cette émergence de réseaux sociaux virtuels.
Les doutes dont j’avais fait état quelques articles auparavant semblent dorénavant être partagés par la CNIL elle-même : pour preuve, cet article de ZDNet :
La Cnil considère que le réseau social présente des risques au regard de la protection des données privées. Elle lui réclame des informations sur la conservation des données de ses membres et sur leur utilisation à des fins publicitaires est-il écrit.

Car toute chose se paye tôt ou tard, et il serait bien naïf de penser qu’un tel succès ne soit pas amené à terme à monnayer ses services, directement (abonnement payant) ou indirectement (par la publicité). Derrière la question de Facebook, c’est toute une réflexion sur la viabilité économique de ces nouveaux réseaux qui se doit d’être posée, et de manière connexe, l’utilisation commerciale des données fournies volontairement par tout membre.

La demande de la CNIL devrait permettre dans un premier temps d’éclaircir la question des données personnelles. Même si dans les conditions d’utilisation et de politique de vie privée il est possible de lire ceci :
You post User Content (as defined in the Facebook Terms of Use) on the Site at your own risk. Although we allow you to set privacy options that limit access to your pages, please be aware that no security measures are perfect or impenetrable. We cannot control the actions of other Users with whom you may choose to share your pages and information. Therefore, we cannot and do not guarantee that User Content you post on the Site will not be viewed by unauthorized persons. We are not responsible for circumvention of any privacy settings or security measures contained on the Site. You understand and acknowledge that, even after removal, copies of User Content may remain viewable in cached and archived pages or if other Users have copied or stored your User Content.
Ainsi que :
Facebook may also collect information about you from other sources, such as newspapers, blogs, instant messaging services, and other users of the Facebook service through the operation of the service (e.g., photo tags) in order to provide you with more useful information and a more personalized experience. By using Facebook, you are consenting to have your personal data transferred to and processed in the United States.Et pour la question de l’utilisation commerciale du service, un début de réponse :
We let you choose to share information with marketers or electronic commerce providers through sponsored groups or other on-site offers.
We may offer stores or provide services jointly with other companies on Facebook. You can tell when another company is involved in any store or service provided on Facebook, and we may share customer information with that company in connection with your use of that store or service.

L'importance de l'immixtion de la CNIL dans le débat ne doit pas être lénifié. Car de son analyse ressortira une appréciation plus juste de l'utilisation des bases de données de ces réseaux mais aussi de leur exploitation commerciale. Trop aveuglés par une prétendue gratuité, les utilisateurs ne sont pas toujours bien à même d'appréhender les enjeux planant sur leur personnalité numérique.

mardi 8 janvier 2008

Si jeune et déjà délaissée



C’est désormais officiel car émanant de la société mère Telecom Italia, la nouvelle est en définitive tombée : Alice, le dernier opérateur a être entré sur le marché des FAI (fournisseur d’accès Internet), est mise en vente !
La nouvelle était connue depuis le 12 novembre 2007 et avait été relayée par les principaux médias d’informations, généralistes ou spécialisés. Toutefois, aucune procédure formelle n’avait été initiée dans l’optique d’une cession partielle ou totale de la société, comme le rappelle cet article du Journal des Télécoms, ce qui laissait à penser qu’un délai de réflexion et de prospection était accordé à Alice. Et ce d’autant qu’un accord sur la mise à disposition de musique en ligne (moyennant des mesures techniques de protection, plus connues sous l’acronyme anglais DRM) avait été conclu avec la major EMI le 7 décembre 2007.

Las, Telecom Italia a préféré ce lundi jeter l’éponge en chargeant Calyon, une filiale du Crédit Agricole spécialisée dans le financement et l'investissement, de négocier les conditions de cette vente.
Les chiffres récurrents évoquent 882 000 abonnés, et une valorisation à hauteur de 600/650 millions d’euros.
Maintenant il est évident que le marché des FAI est arrivé à un degré de maturité mais aussi de concentration très poussé, ce qui pose d’office la question primordiale de savoir qui serait intéressé par un tel rachat ? Neuf, Free, Numéricable, Bouygues Télécom ou un financier tiers au monde des télécommunications, un fonds d’investissement (hedge fund) notamment ?

Ne manquera pas non plus l’obligation de se poser la question de l’échec de la pénétration de Telecom Italia sur le marché Français, et ce malgré une campagne médiatique que l’on peut qualifier de dynamique.

vendredi 4 janvier 2008

Bons baisers de Russie pour 2008


Article paru sur Agoravox le 31 décembre 2007

Le Time désigna fin décembre Vladimir Poutine comme homme de l’année 2007 : à la fois hommage et constat d’une fin de double mandat ayant marqué la politique mondiale du sceau russe. Car le président de la Fédération de Russie a incontestablement symbolisé le retour de son pays dans les affaires géopolitiques d’envergure, et ce quelles que furent les avanies intérieures [1]. Inexorablement, la Russie redressa l’échine, retrouva sa confiance et sa fierté, et l’ours commença à sortir de sa tanière de plus en plus souvent, n’hésitant pas à sortir les griffes envers quiconque osant remettre en cause son nouveau statut. En ce début d’année 2008 sous le signe de l’élection présidentielle, quels seront les axes prioritaires pour le futur dirigeant du plus grand Etat du monde?

Les relations diplomatiques avec les Occidentaux

S’agissant de l’Union européenne, les autorités russes privilégient souvent l’approche bilatérale avec chaque Etat membre, délaissant volontiers le dialogue avec les instances de Bruxelles. Il y a moins à parler de la part du pouvoir russe d’une méconnaissance du fonctionnement des organes communautaires qu’au contraire une clairvoyance quant à l’absence de ligne directrice claire et commune par les 27. C’est d’autant plus souhaitable que les sommets UE-Russie sont rarement le théâtre d’avancées concrètes.

Il serait fastidieux de procéder à une liste exhaustive des relations avec tous les Etats membres de l’Union, l’on peut néanmoins signaler que globalement la Russie a perdu ses meilleurs soutiens ces dernières années. L’Italie, la France et l’Allemagne étaient les pays les mieux disposés envers le pouvoir russe. Désormais, et du fait de récentes élections, ces mêmes pays font assaut de critiques négatives plus accentuées, sans cependant atteindre la franche hostilité du Royaume-Uni [2].
L’élargissement de 2004 amena un nouveau contingent de pays faisant de leur ressentiment la donne principale en matière de politique étrangère avec la Russie : la Pologne n’hésitant à bloquer toute négociation sur un nouvel Accord de Partenariat et de Coopération (datant du 24 juin 1994 et nécessitant d’être mis à jour) entre l’Union européenne et la Fédération de Russie [3].

La crise du bouclier anti-missile devant être déployé en République tchèque et en Pologne ne fut pas non plus à même d’atténuer les différends déjà nombreux avec les divers pays d’Europe.
Et pour enfoncer le clou, le projet Nabucco, censé concurrencer celui de Gazprom plus au nord, est supporté ostentatoirement par plusieurs Etats comme l’Autriche, la Roumanie, la Turquie et la Hongrie (avec un apport technique provenant de la société allemande RWE AG) : si la volonté de diversification énergétique est louable, il est évident que cette politique heurte de plein front celle de la Russie actuellement premier fournisseur de gaz de l’Europe. Dans un contexte plus serein, ce projet aurait été accepté plus facilement, ce qui n’est pas le cas actuellement.

Restent les Etats-Unis d’Amérique, et là c’est plutôt un jeu diplomatique d’ami-ennemi, dont le mouvement de balancier penche plus désormais vers le côté ennemi [4]. Il faut dire que l’influence nouvelle et réitérée de la Russie à chaque fois que nécessaire sur les questions du Kosovo ou du nucléaire civil iranien n’a pas l’heur de rasséréner Washington sur sa stratégie mondiale. Si en 2003 la Russie avait ouvertement dénoncé l’intervention américaine en Irak, elle ne put l’empêcher. Dorénavant toute action belliqueuse provenant de l’establishment états-unien sera plus difficile à mettre en œuvre, par peur du casus belli. Et le risque est réel, amplifié même par la conjonction de vue entre la Russie et la Chine : or toute première puissance mondiale qu’ils sont, les Etats-Unis devinent très bien les conséquences néfastes potentielles en s’aliénant le plus grand Etat du monde et celui du plus peuplé !

Malgré les quelques mots de sympathie réciproque échangés de temps à autre entre les deux présidents, un malaise réel est perceptible et gangrène les relations entre les deux anciennes puissances de la guerre froide. Reste à voir si les élections américaines prévues en 2008 amèneront un nouvel homme d’Etat plus avisé et diplomate dans ses objectifs géopolitiques que l’actuel hôte de la Maison-Blanche.

Somme toute, la Russie apparaît assez isolée face aux Occidentaux. Il est presque permis de penser que nous sommes témoins d’un effet retour vers le futur en mettant de nouveau face à face les protagonistes de la guerre froide (nonobstant les anciens pays du Pacte de Varsovie). Cette situation explique les relents de nationalisme parcourant sporadiquement la société russe, et le discours parfois martial de Vladimir Poutine.

L’ordre social et la démographie


Et là nous sommes dans un véritable casse-tête explosif à terme. Les années 90 ont consacré deux faits majeurs : une immigration de masse vers les pays occidentaux, saignant le pays de ses ressources humaines et une baisse du taux de natalité catastrophique [5] avec un indice de fécondité désormais stabilisé à 1,3 enfant par femme (légère hausse par rapport aux années précédentes, mais toujours largement insuffisant pour espérer un renouvellement générationnel).

La démographie est un facteur essentiel à prendre en compte pour l’avenir du pays et c’est à ce titre qu’un plan ambitieux dit Conception démographique fut entériné récemment par le président actuel et sera à la charge du prochain. En conséquence de quoi, des mesures législatives et des levées de fonds sont déjà en cours d’élaboration pour accroître de façon soutenue la natalité en Russie et surtout remettre à flot le système de santé qui fit les frais de la libéralisation à outrance des années 90. Je vous signale à ce titre un document particulièrement instructif sur la question, publié début 2007 et en provenance de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques), au format PDF et en version anglaise uniquement. Vous en profiterez pour constater que la Fédération de Russie ne dépense qu’un peu plus de 4 % de son PIB en matière de santé : nous sommes très loin des 10,5 % français...

Le contexte social est lui stable, mais pas forcément à l’abri de troubles à venir. Je vous recommande de lire la première partie de l’article de Philippe Vassé à ce sujet pour prendre connaissance de l’émergence de grèves de certaine ampleur, comme celle des cheminots en novembre dernier à Saint-Pétersbourg. S’ajoute la question lancinante des pensions de retraites, d’autant plus cruciale que les têtes grises furent déjà celles qui subirent la crise de 1998, y perdant la quasi-totalité de leurs économies [6]. Cette couche de la population votant souvent favorablement et massivement en faveur du parti communiste, tant à la fois par effet nostalgique que par volonté de ne plus voir leur niveau de vie s’effondrer à nouveau [7].

Le niveau de vie général s’améliore, avec cependant des disparités importantes en fonction des régions : sans surprise, travailler à Moscou permet d’espérer un salaire bien plus élevé qu’en province (20 000 roubles environ, soit 554 euros au cours du 30/12/2007, chiffre à prendre avec énormément de précaution car ne tenant pas compte des revenus dissimulés aux yeux des services fiscaux, un véritable sport national). Selon Rosstat, le service fédéral des statistiques d’Etat, le salaire moyen russe en 2007 était de 12 200 roubles (338 euros), et a suivi entre 2000 et 2006 une augmentation continue dans une fourchette comprise entre 9 et 12 %. L’apparition d’une classe moyenne, malgré l’existence toujours prégnante d’un fossé entre une couche de la population réduite à la misère et une autre nageant dans une opulence indicible, est tout à la fois une bonne nouvelle attestant l’existence d’une amélioration du niveau de vie et débouchant sur la croissance soutenue du marché domestique, mais est en même temps le ferment de nouveaux besoins à grande échelle, et en corollaire de nouvelles revendications sociales futures [8].

Autre cheval de bataille : la corruption, et pour ce faire le président Poutine a décidé de lutter en amont et non en aval, prenant acte des effets limités, voire nuls des mesures déjà initiées par le passé. Ainsi a déjà été décidé pour février 2008 de rehausser de 14 % les traitements des fonctionnaires, et dans la foulée, accorder 18 % d’augmentation pour les soldes des militaires. A l’international, la législation russe fut retouchée de façon à permettre de lutter plus efficacement contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme pour respecter les mesures préconisées par le GAFI, Groupe d’action financière.

La situation est heureusement loin d’être critique, et les autorités de la Fédération de Russie ont bien des cartes en main pour éviter le pourrissement de maux sociaux pouvant amener des désordres intérieurs. Reste néanmoins le facteur démographique qui demeure inquiétant, et ne peut qu’être réglé que par le truchement d’une politique étatique volontariste.

L’ombre de Vladimir Poutine

Car derrière le nouveau président, nul doute que l’ancien ne sera jamais bien loin, et ce dernier ne s’en est jusqu’à présent jamais caché. A ce jour, il n’est pas possible de déterminer selon quelle forme s’opérera cette influence : en tant que Premier ministre comme souvent annoncé et proposé expressément par Dimitri Medvedev ? Ou en tant que dirigeant du parti Russie unie ? Les dernières données semblent accréditer la thèse d’un Vladimir Poutine Premier ministre en cas de victoire du candidat de Russie unie, à savoir l’actuel vice-Premier ministre adoubé en ce sens [9].

Si des critiques vinrent à sourdre de la part de nombreux intellectuels occidentaux, les milieux d’affaires accueillirent favorablement la désignation du dauphin de Poutine car garant d’une certaine continuité quant à l’ouverture des marchés, offrant une stabilité politique propre à rasséréner les investisseurs.

Medvedev, juriste et Pétersbourgeois [10], apparaît comme un être falot comparé à l’actuel maître du Kremlin. Mais qui aurait parié il y a quelques années sur cet être effacé qu’était Vladimir Vladimirovitch Poutine et bombardé en 1999 par Boris Eltsine Premier ministre ?
De plus, sa proximité avec les milieux d’affaires est un signal clair que la Russie n’a pas pour intention de changer de politique dans le domaine économique. Quant à son souhait de poursuivre les réformes engagées par son futur prédécesseur, il est destiné à rassurer les classes moyennes ne souhaitant pas perdre les fruits nés de la croissance.

Poutine ne restera pas qu’une ombre : trop populaire pour se retirer définitivement du pouvoir, il pèsera par sa présence et ses réseaux sur la future gestion du pays sur le prochain président. Prochain président qui, de toute façon, ne devrait guère lui causer de souci à court terme puisqu’il s’est déclaré ouvertement être l’un de ses plus proches affidés.
Alors, 2008 changement dans la continuité pour la Russie ? Il y a tout lieu de le croire...

[1] Episode du Koursk, prises d’otages dans le théâtre Nord-Ost et à Beslan, assassinat d’Anna Politkovskaïa.
[2] La fermeture des centres culturels britanniques sur le sol russe n’est que la dernière des nombreuses péripéties de la crise affectant les relations entre le Royaume-Uni et la Fédération de Russie.
[3] Le nouveau Premier ministre polonais, Donald Tusk, semblant toutefois plus pragmatique à l’égard de la Russie.
[4] Robert Gates, secrétaire d’Etat à la Défense, a en février 2007 désigné devant le Congrès la Russie comme étant un des pays pouvant menacer à moyen terme la pax americana. Précisons utilement qu’il est détenteur d’un doctorat de l’université de Georgetown s’attelant à l’étude historique de l’Union soviétique.
[5] 8,3/1000 en 1999, remonté à 10,9/1000 en 2007. La France en étant à 13/1000 et les Etats-Unis à 14/1000 pour cette même année.
[6] Analyse de la crise par Regard sur l’Est, article qui, s’il n’a pas été réactualisé, a le mérite d’expliquer la genèse du phénomène.
[7] Analyse de cette dégradation de la situation des retraités russes par Regard sur l’Est.
[8] Article sur l’émergence de la classe moyenne russe, paru sur Eligne.com.
[9] Dépêche de l’AFP à ce sujet.
[10] Courte biographie proposée par RIA Novosti.

mardi 1 janvier 2008