jeudi 9 octobre 2008

Le grand effroi économique

A l’heure où en Europe subit les répliques sismiques de la crise financière n’en finissant pas de secouer les Etats-Unis, l’on peut d’ores et déjà craindre que 2008 lèguera à 2009 un bilan catastrophique où les instituts de crédit auront démontré qu’ils n’étaient que des colosses d’argile dont les actifs ont été trop souvent inconséquemment et impunément manipulés.

Indépassable dogme érigé en vérité suprême par ses thuriféraires, le libéralisme économique [1] prône la dérégulation des marchés en laissant s’effectuer le jeu de l’offre et de la demande. Une telle orientation économique ne peut se faire qu’en limitant au possible toute intervention de l’Etat, notamment dans ses orientations sociales dont le principal défaut selon les libéraux serait d'être un vecteur d'inflation trop conséquent et dommageable pour l'économie.
Le souci c’est que les règles du jeu sont rarement appliquées : ainsi qu’en est-il de la fameuse concurrence libre, loyale et non faussée ?
Dans les faits nous assistons surtout à des situations d’oligopole où l’entente devient la règle en pratiquant une surfacturation des services ou produits proposés. D’où les cris d’orfrais réitérés de ces oligopoles, chacun dans leur cœur de métier, chaque fois que l’Etat menace via des institutions de contrôle d’intervenir. En effet, une situation de rente ne se lâche pas aussi facilement…
Le libéralisme en cette fin de XXème siècle et début du XXIème aura péché par idéologie en faisant reposer le système sur une fuite en avant et sur la création de produits financiers douteux (le moins que l’on puisse dire au vu du résultat actuel). La construction Européenne aura en ce sens accentué et facilité la fragilisation des économies en privant les Etats de moyens importants pour relancer les flux financiers en imposant les fameux critères de Maastricht (plus exactement, critères de convergence), ces derniers garantissant certes à la monnaie Européenne une solidité à toute épreuve, de sorte à éviter une dépréciation trop conséquente mais enlèvant concomitamment toute possibilité aux Etats d'agir par des mesures à grande échelle. Sans omettre la volonté répétée par les instances Européennes de libéraliser des pans entiers de secteurs d'activité, dont certains stratégiques, les laissant désemparés à la merci d'OPA hostiles et du petit jeu aléatoire de la bourse.

Au final, le contribuable va être mis à contribution par suite des défaillances d’une idéologie vantant la non intervention publique dans le macro-circuit économique. Un peu piquant, quoique l’addition risque d’être bien lourde, de constater qu’en cas de sérieuse difficulté, même le plus acharné des libéraux doit reconnaître que l'on ne saurait se passer de la garantie de l'Etat. Fort heureusement, les apprenti-sorciers de l'économie ont de solides relais au sein du monde politique et pourront se permettre de limiter la casse autant que faire se peut en demandant un chèque en blanc au citoyen.
Je vous recommande de lire l'article du Monde sur l'exemple de l'Islande (à ne pas confondre avec l'Irlande!) : pays vanté comme un modèle du libéralisme, ce dernier sombre dans le marasme économique le plus profond.
Extrait :
Un pays en faillite potentielle mendiant à l'étranger un financement à court terme, deux des trois grandes banques nationalisées en catastrophe, une inflation de 15 % et une monnaie, la couronne islandaise, qui, en un an, a perdu 60 % de sa valeur : telle est la situation actuelle de l'Islande. Comment a-t-on pu en arriver là ? C'est la question que se pose l'Islandais moyen en ayant le sentiment de n'avoir participé en rien à cette piteuse équipée.
...
Il y a d'abord un problème intérieur qui n'est pas nouveau : les Islandais, depuis plusieurs générations, vivent à crédit, au-dessus de leurs moyens. Plusieurs générations l'ont fait depuis la guerre, c'est leur culture, et ils ont toujours payé leurs dettes au prix d'un deuxième, voire d'un troisième boulot. On a ici le sentiment de vivre quand on a de l'argent, c'est-à-dire quand on n'en a plus le temps. Mais ce n'est pas cela qui a ruiné l'Islande, même si les banques, caressant les Islandais dans le sens du poil, leur proposaient encore récemment de payer leur logement sur quarante ans sans apport personnel. Les jeunes couples qui ont été tentés le paient aujourd'hui chèrement : leur dette dépasse la valeur de leur bien immobilier. Les générations précédentes s'en sortent un peu mieux. Leurs retraites seront amputées, le premier ministre, Geir Haarde, l'a annoncé sans ambages lundi, car les fonds de pension possèdent un important portefeuille d'actions dans les banques en déroute.
Il faut aussi savourer la tentative de sauvetage par ce pays que l'occident vilipenda voilà peu :
Mardi matin, la banque d'émission a doté la couronne d'un taux fixe (130 couronnes pour un euro), et les Russes ont promis un prêt de 4 milliards d'euros. Ce retour des Russes fait sourire ceux qui se souviennent de la guerre froide.
...
L'Islande a perdu de son importance géopolitique, mais pourrait redevenir intéressante si la fonte des glaces polaires devait transformer le nord des côtes de la Sibérie en autoroute maritime.

[1] Souvent est avancé pour le défendre le fait que le libéralisme économique est aussi porteur du libéralisme politique. S’il est vrai que par un temps les deux cheminèrent ensemble et que certains philosophes avancèrent qu’améliorer le commerce entre les nations c’est aussi leur apporter les bienfaits de la civilisation occidentale, il convient de préciser que les deux ne sont aucunement liés dans les faits : des régimes dictatoriaux peuvent très bien s’accomoder du libéralisme comme un régime libéral sur le plan politique peut très bien adopter une politique plus dirigiste.

Je vous enjoins vivement à vous rendre sur Agoravox tant les articles de qualité ont fleuri ces derniers jours : une réflexion sur Le capitalisme et la démocratie d'Infolibres, un focus sur Paul Krugman devenu l'homme qui avait prédit le krach actuel de Jean Bourdariat, un constat au vitriol de Michel Santi ou encore l'appel à un nouveau Bretton Woods par Mercure.
Bonnes lectures!

1 commentaire:

nous avons la solution a dit…

La recette d’un VRAI Nouveau Bretton Woods

La conférence pour un nouveau Bretton Woods devra agir de toute urgence afin que :

• Le système financier actuel soit déclaré en faillite, mis en règlement judiciaire et remplacé par un nouveau.
• Un système de parités fixes soit accepté et immédiatement mis en place.
• Les produits financiers hyper-spéculatifs, tels que les « produits dérivés », soient mis hors la loi par des accords entre gouvernements.
• Une vaste réorganisation de la dette soit entreprise, certaines dettes devant être rééchelonnées ou annulées.
• De nouvelles lignes de crédit soient ouvertes grâce au crédit productif public, en s’inspirant de la politique d’Alexander Hamilton et du « Système d’économie politique américain », rendant ainsi possible le plein emploi qualifié grâce à des investissements dans un renouveau infrastructurel et technologique.
• Le « pont terrestre eurasiatique » soit réalisé, clef de voûte de la reconstruction économique mondiale et vision qui sera à l’origine non seulement d’un « miracle » économique mais aussi socle de la paix mondiale du vingt-et-unième siècle.
• Un nouveau « traité de Westphalie » soit signé pour garantir la disponibilité, l’exploration et le développement des matières premières en faveur de tous les pays du monde, au moins pour les cinquante ans à venir.

Source : http://www.solidariteetprogres.org/petitionNBW/

David C.
david.cabas.over-blog.fr