mercredi 29 août 2007

Des trous dans la glace


Article paru sur Agoravox le 29 août 2007

Le 2 août 2007, par 4 200 mètres de profondeur sous la calotte polaire et par l’entremise de deux bathyscaphes (MIR-1 et MIR-2), la Russie planta un drapeau en titane marquant symboliquement sa présence et ses prétentions dans l’Océan Arctique. Cette nouvelle mit en ébullition nombre de pays, tels que le Danemark envoyant à son tour une expédition scientifique (non dénuée d’arrière-pensées géostratégiques du fait de la position du Groenland) ou encore le Canada réaffirmant son intérêt pour cette région du globe en lançant une opération d’entraînement interarmes fort inhabituelle de par son envergure et les latitudes touchées (Opération Nanook située près de l’île de Baffin et du détroit d’Hudson).

La Russie ne compte toutefois pas en rester là, puisqu’est prévue une nouvelle expédition en novembre de cette année, entendant notamment maintenir ses prétentions concernant ses droits sur l’extension du plateau continental Russe [1] dite dorsale Lomonossov. Corroborant cette velléité, l’annonce faite le 24 août quant à l’ouverture prochaine d’un centre de développement et de production de sous-marins dédiés à l’étude de la région arctique.

Reste une question primordiale : pourquoi diable s’intéresser à 13 millions de kilomètres carré de désert blanc ?
Tout simplement parce que si la banquise ne recèle guère de ressources naturelles, autres que celles, très relatives commercialement parlant, de la faune et la flore, ses sous-sols en revanche sembleraient (conditionnel de rigueur) renfermer d’importantes ressources énergétiques, 25% des réserves mondiales ( ! ) selon des chiffres circulant sur la toile. Théoriquement, cela pourrait se tenir puisqu’avec le mouvement des plaques tectoniques ainsi que le changement de climat couplé à son inviolabilité par l’homme depuis toujours, de fortes probabilités existent pour que d’importantes zones d’énergies fossiles soient présentes.

Avec un cours des hydrocarbures au sommet, nul doute que les investissements colossaux nécessaires pour une extraction dans ces zones deviendraient de facto plus rentables qu’actuellement. L’Arctique s’inscrivant comme un pari sur l’avenir. Le recul de la banquise sous l’effet d’un réchauffement climatique [2] accentuant en sus cet intérêt en facilitant les projets de forage par la libération d'un accès autrefois condamné la majeure partie de l’année par la glace.

Il apparaît déjà malgré tout que la course dans laquelle s’est engagée la Russie ne se fera pas en solitaire…

[1] En matière de Droit de la mer, et selon les conventions en vigueur, le plateau continental s’étend jusqu’à 200 milles nautiques des lignes de base. Au-delà, une commission ad hoc doit être formée selon les dispositions en vigueur contenues dans l’annexe II article 4 de la Convention des Nations Unies sur le Droit de la mer.
[2] Des observations effectuées par des scientifiques de la NASA tendraient à démontrer clairement un recul de la banquise, constatant en outre pour le premier semestre 2005 une élévation de 2 à 3 degrés par rapport à ces cinquante dernières années. Le NSIDC (Centre National de Données sur la Neige et la Glace, institut Américain) établissant le 17 août de cette année un nouveau record de superficie minimale de la banquise d’été avec 5,26 millions de kilomètres carré. Pour rappel, celle-ci était de 7,5 millions kilomètres carré en 1978.

vendredi 24 août 2007

L'art de la litote



Un entrefilet. Une simple dépêche de l’agence Reuters.
Et pourtant… Que d’interrogations !

Mais auparavant, voici l’intégralité de l’article :
BOSTON (Reuters) - Monster.com a perdu les noms et les informations de contacts de quelque 1,3 million de demandeurs d'emploi dans le monde inscrits sur son site, a annoncé jeudi soir le premier site mondial en ligne d'offres d'emploi.
Le groupe américain indique sur son site internet avoir fermé le "serveur escroc" qui était utilisé pour accéder aux informations et assure également avoir pris contact avec les internautes concernés par le vol des données.

Malheureusement, ces quelques lignes très elliptiques ne relatent pas le principal problème lié à cette perte (qui n’en est pas vraiment une) de données : l’utilisation d’informations capitales à des fins spécifiques.
En effet, si les membres de ce que l’on pourrait appeler un marché de l’emploi virtuel fournissent lors de leur inscription bon nombre de données confidentielles, celles-ci n’ont pas pour vocation à être lues par le tout-venant mais sont visibles uniquement par les recruteurs s’étant enregistrés au préalable*. Or en l’espèce, il y a eu captation de ces données, et près d’un million d’internautes ont vu nombre de leurs informations capitales atterrir dans les mains (ou plutôt disques durs) de personnes tierces. Quelle belle base de données pour des orientations les plus diverses ! A commencer par la publicité agressive avec utilisation des adresses électroniques contenues dans les CV.

Peut-être n’était-ce là qu’une simple démonstration technique de hackers désirant prouver la faillibilité du système de Monster. Peut-être… Mais peut-être pas, et c’est bel et bien là que le problème réside.

* comme l'indique la partie du site consacrée aux clauses générales d'utilisation, le service destiné aux professionnels du recrutement est disponible moyennant rémunération. Exemple: 50 consultations de profils en France pour une seule journée = 380€ ou 19 425€ pour une année de consultations illimitées. Les offres d'entreprises étant basées sur le même système d'abonnement.

samedi 18 août 2007

Comment peler une orange...



La pugnacité d'un Breton vient d'avoir raison d'une clause d'un opérateur de téléphonie mobile jugée illicite par le tribunal d'instance de Rennes.

Quel était le grief de ce jeune chef d'entreprise Rennais? Tout simplement d'avoir souscrit à un abonnement auprès d'Orange lui permettant d'avoir accès à Internet en illimité pour 6€/mois. Offre alléchante dont il bénéficia sans l'ombre d'un problème jusqu'au beau jour où ce service refusa purement et simplement de fonctionner comme à l'ordinaire. Débuta alors un véritable chemin de croix pour cet abonné qui se vit opposer comme seule alternative la souscription à un nouveau contrat (bien entendu plus défavorable).

Là où bien d'autres auraient baissé pavillon, cet entrepreneur, Joël Griffon, décida de saisir la justice. Heureuse initiative puisque celle-ci lui donna raison sur toute la ligne en soulignant que la clause à l'origine du litige était abusive et illicite. Pourquoi? Tout simplement parce qu'elle autorisait l'opérateur à suspendre à tout moment et unilatéralement l'option souscrite par ses abonnés. Une belle aubaine pour Orange... qui ne pouvait cependant durer que tant que les consommateurs se refusaient à saisir la justice tant les sommes en jeu étaient ridicules (6€ en l'espèce).

Le jugement est sévère: 2 500€ pour le demandeur et 500€ par jour de retard quant au rétablissement de l'option Orange Sans Limite. L'affaire serait à suivre car, bien qu'ayant obtenu gain de cause, Joël Griffon n'a toujours pas vu un seul signe de retour à son ancienne offre.

Certes, bien des explications techniques peuvent être avancées (avec une foi plus ou moins mauvaise selon certaines) mais il est indubitable qu'une clause susceptible d'être modifiée sans le consentement exprès de toutes les parties au contrat, ou sans terme défini au préalable est manifestement un abus de situation commerciale favorable d'un professionnel vis à vis d'un consommateur.

samedi 4 août 2007

Arme de désinformation massive

La rumeur en soit est une chose détestable, reposant sur l'incertitude de faits supputés mais devenant une vérité quasi-acceptée en cas d'absence de réaction (ou même de réaction si celle-ci devait être maladroite) du sujet concerné.

Or, avec Internet son effet est démultiplié et peut avoir de très graves conséquences. En effet, si la justice saisie par une personne morale ou une personne physique dénonce les allégations comme étant d'origine calomnieuse, les moteurs de recherche conserveront, eux, toujours une trace de celles-ci pendant un certain laps de temps (pouvant aller à quelques semaines, voire mois si la décision de justice ne fait aucunement l'objet d'un référé). Les dégâts peuvent être considérables dans un tel cas. Nous ne sommes pas loin de cyberguerres commerciales.
En outre, les possibilités d'expression qu'offre Internet (listes de diffusion par messagerie électronique ; forums de discussion ; blogs etc...) accentuent de façon exponentielle les dommages liés à la rumeur en raison du nombre d'internautes susceptibles d'être touchés par celle-ci.

Comme le préconise les Echos dans un article assez intéressant, bien que trop succinct à mon goût, le démenti est l'arme la plus efficace qui soit à condition qu'elle soit utilisée sans tarder. Psychologiquement, le démenti peut aboutir à créer la confusion dans l'esprit de la cible ou du public visé et ce qui aurait pu passer pour une vérité (mais sans fondement tangible) devient du coup caduc: la rumeur devenant un jeu à somme nulle en définitive.
Les entreprises qui lénifieraient ce type d'agression seraient bien avisées de revoir leur stratégie en mettant en place une cellule de cybersurveillance leur permettant de parer à toute éventualité, d'autant que cette même cellule pourrait se voir confier d'autres attributions en terme d'intelligence économique.