vendredi 5 octobre 2007

Les voyages en eaux troubles de Gulliver


Le 3 octobre de cette année, Alex Türk, président de la CNIL, présenta ses préoccupations les plus urgentes devant la commission des lois du Sénat. L’une d’elle méritant notre intention particulière, bien qu’elle ne fasse pas grand bruit : l’affaire Swift !
Si la plupart des gens connaissent ce nom d’auteur Britannique à travers son œuvre la plus magistrale, Les voyages de Gulliver, en revanche très peu savent que c’est aussi l’acronyme désignant la Society for Worldwide Interbank Financial Telecommunication. Elle pourrait se définir succinctement comme une coopérative bancaire permettant d’effectuer des services financiers à distance.

Bien entendu, le réseau fut crypté dans l’intérêt des adhérents de cette coopérative avec comme point d’orgue le BIC (Bank Identifier Code) améliorant la rapidité des transactions.
Seul hic, cette traçabilité favorisa l’espionnage par la CIA de plusieurs millions d’opérations de par le monde: l'affaire ayant été éventée par la presse d'outre-Atlantique en juin 2006 et mit en émoi le G29, le groupe des autorités européennes de protection des données.

Véritable système à la Janus, SWIFT serait donc une structure mondialisée d’échanges en matière financière mais aussi une formidable banque de données pour les autorités Américaines. La CNIL pointa très justement le risque d’une déviation vers le renseignement économique au profit des seuls Etats-Unis se drapant, quant à eux, dans la justification d’une lutte contre le financement du terrorisme.

La CNIL semble par conséquent s’alarmer à juste propos de cette immixtion de services tiers aux opérations bancaires transitant par ce réseau. On pourrait d’ailleurs se demander en outre à quoi servent les réglementations Européennes concernant la lutte contre le financement du terrorisme ? Ainsi que l’utilité pour les pays occidentaux et autres de souscrire aux recommandation du GAFI en prenant des mesures législatives internes ?

L’affaire SWIFT est à prendre avec bien plus de sérieux qu’on ne le fait actuellement car elle signifie que le contrôle des réseaux revient in fine à une autorité externe à ces échanges, situation que l'on peut qualifier d'inquiétante quand bien même ses intentions seraient les plus louables du monde.

Quelques liens afin de mieux appréhender la situation :
http://www.cnil.fr/index.php?id=2151
http://www.journaldunet.com/expert/13024/swift-les-consequences-d-un-transfert-illegal-de-donnees.shtml

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